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CHRONIQUE DES SAINTS BRETONS : Saint Tudwal

tudwal, saint, melgven, breton, toponymie, bretagneLe voyage de Saint Tudwal, de l’ouest à l’est du nord de l’Armorique bretonne, détaillé dans sa Vita Prima, a surtout retenu l’attention des chercheurs par l’énumération des pagi, subdivisions administratives en usage à l’époque romaine et conservées à l’époque bretonne, dont elle nous fait bénéficier. Mais non moins importante devrait être la motivation de cette pérégrination, qui n’a pas d’ équivalent pour les autres saints bretons documentés. Elle n’est d’ailleurs pas complète, car si l’on se réfère à la toponymie Tudwal a bien dû fréquenter aussi la Cornouaille et le Bro-Werec.

Après avoir, avec ses 72 disciples fondé un coenobium (locum) à Lambabu en Ploumoguer il reçoit en donation du comte gouvernant la Domnonée plusieurs paroisses réparties dans ce pays (in tota Damnonia).

Son premier champ d’action fut cependant le Pagus d’Achm où ses vertus lui valurent l’admiration. C’est ensuite qu’il se met en route. Dans le pagus léonais de Dowzour il visite trois domaines (predia), à savoir Trebompae en Ste-Sève (du nom de sa mère Pompaea), Sant Sewôi (Ste-Sève proprement dite), “Trégurdel” (cf.Lannourzel en Plougastel).

Predium est usuel pour désigner un domaine ecclésiastique et le fait que l’un d’entre eux porte le nom de la mère de Tudwal doit indiquer qu’il s’agit d’une partie de ce que le comte donna (dedit) à Tudwal. Puisque le texte dit inuenit triapredia, le verbe inuenit signifie “il visita”, “il inspecta” et non pas “il acquit” comme le dit La Borderie (ST 297), ce qui ferait double emploi avec le dedit du §1.

Par la suite, dans chaque pagus il est dit que Tudwal inuenit multas parrochias “il visita de nombreuses paroisses”, ce qui est davantage que les “plusieurs” qui lui ont été données. Dans le Pagus Treker il en fonda plusieurs autres (plures alias fundauit), ce qui marque sa relation spéciale de patronage de l’évêché de Tréguier. Si inuenit avait voulu dire “acquit”, comme le croit La Borderie, Tudwal, c’est à dire son abbaye de Nant Treker (plus tard Landreger) aurait possédé de multiples paroisses et cela aurait nécessairement laissé des traces dans l’ histoire ecclésiastique de la Bretagne.Tugdual.JPG

La pérégrination de Tudwal a donc toutes les apparences d’une visitatio pastorale. L’expression “visite pastorale” n’avait pas encore été créée au 5ème siècle, mais la pratique existait fort bien. Sulpice Sévère (Epistola 1) décrit saint Martin parcourant les paroisses de son diocèse “suivant la coutume des évêques”. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont dans la seconde moitié du 5ème siècle, profitait de la belle saison pour parcourir (peragrabat) les paroisses et les inspecter (inspiciebat).

Tout se passe donc comme si le comte (dans le rôle de comes maritimi tractus, fonction attestée en 367, “général commandant la défense littorale”, responsable des côtes de l’Armorique, avait chargé Tudwal de conforter le moral des populations.

On peut compléter l’ itinéraire domnonéen de Tudwal par son rôle en Cornouaille. Dans la Vita de Gwennolé par Wordisten, ce dernier atteste que Tudwal a précédé Gwennolé en Cornouaille : ...precesserat ordine sanctus Tutgualus … clarus cum meritis monachus … “(l’)avait précédé Tudwal, moine célèbre par ses mérites”. La Borderie, qui refuse d’ y voir le Tudwal de Tréguier, argüe que ce dernier, étant évêque, n’était pas “moine”. Comme si un moine cessait de l’ être quand il est abbé et évêque ! Il est bien certain que c’est le même personnage qui est l’éponyme de Landudal (près Briec), de Lababan en Pouldreusic, de Lambabu en Plouhinec (29), de Lamboban en Cléden-cap-Sizun, de St-Tu[g]dual , de Sant-Tudal en Guiscriff, de Landual en Ménéac (56), de St-Thual (35), de La Fontaine-Tuaud en St-Nazaire (44), de St-Tugual, chapelle à l’île d’Yeu.

Comme ces visites pastorales se passaient dans la première décennie du 5ème siècle, il serait difficile de ne pas voir en Tudwal le principal fondateur de la chrétienté bretonne en Armorique. Le surnom de Tudwal, Pabu, venant du grec papôios, qui pour les chrétiens voulait dire “apostolique”, on doit comprendre que, pour les Bretons du 5ème siècle, Tudwal était “l’ apôtre”, tout comme Patrick l’était pour les Gaêls.

* Ouvrages de l’auteur :

  • L’origine géographique des Bretons armoricains. Série Etudes et recherches de Dalc’homp Soñj
  • Ecrire le gallo : précis d’orthographe britto-romane
  • Petite histoire linguistique de la Bretagne
  • Introduction à la connaissance du gallo
  • Liste des communes galaises du département des Côtes-d’Armor (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • Liste des communes du département de l’Ille-et-Vilaine (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • Liste des communes du département de Loire-de-Bretagne (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • Liste des communes galaises du département du Morbihan (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • La Naissance des nations brittoniques – de 367 à 410 -, Ploudalmézeau : Editions Label LN, 2009

Note : tous les articles de ce blog sont la propriété exclusive d’Ar Gedour et de leurs auteurs, et ne peuvent être utilisés sans accord de l’auteur et de l’éditeur. En cas de citation, merci de préciser l’origine de ces articles

 (Rediffusion d’un article du 10/08/2011)

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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