Saints bretons à découvrir

Un prêtre vous répond : « Que penser de la notion d’Eglise verte ? »

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Une rubrique a vu le jour  en 2018 sur AR GEDOUR sous le titre « Un prêtre vous répond / Respont a ra ur beleg deoc’h » : il suffit à nos lecteurs de nous poser une question, et Tad Kristof, prêtre ayant nouvellement intégré l’équipe de rédacteurs, y répond. Parfois, d’autres prêtres sont sollicités pour répondre à vos questions. Seul votre prénom (ou pseudonyme) apparaît sur la réponse, de manière à garder votre anonymat.

Question de Cora M. à Tad Kristof :

Dans l’ouvrage : « Pour l’éternité » du Cardinal Robert Sarah (Ed Fayard, col. Choses vues) j’ai lu à la page 103 : « On parle même de façon très étranges « d’Eglise verte ». » J’en déduis, peut-être trop hâtivement, que son éminence a pour le moins des réticences, et peut-être s’oppose, à la question de l’écologie dans l’Eglise. Qu’en pensez-vous ?

Chère Cora, je ne sais si Son Eminence le cardinal Robert Sarah est hostile à l’écologie. Je serais porté à penser que non, mais je lis dans le contexte de cette page, qu’il considère que la question écologique, comme d’autres, telles que la justice sociale, la démocratie ou la bonne gouvernance sont de ce caractère politique dont il dit que c’est le « champ propre du laïcat », laissant comprendre que les prêtres seront bien inspirés de ne pas s’investir ; occupés à devoir viser à être des pères spirituels, aptes à conseiller, inspirer  les acteurs de la chose publique et du bien commun.

La récente encyclique de Sa Sainteté notre pape François «Laudato si» traite de l’écologie et plus précisément de l’écologie intégrale. Depuis,  beaucoup d’initiatives voient le jour et des commissions pour traiter du sujet existent dans certains diocèses. Il me semble que le cardinal Sarah encourage les laïcs à prendre des initiatives au motif que l’action dans ce domaine est politique

En revanche, si je comprends la pensée de son éminence, les clercs auront à susciter ou exercer le discernement car l’Eglise sait que tout ce qui est généreux (et trop souvent, rapidement appelé « charité ») n’est pas  systématiquement le fruit de la foi. Il est donc prudent de discerner afin d’éviter que, très vite, de belles intuitions « chrétiennes » soient récupérées, dénaturées et finissent par produire l’inverse du but originel.

L’approche sacerdotale de la question écologique devra s’intéresser à rendre compte de l’enjeu pastoral et eschatologique du sujet. Dans quelle mesure et comment « l’écologie intégrale » annonce et fait expérimenter le salut de Dieu ? Si la création est à respecter, elle dit notre lien à cette vie terrestre ; or celle-ci est pourtant à relativiser. En effet notre vie terrestre finira, et l’éternité, si elle est en lien avec cette vie (ce que l’incarnation du Christ, qui a vécu notre condition d’homme, semble confirmer), n’est pas sur cette terre. Comment l’écologie prépare-t-elle à ce dépassement de la réalité terrestre, ce passage ou pèlerinage ?

Le Christ, Verbe de Dieu, présent lors de la création du monde, de l’univers, du cosmos dont l’humanité est le sommet, en sauvant l’homme entraine -t-il simultanément le salut de toute la création ?

Si tel était le cas, il m’apparaît que la sacramentalité de l’Eglise, part vivante et agissante de la Tradition, « performe «  notre vie dans l’univers, dans et avec le cosmos. Jean-Paul II n’exprime-t-il pas la même chose en écrivant : « Y a-t-il au monde un accomplissement plus haut de notre humanité que de pouvoir reproduire chaque jour « in persona Christi » le sacrifice rédempteur, celui-là même que le Christ consomma sur la Croix ? Dans ce sacrifice, d’une part le mystère trinitaire lui-même est présent de la manière la plus profonde, d’autre part tout l’univers créé est comme « récapitulé ». in « Don et Mystère » (citation extraite du même chapitre de « pour l’éternité »)

 La question de l’écologie, chère Cora, n’en est qu’à ses débuts et l’Eglise doit l’aborder dans toutes ses dimensions y compris et pas moins les plus mystiques. Il me semble que s’engager hâtivement dans l’action, pour sembler à la pointe de l’agitation selon les valeurs de ce monde, conduirait à s’occuper et « se distraire » au sens pascalien du terme. C’est là, je crois, qu’il faut placer les réserves du cardinal Sarah.

Une approche pourrait faire l’objet d’une étude : nos vieux saints bretons, si proche de la nature et des animaux, comme des anges et des réalités invisibles, ont-ils quelque chose à nous enseigner pour aujourd’hui à propos de l’écologie et l’écologie intégrale ?

JE POSE MA QUESTION A TAD KRISTOF : 

(vous n’êtes pas obligé de mettre votre nom : un prénom ou un pseudonyme peuvent suffire)

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    À propos du rédacteur Tad Kristof

    Tad Kristof a été ordonné prêtre en juin 2000. Il a exercé notamment en Afrique où il a créé "Tud a Vreizh" à Libreville. Passionné par la Bretagne, il contribuera à la dimension spirituelle d'Ar Gedour en répondant aux questions qui lui seront posées.

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