Saints bretons à découvrir

AINSI CHANTAIT-ON DANS NOS PAROISSES : MESSE ROYALE DE DU MONT

Amzer-lenn / Temps de lecture : 10 min

01-messe-royale-du-ier-ton-dhenry-du-mont-kyrieAujourd’hui, les fidèles des paroisses imaginent difficilement combien nos paroisses étaient chantantes. Certes, après avoir été jugée indésirables, les chorales sont, ici ou là, de retour, et c’est heureux. Nous savons le rôle indispensable qu’elles peuvent avoir dans la liturgie, dans le chant sacré, encore faut-il qu’il y ait  vraiment une liturgie et un chant sacré digne de ce nom, ce qui est fort discutable en bien des églises. Mais si nos paroisses étaient si chantantes, cela tenait aussi à ce que les fidèles, hommes, femmes, enfants savaient chanter, aussi bien en latin qu’en breton ou en français. Quoi qu’en disent nos réformateurs, qui s’imaginent que nos aînés ne savaient pas prier, ces assemblées étaient participatives, et chacun, dans son propre élan se trouvait transporté, soulevé par une prière chantée commune. Rares  étaient les personnes qui avaient des fausses pudeurs, un respect  humain qui leur bloquait la voix au point qu’elles restassent muettes. Ne pas chanter à la messe aurait été très mal interprété, et chez les hommes vus comme un manque de… virilité.  De nos jours, outre le navrant respect humain, il y a que, quel que soit la langue utilisée, les fidèles ne connaissent plus le répertoire des chants, même les plus classiques. D’autre part, cette propension à toujours servir plus de nouveautés n’est guère fait pour encourager le fidèle à s’investir. De plus, quoi qu’on en dise, la plupart des chants sont non seulement d’une pauvreté de texte faisant dans la phraséologie humaniste pleurnicharde, que n’arrive même pas à sauver une musique de compositeurs, qui ont tout du recalé de Conservatoires, et qui pour exercer la médiocrité de leurs «talents» ont trouvé refuge dans les équipes liturgiques. Ces cantiques, portent en eux tous les motifs, sinon de rejet, en tous cas d’indifférence, ils ne sont que les produits jetables de l’instant, des modes. Un cantique doit être beau, mais parler au cœur, parler à l’âme, saisir tout notre être spirituel ; sinon il n’est que du bavardage mis en musique, et c’est davantage vrai pour une messe entière.

QUAND LE PEUPLE DES FIDELES POUVAIT CHANTER… ROYALEMENT !

Qui connait aujourd’hui la Messe Royale de Du Mont ? Ce n’est point trop s’avancer que de dire « personne ». Mais qui était-ce ce Du Mont ?

Henry de Thiers, dit Du Mont (1619-1684), compositeur et organiste, fut le Maître de musique de la chapelle royale de Versailles. On lui doit bien des motets (pièces religieuses en marge de l’Ordinaire de la messe, à une ou plusieurs voix, soutenues ou non par des instruments). Il composa une messe à trois tons différents, connue sous l’appellation de « Messe Royale de Du Mont ». Conçue pour la chapelle royale de Versailles, autrement dit comme une sorte de « messe mondaine », elle devint très vite populaire, et fut adoptée dans les paroisses citadines. Son succès dû à ses qualités très chantantes gagna aussi les paroisses des campagnes. Dès lors, la Messe de Du Mont va s’inscrire dans le répertoire du chant d’Eglise, à égalité avec les messes grégoriennes, notamment la célèbre Messe VIII, dite « Messe des Anges », si chantante et populaire, et la Messe XI dite « Orbis Factor », toutefois moins connue. Consécration suprême pour Du Mont, sa messe sera présente dans tous les Missels, les fameux « Paroissiens ». Or, la Messe Royale de Du Mont n’est pas du grégorien, mais du « Plain-chant » authentique du XVII e  siècle, ce qui explique qu’elle n’est jamais chantée dans les monastères et couvents.

Adoptée dans les églises citadines et rurales, la messe de Du Mont sera surtout chantée sur son premier ton. Toutes les chorales l’auront à leur répertoire. Mais, bien que remarquable par les « effets de voix » qu’elle exige, elle ne présentera aucune difficultés pour être apprise par cœur par l’ensemble des fidèles.  Les altérations, indications rythmiques et ornements voulus par l’auteur ont peu à peu disparu, notamment sous l’influence des moines de Solesmes qui ont voulu transformer les messes de Dumont en grégorien en les supprimant.

En Bretagne, mais aussi dans toute la France, cette messe était régulièrement chantée, comme les autres en chœurs alternés hommes-femmes,  donnant une remarquable vie et solennité à l’Office Divin, car tout le monde chantait. Oui, c’était ainsi, jusqu’à l’aube des années soixante, une époque où la pratique religieuse était encore bien vivante, où les églises n’étaient pas encore que l’affaire des femmes, des vieux et des gosses en bas âges, mais où les hommes pratiquaient et connaissaient le dicton « Labour zul, labour nul », autrement dit, travailler le dimanche n’augurait rien de bon, et allaient donc encore à la messe. Une époque où la néo-liturgie n’avait pas encore réussi à vider les églises.

Puis vint la réforme liturgique conciliaire, réforme mal comprise, mal appliquée, soit par ignorance des textes conciliaires, soit délibérément par le souci idéologique de faire table rase du passé, de la Tradition d’une Eglise, d’une liturgie jugées triomphaliste, constantinienne. La Messe Royale de Du Mont ne va pas être épargnée, elle le sera d’autant moins qu’elle est regardée par les iconoclastes nouvellement promus comme vestales de la liturgie de l’Eglise, comme une intruse qui n’a rien à faire dans les répertoires de la musique et du chant sacré, qui en cette époque renonce à son caractère… sacré.  Cette messe, avec tout le répertoire grégorien, les cantiques traditionnels, qu’ils soient français ou bretons, vont être jetés dans le tombereau des vieilleries condamnées. Désormais, les seuls chants d’Eglise autorisés seront les compositions d’auteurs, de musiciens (les guillemets s’imposeraient pour beaucoup d’entre eux…) dont nous venons de parler. A ce jour, aucune de leurs œuvres n’égaleront  la beauté des messes grégoriennes, de la messe de Du Mont. Même les compositions de l’Ordinaire des messes en breton ne parviendront pas à les égaler, et ne différeront que fort peu de la médiocrité des messes en français. Ces messes ne seront sauvées qu’en faisant appel à des airs de cantiques et de chants traditionnels reconvertis pour chanter  l’Ordinaire.

Ainsi, la réforme liturgique qui faisait place à la langue vernaculaire, mais avec conditions, privera le peuple des fidèles de l’authentique beauté du chant sacré. Ceux qui ont connu ces messes chantées, des Anges, de Du Mont, peuvent encore témoigner qu’en ce temps-là on savait chanter dans les campagnes.  Les  animateurs des messes d’aujourd’hui, malgré tous leurs efforts méritoires, sont face à des fidèles qui ne savent plus chanter, et ne veulent plus chanter. Des fidèles qui, à part quelques inconditionnels d’une liturgie sans cesse remise en question et avide de nouveautés, restent désespérément la bouche fermée, seul l’animateur, l’animatrice et leur micro, depuis longtemps adoubé principal objet liturgique, l’orgue, sauvent les apparences d’une assemblée chantante.

Si la Messe des Anges a retrouvé, même trop souvent tronquée, une petite place dans la liturgie, la messe de Du Mont n’en a trouvé aucune. Elle est toujours ignorée, regardée, dans la mesure où elle est connue, comme étant une messe mondaine, de « Tradis », ce qui d’emblée la disqualifie, car après un demi-siècle de luttes liturgiques, on n’en est, en toute charité chrétienne et d’esprit d’ouverture et de dialogue, toujours là. Cette appréciation relève d’une belle ignorance, de préjugés stupides, car nous pouvons être certains que si la Messe Royale de Du Mont était remise à l’honneur, elle emporterait immédiatement tous les suffrages, tant elle est belle, chantante, festive.

Une remarque, et cela vaut pour toutes les autres messes grégoriennes, il conviendrait d’éviter de  la tronquer. En effet, les messes ont une unité, une cohérence, or la néo-liturgie a brisée cette harmonie des textes et de la musique. L’exemple du Kyrie est flagrant ; sous prétexte d’éviter les « répétitions », cette pièce de l’Ordinaire a été réduite à trois invocations au lieu des neufs (Trois au Père, trois au Fils, trois au Saint Esprit) Ainsi, l’harmonie musicale se trouve amputée. De plus le ton du Kyrie, à part quelques exceptions (Pâques) est toujours repris par l’Ite Missa est, que l’on appelle désormais « l’Envoi ». Une mode nouvelle veut aussi que l’on « coupe » le Kyrie de textes divers chantés, le réduisant à une sorte de refrain-ritournelle. De même, il est encore de mode de prendre quelques pièces d’une messe : ainsi on prendra un Kyrie charismatique, le Gloria des Anges, un Sanctus tiré d’une autre messe, puis pour l’Agnus Dei on reviendra à la messe des Anges. C’est donc toute l’harmonie de la messe qui est ainsi malmenée. Il serait bon pour la beauté de la liturgie, sa sérénité même, mais aussi pour réapprendre aux fidèles à chanter cette beauté de respecter cette harmonie des messes, c’est un tout. La Messe de Du Mont, au même titre que les autres, mais nous serions tentés de dire davantage, ne peut souffrir l’à-peu-près des fantaisies, des modes et des ignorances.

Nous entendons déjà l’argument massue des vigilantes vestales de la liturgie :

les fidèles ne peuvent pas comprendre, c’est du latin, cette musique est trop difficile, personne ne la connait, ce n’est pas « ce que veut l’Eglise ».

Argument irrecevable, que les Bretons n’entendent que trop pour leurs cantiques et leur langue à l’église. Ces arguments ne sont jamais avancés pour imposer aux fidèles bien des nouveautés, souvent l’expression des fantasmes religieux d’animateurs coincés dans leurs préjugés, ou encore l’expression d’un multiculturalisme religieux douteux. Autre argument-béton : que « les gens n’aimeront pas, surtout les jeunes ». Mais qu’en savez-nous ! Messieurs, Mesdames des équipes d’animations, vous ne vous posez pas ce genre de questions pour vos choix, que vous imposez d’autorité. Au fait ! Prendriez-vous, les fidèles, les jeunes, pour des pauvres d’esprit, incapables d’aimer, de comprendre, de chanter sur de la beauté. A vous suivre, les nouvelles générations de fidèles seraient donc en dessous de leurs aînés, avouez, que ce jugement empreint de suffisance écornerait la plus élémentaire charité chrétienne…

Il nous reste donc un vœu, que cette Messe Royale de Du Mont soit remise à l’honneur dans les paroisses, non seulement la beauté de la messe y gagnera, mais aussi l’édification des fidèles. Et, Mesdames, Messieurs des équipes liturgiques, à quel titre, dites-le nous, priverait-on le Peuple de Dieu de la joie chrétienne de chanter Sa GloireRoyalement… ?

Pour entendre les différentes pièces de cette messe, rendez-vous sur le site de Notre-Dame des Neiges ou encore sur celui de la Schola Sainte Cécile, où se trouvent MP3 et partitions.

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

Articles du même auteur

LE PATRIMOINE, UNE AFFAIRE QUI NOUS CONCERNE TOUS !

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 minEn ces journées du Patrimoine, soulignons l’immense héritage …

BRINDILLES CHAMPETRES : le vaisselier

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min« Meubler une maison, c’est fleurir les murailles …

10 Commentaires

  1. dominique de Lafforest

    merci pour ce magnifique plaidoyer, qui exprime tout haut ce que n’osent dire les « fidèles » trop souvent anesthésiés par la Pensée Correcte. Ubu, où es-tu ?

    • Félicitations pour votre analyse. Je souscris totalement. Nous avons essayé dans notre paroisse de chanter des cantiques sélectionnés pour répondre aux critères que vous détaillez. Cela noua a conduit à chanter le répertoire qui est à ce lien :
      https://www.free-scores.com/partitions_gratuites_cantiquespourparoisses.htm
      et pour l’ordinaire nous ne chantons que du grégorien.
      Maintenant que notre paroisse a été totalement déchristianisée par 60 ans de messes impropres à transmettre la foi à la nouvelle génération, nos effectifs restent maigres. Cependant, notre assistance à une particularité : il y a autant d’hommes que de femmes. Nous essayons de chanter des messes qui plaisent au plus grand nombre, c’est à dire des messes classiques, sans aucune musique de variétés.
      (le compositeur des cantiques diffusés au lien plus haut n’est pas une recalée du conservatoire, mais quelqu’un qui a reçu la formation la plus poussée qu’on puisse espérer. L’objectif était de composer des chants faciles pour une assemblée lambda, mais belle et évoquant les cieux (et non la boite de nuit du coin).)

  2. En Bretagne, une solution pour remplir les Eglises: la messe FLB (Français Latin Breton), et des prêtres qui n’ont pas peur d’heurter le peu d’ouailles qu’il leur reste dans leurs homélies /sermons. Avis aux prêtres: vous en êtes capables! Et si vous pensez-l’inverse, demandez à L’esprit Saint. La force qui vous manque, Lui vous la donnera…Si Si….

  3. Concernant la « difficulté » de chanter du latin et du grégorien, je remarque que lors des messes d’enterrement où l’on chante le kyriale de la messe de requiem, bien qu’une bonne partie de l’assistance n’aille pas régulièrement à la messe, les gens chantent à pleine voix Kyrie, Sanctus et Agnus Dei. A l’occasion d’obsèques dans ma famille, je m’étais occupé du choix des chants, et j’en avais profité pour choisir la version grégorienne des chants de l’ordinaire, j’avais eu des remarques positives à l’issue de la messe.
    Je vous rejoint concernant la magnifique messe royale de du Mont. C’est quand même autre chose que « Gloire à Dieu dans le Ciel », « Je crois en Dieu qui donne vie » et « La paix oui la paix c’est le don de Jésus » ! Outre la question de la langue, c’est un gros problème dans beaucoup de paroisses que que de remplacer le vrai Gloire à Dieu, le vrai Sanctus, etc, par de vagues paraphrases. Il existe des versions récentes en latin, mais à part la « missa pro Europa », elles ne me semblent pas très réussies.

  4. L’uniformisation des rites est ancien. La Bretagne fut souvent mise à l’écart pour ses rites spécifiques. Des femmes en effet assuraient les offices, ce que Lucinius de Tours dénonça déjà au VI ème siècle. Bref, l’improvisation n’est point de rigueur. Le syncrétisme religieux qui personnalisa la Bretagne durant près de 700 années n’était pas pour plaire aux autorités religieuses. Malgré que l’Eglise bretonne était entièrement dévouée à Rome. Les nombreux saints bretons non officiellement canonisés sont la preuve de ce dédain envers une nation pourtant fidèle au christianisme. La crainte d’un schisme à toujours été la hantise de la Curie romaine. Mais est-ce raisonnable de formater ainsi les esprits dans un même moule. Les particularités furent cependant tolérées, comme de pouvoir parler la langue du peuple. C’est encore au VIII ème siècle que l’on souhaitait que les prêtres parlent la langue du peuple. Si saint Yves parlait en breton aux Trégorrois, cela n’était point une exception. Voeux également émis par Grégoire de Tours qui déjà vers l’an 550 déclarait que la foule accourrait pour entendre un « rustique » plus qu’un « rhéteur philosophique ». Comprenez que les rites et le langage local était mieux perçus qu’une généralisation du déroulement des offices. S’agissant de religion, la monotonie est devenue de rigueur. Il y avait autrefois de belles messes, de beaux offices, de beaux chants. Question : pourquoi avoir cassé ce qui marchait si bien et qui attirait la foule en nombre ? Conseil : allez un jour à Sainte-Anne d’Auray lors de l’office anniversaire de la découverte de la statue de la Vierge par Nicolazic, vous entendrez une messe en breton qui vous fera frissonner pendant de longs moments, moments inoubliables.
    Je termine avec votre: Labour zul labour nul ! c’est un dicton ancien depuis que le concile de Paris au 9 ème siècle déjà, condamnait par des peines de prison (on emprisonnera ceux qui violent la sainteté du dimanche. l’an 829). Plus tard, un tsunami révolutionnaire ayant passé par là, certains violèrent de plein gré cette interdiction. Mal lui en pris à cet homme qui un 15 août alla aux labours en maugréant contre le recteur du village. Quelques jours plus tard, il tomba gravement malade et ne dû son salut qu’à l’intervention dudit recteur qui lui pardonna cet oubli.

    Kenavo !!!

  5. Louis-Marie SALAÜN

    Merci pour cet article qui remet en valeur la messe de du Mont…que j’ai d’ailleurs chanté le week-end dernier dans l’Aube !

    J’aurais l’occasion de revenir dans un prochain article, sur certains points que vous abordez à juste titre, notemment sur le chant grégorien, les cantiques et la réforme liturgique du Concile.

    S’il est vrai que les chantres et chorales liturgiques doivent être formés, il est encore plus urgent que les prêtres eux-mêmes soient formés plutôt que « formatés » dès le séminaire. C’est à eux de remettre à l’honneur dans leurs paroisses (urbaines ou rurales) le chant grégorien, les cantiques et le plain-chant d’Henri du Mont !! Seulement l’emprise parfois tyrannique de certaines équipes liturgiques les en empechent… ça aussi c’est à revoir d’urgence dans les séminaires car Concile ou pas Concile un curé est maitre chez lui et n’a pas à se laisser influencer par des laīcs trop souvent ignorants en matière de liiturgie et du chant liturgique !

  6. Kanet vez Oferenn Du Mont e Sant-Patern Gwened lies gwezh, d’ar Sul da 9 e hanter.

  7. Que de bonnes réflexions.
    En particulier concernant les mélanges de diverses “messes”, le kyrie entrecoupé de bavardages, les diverses invocations tronquée (Kyrie, Sanctus).

    Quant au latin pour les chants : J’en suis moi-même très partisan.
    L’argument “on ne comprend pas” vient justement de gens qui s’en tiennent à une approche très superficielle de la compréhension. ces gens comprennent-ils mieux en français ? Ils comprennent plus ou moins des mots qui leurs semblent familiers, ils comprennent parfois – même pas toujours – le sens grammatical des phrases; mais, à mon expérience, ils n’ont jamais fait le moindre effort pour comprendre les sens profond du teste et ses implications.
    Certains chants en français sont beaux, et traduisent bien l’esprit de ce qu’ils doivent transmettre, mais beaucoup d’autre, excessivement rythmés, affublées de paroles infantiles, donnent une idée très fausse de notre foi. Certains de ces chant, mal pensés, à cause de synonymie de termes mal choisi, parfois à cause de construction grammaticales imprécises, voire à cause de confusions du type “calembour”, amènent bien souvent de fausses interprétations.
    Quand c’est en latin, au départ on ne comprend pas, donc, soit on apprend phonétiquement, et au moins, à défaut de comprendre, on ne comprend pas de travers, et on a au moins compris que “le beau” fait partie de ce qui nous rapproche de Dieu (Lui-même étant toute perfection); soit on cherche à comprendre, et on se renseigne : L’usage du latin éveille ainsi la curiosité et, par là-même, le désir de comprendre, d’apprendre, de se perfectionner.
    Ça va effectivement à l’encontre de la “pédagogie” en vigueur depuis les années 60, qui fournit du “prédigéré”, ultra-simplifié, tuant dans l’œuf tout désir de recherche et tout apprentissage de l’opiniâtreté : Tout, tout de suite!

    Autre défaut des chants en français : Même si beaucoup d’auteurs ont composé en pensant aux divers temps liturgiques, ça n’est pas clairement indiqué. Les animateur prennent tel Kyrie “parce qu’il est beau”, tel Sanctus “parce qu’il n’est pas trop long”, bref: les critères de choix n’ont rien à voir avec les temps liturgiques.
    Il faut dire que, dès la fin des années 50, on prenait volontiers la messe de angelis (VIII) et le Credo III, quel que soit le temps. Lux et origo, obis factor étaient encore connus, ainsi que Alma Mater, la messe royale de Dumont était parfois chantée par les chorales (non par la foule, alors qu’elle est plus facile que la messe VIII), mais les temps commençaient déjà à être moins bien marqués.

    Les assemblées ont toutefois cessé de chanter pour trois raisons majeures (et là, je vais en choquer beaucoup)
    — Les chorales qui font leur prestation comme un spectacle (tournées face à la foule au lieu d’être tournées vers l’autel), qui ne participent pas à la liturgie (se tenant systématiquement debout quand elles chantent, même si c’est un moment où l’on est assis – par exemple l’offertoire), et qyui ne chantent que des chants que la foule ne peut pas chanter.
    J’aurais bien d’autre critiques concernant les chorales, dont beaucoup chantent “parce que c’est beau” et non parce que ça convient à la liturgie. (Les deux sont conciliables et devraient toujours être intimement liés)
    — Les organistes qui, eux aussi, font leur numéro au lieu d’accompagner la liturgie, et qui “écrasent” le chant de l’assemblée par une musique assourdissantes (Ce n’est pas tous, mais ceux qui pratiquent ainsi sont très largement majoritaires. Quelques rares autres démontrent pourtant que l’orgue est l’instrument idéal pour accompagner toute la messe de manière parfaite.
    – Et enfin, les plus grands responsables sont les animateurs liturgiques, qui, copiant sur le monde du travail, pensent qu’il faut “en faire un max”, s’agiter, ajouter le plus possible de paroles inutiles, battre la mesure, brailler dans le micro en couvrant le chant de l’assemblée (lorsque l’organiste ne l’a pas déjà fait).
    La plupart ne connaissent rien à la liturgie, j’en veux pour preuve, leur manière de se précipiter au micro après deux secondes d’hésitation, prendre la partition, attendre la note, pour entonner enfin le Sanctus, qui il y a huit ou dix lustre s’enchaînait spontanément à pleine voix à la suite de “… chantant d’une même voix”.
    À force de diriger ce qui n’a pas besoin de l’être, ils ont habitué l’assemblée à guetter leur gesticulations, l’animateur est devenu “indispensable”, et plus il se croît indispensable, plus “il en fait”, et plus il en fait, plus il inhibe la vraie participation spontanée de l’assemblée. Pas facile de revenir en arrière, mais si l’on començait pas supprimer les micro (au moins pour le chant), il y aurait du progrès, et si l’animateur de chant (ou un petit groupe) restait en place dans l’assemblée au lieu de faire face à celle-ci, on commencerait à redonner de l’importance à ce qui est important (la messe) et non à ce qui est accessoire et qui doit servir l’important et non l’éclipser.
    Il y a encore beaucoup à dire, mais ça reste du même domaine et participe de la même réflexion sur la place de chacun, et en l’occurrence du chant, dans nos cérémonies.

  8. Tarciscius puis-je me permettre d’apporter quelques précisions ou « contradictions » à certains de vos propos? Dans l’ensemble oui ce que vous dites est juste et en tant que chantre et chef de chœur d’une chorale liturgique je vous suit sur bon nombre de vos propos. Vous retrouverez d’ailleurs dans un article à paraître bientôt sur Ar Gedour une synthèse de la manière dont doivent être chantés les différentes pièces du commun de la messe…et aussi tout ce qu’il faut supprimer : par exemple ce que vous appelez les « bavardages » qui entrecoupent certains kyrié.

    Une petite réflexion d’abord sur le Messe de Du Mont dont traite l’article de M. Caouissin : c’est vrai qu’elle est belle (à cette époque ont avait de vrais compositeurs qui avaient le sens du beau et du Sacré: non qu’ils aient tous disparus aujourd’hui mais il faut reconnaître qu’ils se font bien trop rares et que l’esprit n’est plus le même).

    Mais elle possède un inconvénient majeur. Sa forme en plain-chant: cette forme de chant proche du grégorien (mais différente, on confond souvent les deux) née à partir du XVIIème siècle quand le chant grégorien commençait à être un peu “malmené » donne une interprétation plus “plate” plus « brute » et moins souple que le chant grégorien.

    Le plain-chant est plutôt une musique mesurée à l’inverse du grégorien, ce qui lui enlève la souplesse et « l’élasticité » de ce dernier. Avec le plain-chant on veut l’esprit du chant grégorien (monodique et modal) mais avec une interprétation différente et surtout une notation différente. On note le plain-chant en notation moderne ce qui donne une interprétation trop solfégique et une rythmique qui ne correspond pas à l’esprit de ce style qui veut « imiter » le grégorien. Résultat plutôt décevant ! Le plain-chant est, il est vrai une sorte de « compromis » pour les paroisses rurales ou urbaines qui n’ont pas la chance d’apprendre à chanter correctement le grégorien.
    Mais l’interprétation assez « gallicane » et sans souplesse du plain-chant fait que trop souvent quand on chante du grégorien en paroisse on le chante « à la manière » du plain-chant (et en plus comme on confond souvent les deux styles). On en vient donc à dénaturer le grégorien et à rendre son interprétation assez insipide et plate.

    Oui il est certains qu’aujourd’hui il vaudrait cent fois mieux chanter le plain-chant de Du Mont plutôt que certaines messes modernes mal écrites (dans le texte et la musique) mais il faut faire attention à ne pas abuser de cette messe en plain-chant, tout comme il ne faut pas mettre la messe VIII (de angelis) à toutes les sauces. On en a largement abusé au cours du XXème siècle, au détriment d’autres kyriale grégorien qui gagneraient à être connus et chantés.

    J’en reviens à votre commentaire sur les raisons qui poussent les assemblées à ne plus chanter. Vous avez en partie raison, et j’aurai l’occasion dans un prochain article consacrée aux chorales liturgiques, de faire le point effectivement sur tout ce qui cloche dans l’interprétation et l’emplacement des chorales dans une église.
    Oui je déplore comme vous le fait que certains chantres ou certaines chorales chantent tel chant ou ordinaire de messe « parce que c’est beau » ou parce que ça fait jeune » (j’en parle dans mon article « les critères de choix des chants liturgiques). En revanche je me permet d’être en désaccord avec vous sur le fait qu’une chorale ne doit pas toujours chanter debout, ou qu’elle doit être dans l’assemblée et non dans le chœur. A ce titre je ne suis pas d’accord avec certains points de la charte des chorales liturgiques. Je m’expliquerai dans un prochain article.

  9. Louis-Marie SALAÜN

    J’apporte une petite modification à mon commentaire de l’an dernier. Oui il est fort dommage que nos paroisses aient abandonnées le plain-chant gallican et le chant grégorien au profit dans chant liturgique appauvri et défiguré (à part quelques exceptions heureuses qu’il ne faut pas rejeter).

    Le plain-chant baroque et néo-gallican a souffert d’une mauvaise image par le passé spécialement à partir de la restauration grégorienne de Solesmes à la fin du XIXème. Pourtant il demeure avec le chant grégorien l’une des plus belles forme du chant liturgique que la réforme Conciliaire s’est empressée de faire disparaître malgré les textes (je pense à Musicam Sacram au sujet du chant grégorien).

    Pour les non-initiés, je me permet une remarque: il ne faut pas confondre le plain-chant du XVIIème au XIXème genre nouveau apparu après les conclusions du Concile de Trente (terminé en 1553) avec le chant grégorien médiéval que nous chantons encore aujourd’hui en paroisse ou dans certains monastères.

    Je recommande d’ailleurs l’écoute d’une conférence donnée par le regretté Michel Chapuis au sujet du plain-chant musical français avec la musique d’orgue. C’est passionnant! https://www.youtube.com/watch?v=W_rsPIbUN0w&t=690s

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *