Saints bretons à découvrir

Avis aux liturges : le breton a sa place à la messe !

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Certains liturgistes sur certains sites mettent en cause les prêtres qui célèbrent ou célébraient la messe en breton, sans autorisation valide à leurs yeux. Le jacobinisme dépasse les frontières séculières, et se glisse dans les méandres canoniques, sans recherche de compréhension de ce que le christianisme peut être en Bretagne. 

La recognitio du Missel Romain en breton ne semble pas calmer leur ardeur à la critique, puisqu’ils passent maintenant à de l’ironie, se posant la question s’il ne s’agit pas de folklore « encourageant des communautés nationales ou provinciales à se refermer sur elles-mêmes en « célébrants » leurs particularismes. » (Sic)

Nous savons que certains d’entre eux lisent Ar Gedour. Doit-on en profiter pour leur rappeler que le français n’est, à la base, pas la langue de la Bretagne, et qu’il l’est devenu par la force de l’histoire ?  Qu’ils se souviennent qu’il est donc légitime que le peuple breton puisse vouloir user de sa propre langue pour prier Dieu  !

Aujourd’hui, s’il est irréaliste de vouloir effacer la langue française de Bretagne, langue devenue en quelque sorte soeur du breton sur le sol armoricain, il n’y a aucune raison que la liturgie ne puisse s’exprimer dans la langue du coeur : le breton ! De même, le bilinguisme ou le trilinguisme si on utilise le latin, sont des pistes intéressantes. 

La recognitio du Missel Romain en breton légitimera l’utilisation de la langue dans la liturgie, mais en aucun cas liturges et canonistes franco-jacobins, aussi chevronnés soient-ils, ne peuvent remettre cela en cause et en ironiser !  Nous les invitons donc à se rappeler que désormais la Congrégation pour la Doctrine de la Foi reconnait le droit des chrétiens bretons à utiliser leur langue dans la liturgie, et nous les invitons aussi à se repencher sur le décret Ad Gentes, notamment ces passages nous disant « que la semence qu’est la Parole de Dieu, venant à germer dans une bonne terre arrosée de la rosée divine, y puise la sève, la transforme et l’assimile pour porter enfin un fruit abondant,  les Eglises particulières ayant donc à emprunter aux coutumes, aux traditions, aux leurs arts, à leurs sciences… tout ce qui peut contribuer à confesser la Gloire du Créateur, mettre en lumière la Grâce du Sauveur et ordonner comme il le faut la vie chrétienne. »

Tout comme Saint Paul à Athènes, lors de son discours à l’aréopage, parle du Dieu inconnu et s’adapte à la culture locale pour mieux enraciner le Christ, « la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées de la lumière de l’Evangile, de chaque famille des peuples, seront assumées dans l’unité catholique. C’est ainsi que les Eglises particulières, enrichies de leurs traditions, auront leur place dans la communion ecclésiale, la primauté de Pierre, qui préside l’universelle assemblée de la Charité, demeurant intacte ». (cf AG III, 22).

EC


À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour. Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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3 Commentaires

  1. Aux détracteurs de la langue Bretonne, je répondrai ceci: Dieu a créé la diversité dans ce monde. Cette diversité est d’abord spirituelle (dans le sens de l’âme, chaque personne intérieure étant différente), et biologique. Il s’en suit une diversité culturelle, historique, linguistique dans le cas de l’espèce humaine. Vouloir détruire une part de cette diversité en effaçant une langue de sa terre est donc une atteinte à un peuple, mais aussi à l’humanité, et enfin à Dieu.
    Toute langue est belle, car elle traduit la substance même d’un peuple. Détruire la substance, l’âme d’un peuple, c’est détruire ce peuple lui-même.
    Permettre l’expression de l’âme d’un peuple, c’est le rendre à la vie.
    Etre complice de la mort d’un peuple, ou permettre de lui redonner un souffle de vie: A chacun de choisir ce qu’il pense être bon dans un pays que l’on appelle « celui des droits de l’homme ». A chacun de choisir ce qu’il pense être bon, dans un pays qu’on appelle « la fille aînée de l’Eglise », et qui devrait être un exemple d’amour…
    Merci à « ar Gedour » pour cet article…

  2. Il faut regarder Via Stella ( FR3 Corse ) pour s’apercevoir qu’ils ont 1OO fois plus d’émissions en langue corse, que nous n’en avons en breton et que leurs débats sont bien ôsés, par rapport aux nôtres qui sont si ternes et timorés .

    Pour revenir à la langue de la messe , les Corses utilisent bien sûr le Corse mais aussi … le Grec!

    Personnellement, j’ai entendu le breton et le latin dans l’église de Kernascléden, 15 ans avant d’y entendre le français…

    Le prêtre disait en français de voter pour DE Gaulle!!!

  3. Effectivement, la langue Bretonne était bien présente il y a encore peu de temps, et ce depuis plus de 1500 ans, soit largement avant la langue Française! La déclin s’est, après des siècles de lutte, bien amorçé au XX eme siècle, et plus particulièrement dans sa deuxième moitié (soit une parenthèse en terme de temps).
    Le déclin de la langue Bretonne est allé de pair avec la déchristianisation, ainsi que la perte des liens véritables avec la nature.
    C’est là que l’Eglise à toute sa place dans le renouveau de la langue et la culture Bretonne: en donnant une place à ses trésors musicaux, la langue Bretonne et l’expression de la foi peuvent à nouveau grandir.
    Feizh § Breizh: les deux poumons permettant à la Bretagne de vivre réellement.
    Lorsque nous en aurons vraiment conscience, peut être que nos églises feront à nouveau vibrer l’âme des Bretons… et des autres…Tout comme toute culture et langue ancrée dans un terroir fait vibrer à la fois l’enraciné et celui qui vient d’ailleurs, de passage ou pas.

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