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Canicule : ne confondons pas annulation des festivités et annulation du pardon

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Depuis l’annonce du placement du Morbihan en vigilance rouge canicule, plusieurs pardons bretons ont été présentés comme « annulés ». Une décision qui peut surprendre, mais qui s’explique aisément au regard des températures exceptionnelles attendues et du souci légitime de protéger les personnes les plus fragiles.

Après le pardon de Saint-Quirin à Brec’h, c’est désormais celui de Saint-Nicolas, à Gourin, qui annonce l’annulation de ses festivités. Les deux pardons sont prévus ce dimanche 12 juillet.

Il importe toutefois d’apporter une précision essentielle : dans les deux cas, la messe du pardon est bien maintenue. À Brec’h, la célébration de 10 h 30, animée par les Kanerion Pleuigner, aura bien lieu. À Gourin également, la messe du pardon de Saint-Nicolas sera célébrée à 10 h 30. Ce sont les animations qui l’entourent — repas, fest-deiz, fest-noz ou autres festivités — qui ont été annulées par mesure de prudence.

Cette distinction mérite d’être soulignée. Le cœur d’un pardon demeure en effet la célébration liturgique. Les repas, les animations et les fêtes populaires en constituent un prolongement précieux, profondément enraciné dans la tradition bretonne, mais ils n’en sont pas le fondement.

Une question mérite toutefois d’être posée : les arrêtés préfectoraux ou municipaux imposaient-ils réellement l’annulation des pardons ?

À la lecture des mesures publiées par la préfecture, la réponse semble être non. Les restrictions concernent notamment les feux d’artifice, certaines manifestations sportives, la consommation d’alcool sur la voie publique, diverses activités agricoles ainsi que plusieurs dispositions destinées à prévenir les risques d’incendie. Les célébrations religieuses, en revanche, ne font pas l’objet d’une interdiction.

Pourquoi, dès lors, ces annonces d’annulation ?

Parce qu’un pardon ne se réduit pas à la seule célébration religieuse. Il rassemble généralement un ensemble d’activités qui peuvent accueillir un public nombreux. Dans un contexte où les températures pourraient approcher les 40 °C, il est parfaitement compréhensible que les organisateurs aient estimé – compte tenu e leur responsabilité – qu’il n’était ni prudent ni raisonnable de maintenir ces rassemblements. Leur décision relève autant du sens des responsabilités que du respect des recommandations des autorités.

Mais cette situation conduit aussi à s’interroger sur le sens même du pardon.

Les repas, les buvettes, les festoù-deiz et les festoù-noz sont des éléments importants de ces rendez-vous populaires et participent à l’identité de ces pardons. Ils permettent aux familles, aux voisins et aux amis de se retrouver et participent largement à la vitalité de ces traditions. Leur absence est évidemment regrettable.

Pourtant, l’histoire des pardons rappelle que leur raison d’être est d’abord spirituelle. Ils sont nés autour de la messe, de la procession, de la prière, de la vénération du saint patron et de cette démarche de conversion qui leur a donné leur nom. Les festivités sont venues ensuite ; elles prolongent heureusement la célébration, sans jamais la remplacer.

C’est pourquoi il paraît important d’employer des termes précis. Annoncer simplement qu’un pardon est annulé laisse spontanément entendre que tout disparaît : la messe, la procession et les festivités. Or, lorsque seule la partie festive est supprimée et que la célébration religieuse est maintenue, cette formulation entretient une confusion qui peut dissuader des fidèles de participer au pardon.

Ne serait-il pas plus juste d’annoncer : « Les festivités du pardon sont annulées, mais la messe est maintenue » ? Une telle formulation refléterait fidèlement la réalité, éviterait les malentendus et rappellerait, sans opposer le spirituel et le festif, ce qui constitue le cœur d’un pardon breton.

La canicule impose cette année des choix difficiles, que chacun peut comprendre. Mais elle nous rappelle aussi une évidence : si les festivités donnent au pardon son visage populaire, c’est la célébration du Christ, autour de l’autel et dans la prière, qui lui donne son âme. Sans aucun doute, il conviendra d’accompagner dans des explications pastorales les bénévoles qui se donnent sans compter, pour leur expliquer ce qui fait l’âme de leur pardon.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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