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[CAREME 2021] Faire pénitence de nos jours

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min
Domenico Zampieri

Le carême qui a commencé mercredi – dit des Cendres -, dure quarante jours, sans compter les dimanches, en mémoire du temps passé dans le désert par le Christ, selon les Evangiles. C’est une période de “conversion” consacrée à la prière, au jeûne et au partage avant Pâques, fête majeure du calendrier chrétien. Tous les ans en début de carême les prêcheurs nous rappellent qu’en cette période il ne s’agit pas seulement de “privations” — sur la nourriture, la boisson, les desserts, la télévision, internet, etc. Leur suggestion est plus positive — insistant sur la charité envers les proches malcommodes, les services à rendre plus que d’habitude, etc. Et c’est une bonne idée — bien que, à notre époque portée sur les plaisirs, une “privation” bien ciblée et marquée montrerait qu’à nouveau il est temps d’y songer.

Mgr Eric de Moulins Beaufort explique que le carême chrétien est un temps de préparation à la joie de la Résurrection. Un temps de recueillement où l’on tient à distance tout ce qui nous distrait habituellement pour essayer de se tourner vers l’essentiel

Tout cela est juste mais un mot qui concerne le carême, connu de tous, tourné en dérision quand il n’est pas reproché à l’Eglise, comme s’il s’agissait d’une tare honteuse : la pénitence.

Étonnamment, alors qu’il est censé sinon écarter le Malin, le mot semble avoir l’odeur de soufre. En fait, la pénitence désigne l’ensemble des actes de l’Homme par lesquels un changement d’orientation -une conversion- s’opère et fructifie tout au long de la vie. Il ne s’agit pas de souffrir pour souffrir ! Il s’agit d’ajuster sa vie à l’Evangile non pour faire plaisir à Dieu, ou par peur de représailles, ou pour justifier le mal aveugle qui frappe, mais pour vivre heureux ! Ainsi comprise, la pénitence devient la mise en pratique des intentions du croyant : les actes concrets, souvent très humbles, qui manifestent la nécessaire orientation de nos vies.

On croit abusivement que la pénitence serait un surcroit d’efforts multiples en exercices de piété ou autres sacrifices. Au contraire, me semble-t-il, il vaudrait mieux l’envisager comme une application accrue dans l’accomplissement de son devoir d’état.

Tout comme pour les publicains demandaient quoi faire à Jean-Baptiste (Lc 3,12-13), n’est-ce pas une forme de pénitence de ne pas chercher plus que mérité et de se satisfaire de sa situation ? Et de même que pour les soldats à qui Jean-Baptiste recommandait de ne pas abuser de leur autorité et de respecter les autres (Lc 3,14). Ainsi, pour nous aussi, c’est une forme de pénitence d’accepter l’indifférence ou même le mépris d’autrui, et d’être courtois et accueillant envers ceux qui ne semblent pas mériter la moindre attention. C’est parfois dans son intimité que l’effort doit se faire : les parents éprouvés par la naissance d’un enfant blessé ou, plus prosaïquement, par toute naissance car éduquer est un défi en soi (ne dit-on pas : petits enfants, petits soucis ?) ; le seul fait d’être en couple et de s’ajuster (bien des femmes considèrent comme une pénitence d’être soumises à leurs maris, …, et les maris, une pénitence, de les aimer) ; les problèmes répétés, qu’on croit inavouables, rencontrés dans la vie professionnelle ; ….

Les prémices d’une liste interminable qui, en fait, semble définir notre vie comme une pénitence. Ceci ne fait-il pas écho au récit de la Genèse (3,16-19) où Dieu se met en colère à cause de la désobéissance d’Adam et Ève ? Or ce drame de l’Ancien Testament n’est plus la règle. Depuis la venue du Sauveur et sa Résurrection, la vie ne peut plus être subie. Cette vie pénible qui, offerte à Dieu, devient pénitence ; avec le Christ ne peut plus consister à se plaindre du poids des jours et des années mais à l’inverse doit se muer à se réjouir, d’avance, du Salut promis : « Vous qui ployez sous le fardeau ; venez, mon joug est facile et mon fardeau léger » (Mat 11,30).

À propos du rédacteur Tad Kristof

Tad Kristof a été ordonné prêtre en juin 2000. Il a exercé notamment en Afrique où il a créé "Tud a Vreizh" à Libreville. Passionné par la Bretagne, il contribuera à la dimension spirituelle d'Ar Gedour en répondant aux questions qui lui seront posées.

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Un commentaire

  1. de penguilly marie alix

    merci Tad Kristof !
    ces commentaires vont nous faire voir différemment ces 40 jours !!!

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