Denez revient avec un nouvel album : Toenn Vor, ou les chants des sept mers.

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Le 22 août prochain verra arriver dans les bacs le nouvel opus de Denez, bien attendu car il arrive sur un registre où on ne l’attendait pas. Et il vaut le détour…

Avec Toenn-vor, Denez signe bien plus qu’un album : il offre une fresque maritime à la fois charnelle et spectrale, une traversée où chaque vague sonore semble charrier un pan de mémoire bretonne, une émotion à vif, un chant perdu puis retrouvé dans l’écume blanche de Penmarc’h.

Dès les premiers titres, la mer est là. Non pas celle des cartes postales, mais celle, intérieure, qui bat contre les digues du cœur. Le chant de Denez, toujours tendu entre faille et lumière, se fraie un passage entre les strates du temps, entre la langue bretonne et la langue française, entre la gwerz et la pulsation synthétique, entre riffs électriques et cornemuse aux accents antiques, mariant les sons du monde comme l’âme d’un marin passant de port en port et ramenant avec lui les échos de chaque peuple qu’il rencontre. La mer comme matrice, le large comme témoin, l’océan comme abîme.

Toenn-vor – qu’on pourrait traduire par « le toit des mers » ou « la déferlante submersive »- donne le ton : un mouvement perpétuel, jamais figé, jamais docile. A l’instar de la Bretagne que chante le barde aux notes bleues. Loin d’une simple relecture patrimoniale, Denez propose ici avec ses musiciens de talents un véritable travail d’alchimiste sonore. Il ne restaure pas les chants d’hier, il les métamorphose. Il les écoute depuis notre rivage d’aujourd’hui, les regarde avec les yeux du présent, sans jamais trahir leur souffle originel. Là réside toute la force de cet album : dans ce fil tendu entre fidélité et réinvention, entre gravité et avant-garde.

©PIERRE TERRASSON

Après le gouvernail du vent / Stur an Avel, il ne prend pas juste la barre. Il nous embarque à travers les sept mers pour nous offrir mille autres chemins dans son jardin enchanté, qui s’étend donc aux confins du monde, en renouvelant un répertoire qu’on pensait déposé sur le pont des vieux gréements.  Il y a cependant dans ces quinze titres une volonté claire de ne pas céder au passéisme : les classiques maritimes comme les perles oubliées sont abordés avec une forme d’audace respectueuse. Séquenceurs, nappes électroniques, textures inédites s’entrelacent aux instruments traditionnels, sans jamais noyer l’essence. C’est tout l’art de la Denez Touch : faire naître l’intemporel dans la friction du contemporain, avec une pointe de nostalgie traversant l’écoute.

Sa voix, ce sillon qui fend la brume, est ici au sommet de sa maîtrise émotionnelle. Fragile et puissamment incarnée, elle donne corps aux récits d’hommes et de femmes qui ont aimé, souffert, travaillé au rythme de la mer. On perçoit au rythme de la voix intemporelle les goémoniers et les naufrageurs, les courreaux ou les vagues scélérates. Il y a du sel, du vent, du sang dans ce timbre qui ne chante pas seulement la mer, mais depuis la mer.

Moment de grâce, s’il en est : sa relecture bouleversante d’Amsterdam de Jacques Brel. Une interprétation d’une intensité rare, qui fait chavirer le port connu dans des eaux nouvelles. Comme une lettre adressée à un frère d’âme. Brel, l’insoumis, l’écorché, trouve ici un écho breton, une ancre posée à l’embouchure du monde.

Avec Toenn-vor, Denez ne se contente pas de chanter la grande bleue. Il en fait une matière vive, une voix-mémoire, une force souterraine. Il rappelle, dans ce monde pressé d’oublier, que chanter, c’est aussi tenir, transmettre… et résister. Comme les marins qui à travers les siècles ont vécu la mer, se sont laissés porter par la houle vers d’autres terres, affrontant les éléments au plus près de la Création ou contemplant sur une mer d’huile la liberté offerte à l’humanité : celle du grand large… que nous illustre avec talent cet album à vous procurer sans plus attendre.

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En attendant le 22 août, date de sortie de l’album Toenn Vor, découvrez à partir du 7 août le clip du titre Tri Ano :

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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