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[HISTOIRE DE BRETAGNE] Nominoë et le Synode de 849

En 849, Nominoé convoqua un synode et déposa des évêques accusés de simonie pour les remplacer par des prélats de son choix. Il va sans dire que les évêques, acquis au souverain franc qui les avaient nommés, limitaient aussi Nominoé dans son action pour la Bretagne. Il existe peu d’ouvrages traitant de cet événement et notamment sur le lieu lui-même. Ar Gedour vous propose d’en savoir plus. Alan J. Raude* (linguiste, historien et hagiographe) s’est donc penché sur la question pour nos lecteurs.

 

nominoe
Nominoë (par Marc Mosnier)

Le synode convoqué sur l’ initiative de Nominoé est connu sous le nom de Coirlouh, de localisation incertaine. De fait, les exégètes, peu versés en linguistique, ont cherché un nom ressemblant à Coitlouh, en ignorant deux points décisifs :

– D’abord, le texte latin de la charte 113 du Cartulaire de Redon  dit : …in aula coitlouh. Or  aula est la traduction du breton Les– “manoir (de)”. Il faut donc lire Lescoet–                  .

– Dans la seconde partie de Coit-louh, le ou, à cette époque, se prononce  [ow], et le -h ne peut être que pour – ch =  [x]. Il manque donc une voyelle, attestée au Parcellaire cadastral breton.

e- ou -a-, la plus probable, pour une épithète,  étant -a, on obtient Lescoet-lowach, de glowach(<*glowakkos),”charbonnier”. Le “topon”  glo(u)ach, lo(u)ach est attesté au Parcellaire breton .

Ce Lescoet est situé à quelques 7 km de Bonnevel (en Priziac), domaine familial de Nominoé (en vieux-breton  Bod-numel “résidence sacrée”. On est là dans une région forestière, le Pow Gwegant “canton des arbres”, culturellement remarquable. De l’époque celtique témoignent, par exemple, Meslan < Mediolanon,  Berné <*Bronna-nagia “Fontaine-bain” , ainsi  que l’éponyme de Plehair, la ploue (détectée par E. Vallerie,CBPA, p.29) *Kadra “La Belle”, nom de déesse, puis nom de sainte.  C’ est dans cette ploue que se trouve  Lescoet .

Juste au nord-est, Ploerdut atteste qu’au 5ème siècle, lorsque les Bretons instaurèrent la chrétienté en Armorique, ils  jugèrent bon de vouer cette ploue  à Ildud,  l’initiateur de la culture  latino-celtique qui devra fournir des précepteurs à l’Europe barbarisée. Au nom d’ Ildud devait s’associer une école, à laquelle on cot les noms en -ac , à Prisiac  (de pres “hallier” + -iac )n  et a .  et a Silfiac < Seieviac [< Selev < Salomo] + iac). Cette école pouvait être, par exemple, à Moutouer-Pabu.

Saint Salomon, du 5. siècle,  fils de Gerent-Weroc 1, était oncle de Pabu-Tudwal .

En 785, Pépin le Bref lança ses troupes pour occuper le pays vénète, accroissant ainsi les Marches de Bretagne.  Mais  les francs ne purent briser totalement la défense bretonne et n’atteignirent ni l’Ellé ni le haut-Blavet. Dans le pays occupé fut instaurée la règle diocésaine romano-franque, tandis que le pays libre observait la règle monacale. La paroisse de PloChaer se trouva traversée par la ligne de démarcation, et son église du côté occupé, si bien qu’une nouvelle église “monachiste” fut édifiée  du côté libre.

Le synode de 849 n’était donc pas convoqué  en zone neutre, mais  sur un terrain chargé de tradition.

 

Aux origines du Synode

Depuis 819, l’organisation diocésaine avait été instaurée de Kemper à St-Malo. Depuis 831, Nominoé gouvernait la Bretagne et avait l’expérience des leviers et rouages de la vie sociale du pays.  La “réforme bénédictine” avait  ébranlé les us monastiques. Des abbayes avaient été dissoutes. Saint-Méen était devenu une annexe de Saint-Malo. Les bibliothèques disparues laissaient un vaste vide intellectuel, et le remplacement des moines *badulaciones “porteurs de bâtons”, bàeleion, dans les paroisses, par des “ministres du culte”, rectores, personae jiuridicae, persinnes appointées et rémunérées, (terminologie de la métropole de Tours dont témoignent le breton et l’ anglais : person/parson) touchait à la fois les animateurs spirituels chevronnés, eneourion, et les paroissiens, livrés à des tacherons des sacrements et du cérémoniel. Ce fut, sans nul doute un profond  ébranlement.

 

De la simonie à la déposition

C’ est aussi ici que survient  la simonie. Un poste de recteur était une situation stable, qui valait bienSUSAN.jpg un investissement, de la part des impétrants. Un “don” à la bonne adresse peut décider de l’appointement. Sous un autre angle, que des dons parvinssent à des évêques ou à des clercs épiscopaux, et qu’ils fussent  suivis d’ appointements  allait à l’ encontre de tous les canons. Le dossier de Nominoé devait être bien étayé. Sans doute avait-il d’autres griefs envers des évêques nommés de l’ étranger et souvent hors-venus et d’obédience franque, peu chalés du devenir breton. Cela resta sous-entendu.

L’accusation avait deux ans. Les dissensions darkingiennes laissaient les coudées  franches au Wletic et à Conwoion pour se mettre en relations directes avec le pontificat romain.

Les évêques mis en cause étaient Susan (de Vannes), Felix (de Kemper),   Salocon (d’ Alet),  et Liberalis (de Léon). Le  déroulement du synode est bien résumé par l’Abbé Tresvaux (Histoire de l’Eglise de Bretagne, 1838, p.154, ci-jointe => cliquez sur l’image pour l’agrandir).

A la date de 848 il n’est question ni du diocèse de St-Brieuc, ni de celui du Trégor, ce dont nous traitons par ailleurs..

 

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 * Ouvrages d’Alan Joseph Raude (linguiste, historien et hagiographe) : 

  • L’origine géographique des Bretons armoricains. Série Etudes et recherches de Dalc’homp Soñj
  • Ecrire le gallo : précis d’orthographe britto-romane
  • Petite histoire linguistique de la Bretagne
  • Introduction à la connaissance du gallo
  • Liste des communes galaises du département des Côtes-d’Armor (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • Liste des communes du département de l’Ille-et-Vilaine (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • Liste des communes du département de Loire-de-Bretagne (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • Liste des communes galaises du département du Morbihan (avec la coll.de Jean-Luc Ramel)
  • La Naissance des nations brittoniques – de 367 à 410 -, Ploudalmézeau : Editions Label LN, 2009

 

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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