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La Vallée des Saints : n’oublions pas le religieux !

20141105_162610.jpgMalo Bouëssel du Bourg a récemment dit dans Armen (N°208) : « Mille statues de granite de quatre mètres de haut pour figurer les mille Saints du légendaire breton. De l’aveu même de ses initiateurs, la vallée des saints est un projet fou, taillé pour ces Bretons “qui n’excellent que dans la démesure”. Il n’empêche, les cinquante premières statues installées à Carnoët, en plein centre-Bretagne, ont attiré cent deux mille visiteurs en 2014, quasiment sans publicité. Un projet totalement financé par la générosité des Bretons, entreprises et particuliers. Une belle démonstration, s’il en était besoin, des liens qui unissent l’histoire, la culture, l’art et l’économie, quand refleurit la part du rêve. … Meur a hini n’en deus ket bet tro da vont betek Traonienn ar Sent c’hoazh. Darn n’ho deus ket klevet anv anezhi zoken. Bruderezh ? N’eus ket nemeur. Distank ha dister ar panelhoù heñchañ, parkva ebet hag ur c’hozh Algeco o talvezout da didigemer… Petra zo kaoz neuze ma’z eus bet desachet ouzhpenn kant mil a dud warlene gant un hanter-kant delwenn bennak savet war tosenn Sant Gweltaz e Karnoed, ul lec’h distro ma’z eus ? » 

Euh… et un peu cette “pointe de religiosité” qui a quelque peu forgé l’âme de la Bretagne, vivantes racines pour les uns et encore gravées dans l’inconscient pour les autres, non ? La part du rêve, c’est aussi quand Colomban, Samson, Efflam, Enora, Briac, Doac, Haran, Tuder, Kirec et bien d’autres ont traversé des mers déchaînées pour venir en Armorique évangéliser et fonder ce qui deviendra la Bretagne avec la spiritualité qu’on lui connait, issue de cette alliance entre le christianisme et le druidisme dans lequel ils avaient certainement vu des “semences du Verbe” (cf. Ad gentes, n. 11; Lumen Gentium, n. 17). La part du rêve, c’est quand le lien qui unit l’Histoire et la religion n’est pas omis car ce lien est si profond qu’il fait partie des fondations de Bretagne. La part du rêve, c’est de se dire que, grâce à ce projet fou, des promeneurs même parfois loin de l’Eglise découvrent peu à peu les saints fondateurs, ceux du réel et ceux du mythe, intimement liés pour l’éternité. Et en cela cette Vallée des Saints est extraordinaire… pour peu que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni depuis des siècles. Pour peu que les Bretons ne succombent pas à ce piège qu’est le laïcisme, expression fondamentaliste qui provient d’une terre qui n’est pas bretonne. Plus qu’un musée, plus qu’une culture exposée qui donnerait un nouveau souffle à une économie en berne, c’est avant tout l’expression d’une foi vivante qui lentement ravive des braises trop longtemps étouffées. 

C’est l’occasion de vous proposer à nouveau ici un billet que nous avions publié en août 2013 étayé par des précisions d’Alan J. Raude, dans lequel nous évoquions à la fois les origines de Traonienn ar Zent, mais aussi cet aspect : 

Lorsque fut publié le projet d’une “Vallée des Saints”, certains y virent une idée riche en promessesVallée des Saints- Photo Ar Gedour 2014. Vint la proposition  inspirée de Christian Troadec, d’y consacrer la vallée de l’ Hyères, qui coule dans sa bonne ville de Carhaix. C’ était lumineux. Car Hyères, en breton Hïer, c’est le celtique Isara “La Sacrée”. Nous avions là la Strad Hïer, la “Vallée Sacrée”, comme prédestinée à une entreprise rayonnante. Le cours de l’Hïer est de plus de 40 km. Sur ses deux rives, c’est un cheminement de 80 000 mètres, un espacement possible de 100 m entre chaque bod sant , “résidence de saint”, résidence personnalisée, répertoriée dans la toponymie locale. On pouvait regrouper les parentèles, les communautés, rapprocher le disciple de son eneour, guide spirituel, rendre à chacun son arbre familier, sources et fontaines. On pouvait offrir la source de l’ Hïer à Sainte Nolwenn, mère de sept saints et de plusieurs saintes, et faire que chaque saint trouve, au long du sentier de rencontre avec les Bretons d’ aujourd’hui et de demain,une place significative. Tâche exaltante pour beaucoup. Exaltante aussi pour une génération de sculpteurs, sachant donner forme aux voix de l’impalpable.
Ainsi ces  Bretons devaient  pouvoir, à leur tour, prendre le bâton, se faire baeloc, et aller à la rencontre de ces grands ancêtres qui ont foulé et aimé la terre bretonne et fortifié sa sainteté. Cette place aurait été idéale, mais finalement, le choix s’est fait vers une colline de Carnoët, ville qui méritait sans doute une startijenn…

La vallée a donc disparu au profit d’une colline du nom de Tossenn Sant Weltas. Nous l’avons vu plus haut, Saint Gildas y a une belle chapelle, classée, du 15ème siècle. Mais ce n’est pas tout, comme le signale le site de la Vallée des Saints ! La Tossenn est couronnée par un bosquet de beaux chênes, débordant d’une enceinte fortifiée. Derrière le fossé circulaire sont les fondations de ce que l’on a appelé une “motte”, une tour (qui est la pièce majeure du blason de Carnoët). Des fouilles ont révélé des travaux de l’époque romaine. Il s’agit d’un poste d’observation, car de ce sommet de 235 mètres on a une vue panoramique stratégique rare sur des lieues à la ronde.  Il n’est pas douteux qu’ une place fortifiée celtique a précédé celle des Romains. C’est là un site unique en Bretagne, précieux aussi par un environnement préservé.  

Mais plus encore, qui sait que ce site méconnu jusqu’alors était un privilège pour initiés, entre autres de la mouvance du Collège des bardes et druides traditionnels, qui savent que le fondateur du bardo-druidisme breton, Jean Le Fustec-Lemenik,  gravit la Tossenn le  mercredi 16 septembre 1903. En compagnie du barde Taldir, familier du lieu, après que celui-ci lui  ait nommé tous les clochers et collines jusqu’à l’ horizon, Lemenik célébra son union avec la terre de Bretagne en glissant un anneau d’or entre les pierres du sommet. Pour les tenants de cette tradition, la Tossenn est donc un repère, un “omphalos” respecté, et ce n’est pas là qu’ils vont à la rencontre des cohortes des saints bretons. Là, c’est Gweltas, celui qui sait voir, qui a sa place. Mais au final, les saints bretons sont arrivés, et sont loin d’en repartir. 

DSCN9999.JPGAlors que dire aujourd’hui ? Nous nous apercevons avec regret que “la Vallée reste une initiative privée de foi” comme le disait une lectrice de La Croix en 2013. Il y a certes une bénédiction des nouvelles statues  (devenant parfois un peu trop conceptuelles) chaque année lors du pardon de Saint Gildas. Des messes sont parfois célébrées dans la chapelle. Si Sébastien Minguy, le responsable de la Vallée n’hésite pas à diffuser la vie des divers saints sur les réseaux sociaux, ainsi que Sofiane (l’un des guides), le site internet comme le site de la Tossen lui-même ne semblent pas prendre assez en compte la portée spirituelle du lieu et du projet, pourtant à la source de cette idée. Or sans la dimension spirituelle, la vision culturelle ou économique seules n’ont aucun intérêt, ou sinon il eut fallu ne pas utiliser les saints comme faire valoir ! Lorsque des statues étaient élevées, et même lorsque de simples mégalithes étaient levés, cela partait d’un culte. Cela allait d’ailleurs plus loin puisqu’on tenait même compte des réseaux telluriques, des noeuds, des failles et des veines d’eau, comme cela le fut aussi pour nos chapelles, églises et cathédrales pendant bien des siècles… avant que le “progrès” n’arrive et ne laisse de côté ces pratiques. Il y avait un lien entre le ciel et la terre, entre l’homme et Dieu, entre les éléments. Il s’avère qu’ici, on se réclame des saints, mais -volontairement ou non- on se dégage parfois de l’aspect religieux, peut-être pour ne pas heurter les sensibilités. Les propos de Malo Bouëssel Du Bourg en sont l’illustration.

Il faut, comme l’espérait Philippe Abjean, que les chrétiens puissent aussi y venir en pèlerinage, que soit organisée une veillée de la Toussaint propre aux 5 Diocèses bretons avec procession aux flambeaux, etc…  Comme nous l’avons déjà dit, AR GEDOUR est à disposition pour soutenir spirituellement ce projet prometteur,  en éclairant les équipes de la Vallée des Saints en ce sens si besoin. 

EC

 

Crédit photo : AR GEDOUR 2014 (photo A et B) – Keller F (Photo C)

 

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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5 Commentaires

  1. oui! Une veillée pour la Toussaint 2017 !!! On a le temps de la préparer; les diocèses de Bretagne représentés par leurs bannières,et une prière unanime pour …la paix à l’intime des coeurs!
    Qui va préparer cet évènement ?

  2. On aimerait bien voir un plan d’ensemble du site afin de voir le vortex créé par l’ensemble des statues…

  3. le site est encore en construction, en devenir ; les Bretons se l’approprieront de différentes manières ; les plus ancrés dans la foi chrétienne peuvent proposer des évènements rassembleurs.
    la patience et l’initiative sont des vertus très chrétiennes.

  4. Belle idée que d’honorer les saints de Bretagne lors d’une prochaine Toussaint. Superbe vision d’un peuple en marche. Les diocèses de Basse-Bretagne, de Haute Bretagne viendraient en pèlerinage. Aux monolithes, une autre énergie se conjuguerait pour faire exister bien davantage qu’un imaginaire! Trug

  5. Compagnon,bâtisseur et grand mécène de la Vallée des Saints de Carnoët..Votre exposé sur le site et son devenir me comble.Sans le spirituel,sans le religieux,sans même le rituel ,une participation n’a plus lieu d’être..Pour l’inauguration de mon Saint Gonéri,en l’absence d’un abbé ou d’un moine,j’ai ressenti le besoin de fleurir la base de toutes les statues dévoilées ce jour là.,de faire brûler de l’encens d’Ethiopie sur le socle de granit que j’avais recouvert d’un brocard embaumé et allumer deux veilleuses dde ST Yves et de Ste Jeanne Jugan,dernière bretonne canonnisée..Nombre de personnes sont venues vers moi pleines d’émotion et l’une a emportée la petite litanie que j’avais transcrite .J’ai vécu longtemps en afrique en Orient Proche et en Extrème Orient ,attaché à une expression liturgique abandonnée en Bretagne et presque partout en France.
    Saint Gildas et sa soixantaine de confrères et consœurs du Paradis sont en charge de l’avenir du site et de son message dans le cœur des visiteurs..Les pièges du démon ne manqueront pas d’essayer de dévoyer épopée civilisationnelle et spirituelle. JYJC

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