Saints bretons à découvrir

Le cantique en montant à l’échafaud du Bienheureux Pierre-René Rogue

Tombeau du Bienheureux Pierre-René Rogue dans la cathédrale saint Pierre de Vannes (photo : paroisse de la cathédrale de Vannes)

En ce dimanche 10 mai, Mgr Centène, évêque de Vannes a célébré la messe dans sa cathédrale sur l’autel où reposent les reliques du prêtre Lazariste. vannetais martyr de l’eucharistie.(1758-1796).

La vie de ce prêtre est représentative des souffrances qu’ont vécu les fidèles durant la Révolution face à un pouvoir totalitaire qui voulait régenter tous les aspects de la vie des citoyens, entre autres, les priver des sacrements.

Pierre-René Rogue est un des représentants de ces dizaines de milliers de prêtres, religieux, religieuses, laïcs qui ont offert leur vie pour le Christ durant cette période troublée. Mgr Centène a dans son homélie a rappelé le rôle décisif qu’a eu le Bx Pierre-René Rogue dans le refus du clergé de l’époque de prêter un serment contraire à la liberté de conscience et de culte.

Brève biographie de Pierre-René Rogue , prêtre et martyr 

 « Toute la vie du Père Pierre-René Rogue (1758-1796) s’est déroulée à Vannes : né à l’ombre de la cathédrale, étudiant au collège Saint-Yves (actuel collège Juels Simon, puis au grand séminaire (à l’époque rue du Méné, ordonné prêtre en 1782, aumônier de la retraite des femmes,  professeur de théologie dogmatique au séminaire, desservant en 1789 de la paroisse N.D du Méné. La constitution civile du clergé trouve en lui un opposant paisible, mais décidé. Il refuse de s’expatrier pour pouvoir continuer son ministère à Vannes, même dans la clandestinité. Arrêté la veille de Noël 1795, alors qu’il portait le viatique (sacrement de l’Eucharistie donné à un mourant en même temps que l’extrême-onction,  il est dénoncé par un ami et présenté au tribunal révolutionnaire siégeant dans l’ancien évêché de Vannes puis dans sa chère église du Méné, puis condamné comme « prêtre réfractaire » en présence de sa mère, le premier mars .Incarcéré de nouveau à la porte-prison de Vannes (ancienne porte saint Patern). Il redonne courage à ses compagnons d’infortune (dont plusieurs prêtres Deux jours plus tard, il monta à l’échafaud. Il a pour cette occasion écrit un cantique qu’il chantera en allant à l’échafaud en toute confiance sur la place des de l’Hôtel de Ville en allant se faire couper la tête en l’honneur de Jésus-Christ.

Des linges trempés de son sang deviennent aussitôt des reliques, et sa tombe, un lieu de pèlerinage et de grâces. Le 10 mai 1934, Pierre-René Rogue était béatifié. Depuis lors, son corps repose à la cathédrale ».

(extrait du propre du diocèse de Vanne, 1984)

Montre du Bx Pierre-René Rogue

Voici le cantique qu’il composa en prison et qu’il chanta en allant à l’échafaud. D’aucuns trouveront le style quelque peu vieillot et d’aucun goûteront son charme suranné. Mais dans tous les cas, il est admirable de confiance, d’action de grâce, et de charité, même envers ses juges, ses bourreaux, et son dénonciateur (non seulement il lui pardonne, mais lui offre sa montre).

Ce cantique mériterait de ne pas être seulement lu et médité, mais aussi d’être chanté. La mélodie d’origine a probablement été oubliée, car on n’en trouve pas de trace.

Voici une proposition d’air pour le chanter. Il s’agit d’une mélodie tirée du Barzaz Breiz : Ar Chouanted, (les Chouans) qui fut reprise pour plusieurs cantiques : Digor é miz Mari (le mois de Marie est ouvert) -il en sera question dans un futur article- et un chant français de communion. Cet air a aussi repris pour un chant de communion : Le pain que tu nous donnes 

  1. Que mon sort est charmant,

Mon âme en est ravie !

Je goûte en ce moment

Une joie infinie.

Que tout en moi publie

Les bontés du Seigneur ;

Ma misère est finie,

Je touche à mon bonheur

 

  1. J’ai servi Dieu mon Roi,

En imitant son zèle ;

J’ai conservé la foi,

Je vais mourir pour elle.

Que cette mort est belle

Et digne d’un grand cœur !

Priez, peuple fidèle,

Pour que je sois vainqueur.

 

  1. Ô vous tous, que mon sort

Affecte et intéresse,

Loin de pleurer ma mort,

Tressaillez d’allégresse ;

Tournez votre tendresse

Sur mes persécuteurs ;

Sollicitez sans cesse

La fin de leurs erreurs.

  1. Hélas ! Ils ne sont plus

Les enfants de lumière,

Puisqu’ils n’écoutent plus

Le successeur de Pierre.

Mais, puisqu’ils sont nos frères,

Chérissons-les toujours ;

N’opposons à leur guerre

Que douceur et amour.

 

  1. Ô Monarque des cieux,

Ô Dieu, plein de clémence,

Daigne arrêter les yeux

Sur les maux de la France !

Puisse ma pénitence,

Égale à ses forfaits,

Désarmer ta vengeance,

Te la tendre à jamais !

Téléchargez la partition : Cantique en allant à l’échafaud

A côté de ce sens très profond du pardon chrétien, Pierre-René Rogue nous enseigne l’amour de l’Eucharistie. C’est comme martyr de l’Eucharistie qu’il est vénéré. Il a bravé les dangers pour aller porter la Sainte Communion à un malade et c’est dans ce contexte qu’il a été arrêté. Il nous enseigne le souci du malade, du mourant à qui il apporte le secours de la religion au seuil de sa vie.

Il nous enseigne l’amour de l’Eglise et de son unité face aux dérives schismatiques d’une église nationale. Mais par-dessus tout, l’histoire de Pierre René Rogue, sa vie et son glorieux martyre constituent une formidable leçon sur la liberté de conscience.

Il nous laisse aussi ce testament spirituel :

« J’ai aimé passionnément ce Christ, qui est là présent au milieu de nous dans le Très-Saint-Sacrement, et qui s’est dit présent aussi dans chacun des êtres qui nous entourent. À vous qui voulez m’honorer, je redis les mots de ma dernière lettre à mes frères les prêtres de ma bonne ville de Vannes :

 Aimons-nous toujours pour le temps et pour l’éternité ! Ainsi soit-il »

Ar Gedour et Kan Iliz oeuvrent en permanence à la promotion des cantiques bretons. Votre aide nous est précieuse. Pour faire un don, cliquez ici.

À propos du rédacteur Uisant ar Rouz

Très impliqué dans la culture bretonne et dans l'expression bretonne dans la liturgie, Uisant ar Rouz met à disposition d'Ar Gedour et du site Kan Iliz le résultat de ses recherches concernant les cantiques bretons, qu'ils soient anciens ou parfois des créations nouvelles toujours enracinées dans la Tradition.Il a récemment créé son entreprise Penn Kanour, proposant des interventions et animations en langue bretonne.

Articles du même auteur

Un sermon sans égal prononcé en l’église saint Salomon du Merzer / Ur predeg hep par lâret en iliz sant Salaün ag ar Merzher

Le 25 Juin on célèbre la fête de saint Salomon, roi de Bretagne.  Selon les …

Saint Mériadec

Le 7 juin, on fête dans le diocèse de Vannes saint Mériadec, qui fut évêque …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *