
En 1984, au moment où la musique bretonne sort doucement d’un passage à vide, un groupe voit le jour et va marquer durablement la scène du fest-noz par l’originalité de son approche : Skolvan. Fondé par Youenn Le Bihan, qui enseigne alors la bombarde au conservatoire de Ploemeur, avec Patrice Querré (violon), Yann-Fañch Perroches (accordéon diatonique) et Gilles Le Bigot (guitare), Skolvan impose dès son premier fest-noz, le 14 avril 1984, une signature sonore immédiatement reconnaissable.
Une identité novatrice
Dès ses débuts, le groupe bénéficie d’un atout majeur : l’invention par Youenn Le Bihan du piston, une bombarde inspirée du hautbois baroque. Cet instrument, au timbre plus doux et plus modulé que la bombarde traditionnelle, se marie parfaitement avec le violon et l’accordéon, donnant à Skolvan un son unique, à la fois enraciné et harmonieux.
Autre singularité : l’accompagnement en open tuning développé par Gilles Le Bigot (notamment avec le groupe Galorn), qui offre une assise rythmique et harmonique d’une grande modernité. Le nom même du groupe, « Skolvan », est emprunté à une gwerz bretonne rattachée au Livre noir de Carmarthen (XIIᵉ siècle), liant déjà le projet à la mémoire et au mythe.
Des tournants musicaux
En 1987, Fañch Landreau remplace Patrice Querré au violon. Cette formation — Le Bihan, Perroches, Le Bigot, Landreau — va marquer de son empreinte la Bretagne musicale des années 1987-1996. Les albums édités par Keltia Musique à partir de 1991 révèlent un style raffiné, où la danse reste au cœur mais portée par des couleurs nouvelles.
Le chef-d’œuvre Swing & Tears (1994) est désigné « album de l’année » en France (Trad Magazine), au Royaume-Uni (Folk Roots) et au Portugal (Diaro de Noticias). On y retrouve notamment la participation du chanteur Yann-Fañch Kemener et du percussionniste Dominique Molard, qui rejoint officiellement le groupe en 1996. Ce dernier apporte une palette rythmique inédite : tablas, cajón, derbouka, bodhrán et batterie enrichissent la trame sonore.
En 1997-1999, l’arrivée de Bernard Le Dreau (saxophones) et de Loig Troël (accordéon diatonique) ouvre un nouveau chapitre. L’album Chenchet’n eus an amzer (2000), auquel collaborent Kemener, Didier Squiban et Gildas Boclé, témoigne de cette évolution vers une écriture plus orchestrée et une fusion affirmée avec le jazz.
Le big band et l’international
Au tournant des années 2000, Skolvan ose une formule « big band » : dix musiciens, avec section cuivres, qui accentuent encore le swing et l’ouverture jazz. En 2002, ils se produisent au Piccolo Teatro de Milan avec la Civica Jazz Band, dans le cadre d’Orchestra Senza Confini. L’album Live in Italia (2003) immortalise cette aventure. En mars 2006, ils fêtent la Saint-Patrick à Bercy, preuve de leur stature internationale.
Retour au quartet et continuité
En 2009, Skolvan revient à une formule plus resserrée, avec l’arrivée de Régis Huiban à l’accordéon chromatique. L’album C’hoari Pevar (2010) – « jeu à quatre » – retrouve l’esprit du quartet tout en déployant des couleurs variées et toujours dans le respect de la danse. Présenté à Quimper et au cyber fest-noz de Rennes, il reçoit un « Bravo ! » de Trad Magazine.
Le groupe continue ensuite à tourner en Bretagne, en France et en Europe, multipliant créations et participations aux grands festivals (Lorient, Cornouaille, Filets Bleus, Yaouank). En 2014, ils fêtent leurs 30 ans au Printemps de Châteauneuf et, en 2015, proposent une création originale en sextet pour le Festival Interceltique.
Membres actuels
- Gilles Le Bigot – guitare acoustique et folk (depuis 1984)
- Youenn Le Bihan – bombarde, piston (depuis 1984)
- Bernard Le Dreau – saxophones (depuis 1997)
- Régis Huiban – accordéon chromatique (depuis 2009)
Avec Skolvan, la musique bretonne a trouvé une voie singulière : danser et écouter, tradition et jazz, terroir et ouverture au monde. Leur apport n’est pas seulement sonore : ils ont montré qu’il était possible de respecter la cadence du fest-noz tout en explorant de nouveaux horizons harmoniques et rythmiques.
Dans cette série « Mémoire des groupes bretons », Skolvan occupe une place de choix : celle des chercheurs de sons, des bâtisseurs de ponts, des inventeurs de couleurs. Une aventure qui, quarante ans après ses débuts, continue de résonner sur les parquets et les scènes.
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