Saints bretons à découvrir

Le Port de Pêche de Lorient- Keroman

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min

On connait Lorient, la ville aux 5 ports (militaire, commerce, plaisance, passagers et pêche), mais connait-on bien ce dernier, le port de pêche de Lorient-Keroman ?port lorient keroman

Comme les parisiens qui ne sont jamais monté à la Tour Eiffel ou sur l’Arc de Triomphe, n’ont jamais visité le Louvre ni le musée Grévin, les lorientais, en général, ne connaissent finalement que peu ou mal l’activité du port de pêche qui fête cette année 2017 ses 90 ans !…

110 navires de pêche sont immatriculés à Lorient, mais près de 300 viennent régulièrement vendre leur pêche, non plus sous la « criée » mais sous la « halle à marée » (HAM) comme on dit maintenant que l’informatique a remplacé avec bonheur, mais sans doute moins de folklore, le traditionnel système de vente aux enchères descendantes. C’est dire l’attractivité des infrastructures mises, à à Lorient-Keroman, à la disposition tant des bateaux, que des 225 acheteurs agréés et seuls susceptibles de participer aux enchères assurant le meilleur prix aux vendeurs par l’application transparente de l’offre et de la demande.

Ainsi, c’est 100.000 tonnes de produits qui, chaque année, passent par la HAM de Lorient-Keroman, générant 3.000 emplois sur le site.

Ce site qui couvre plus de 50 ha du domaine public maritime, ressort pour ce qui est de l’entretien du plan d’eau et des quais, particulièrement onéreux, de la Région Bretagne qui en est propriétaire à la suite de l’Etat depuis la loi de décentralisation de 2007, et, pour le fonctionnement et l’entretien des superstructures, d’une société d’économie mixte (SEM) dont le capital de 5,450 M€ est réparti entre la ville de Lorient et la communauté d’agglomération à hauteur de 64%, le reste se partageant entre la compagnie d’exploitation des ports (CEP), autre nom de Veolia, pour 24,55% et les partenaires financiers habituels que sont les banques. La SEM ne verse pas de dividendes à ses actionnaires qui ne recherchent pas la rentabilité directe et immédiat de leur investissement, mais elle s’efforce d’avoir une gestion bénéficiaire lui permettant de dégager une capacité annuelle d’investissement d’environ 2M€.

La SEM de Lorient-Keroman est présidée par Maurice Benoish de qui je tiens ces chiffres et qui a bien voulu nous donner toutes explications utiles sur cette activité typiquement lorientaise, mais peu ou insuffisamment connue localement, sauf, bien sûr, pour ceux qui y travaillent, notamment les équipages des bateaux de pêche.

Bien qu’il soit périodiquement question de l’embauche de jeunes matelots, jamais un bateau n’est resté à quai faute d’un équipage complet. Le métier est certes dur, on peut y risquer sa vie, mais il est rentable : pour 200 jours de mer par an le salaire s’élèvera à 4/5.000 € par mois environ.

 

I – En 2016 la production de la SEM s’est élevée à 26.882 tonnes pour une valeur de 86.691 K€, chiffres en nette progression par rapport à l’année précédente, ce qui fait de Lorient-Keroman le 1° port de pêche en France, le 2° après Boulogne et avant Le Guivinec en tonnage.

  • Soit 12.551 tonnes pour la pêche hauturière dite « pêche fraîche au large » pour une valeur de 34.843 K€ en progression de 11,67 % par rapport à l’année 2015.
  • Et 5.822 tonnes pour la pêche côtière pour une valeur de 29.353 K€, en légère régression.
  • Auxquels il convient de rajouter la contribution de la « cellule commerciale » qui regroupe les pêches effectuées par des navires hors circonscription et même étrangers (Ecosse, Maroc) débarquées et vendues sous la HAM de Lorient-Keroman pour, en 2016, 5.163 tonnes de poisson d’une valeur de 13.076 K€ en nette progression par rapport à 2015.

C’est donc ainsi, 23.536 tonnes de poisson qui ont été vendues en 2016 à Lorient-Keroman pour un chiffre d’affaire de 77.272 K€, en progression sur l’année précédente, constituant la « 1° mise sur le marché ».

Il convient d’y ajouter la marchandise débarquée à Lorient-Keroman mais vendue à l’extérieur : par exemple, les bateaux espagnols qui ne commercialisent localement que la lingue franche (dite « julienne ») et embarquent par camion à destination de l’Espagne le reste de leur pêche. En 2016, ce secteur représente 3.346 tonnes d’une valeur de 9.419 K€, en nette régression.

 

II – Mais la SEM de Lorient-Keroman ce n’est pas seulement la pêche proprement dite, c’est aussi la réparation navale.

En 2002 est entré en fonction sur l’aire de réparation navale (ARN) de Keroman  un élévateur venu remplacer le vieux slipway en étoile qui avait été inauguré dans les années 30, peu de temps après la création du port de pêche par l’ingénieur Henri Verrière dont une salle de conférence porte le nom.

Doté de 24 roues dont chacun des pneus coûte  13.000 €, l’élévateur de Lorient Keroman peut soulever 650 tonnes à chaque manœuvre. L’investissement a coûté à la collectivité plus de 13 M€ mais il a permis de générer plus de 1.000 emplois. Il ne sert pas exclusivement à la réparation des chalutiers, mais compte plus de la moitié de ses utilisateurs parmi les plaisanciers, les marchands, passagers et même les militaires…

De nombreuses entreprise du secteur sont venues s’installer, attirée par la qualité du matériel de manutention qui n’existe qu’à de rares exemplaires en Europe.

Les négociations restent en cours pour l’utilisation partagée des 3 bassins de radoub qui sont actuellement dans la zone dévolue à Naval-Group, ce qui permettrait la mise à sec d’unités de plus de 650 tonnes et 50 m. de long.

L’ARN de Keroman a aussi vocation à s’impliquer dans la maintenance de l’éolien flottant dont l’implantation au large de Groix est envisagé.

 

port keromanIII – Le Président Maurice Benoish a évoqué après cette présentation les objectifs prochains de la SEM Lorient-Keroman et les difficultés qui risquent de se profiler avec la mise en application du « brexit » en raison, notamment, de la complexité à définir de façon contradictoire la zone économiques exclusive (ZEE) britannique, sachant que près de la moitié du tonnage lorientais provient de cette zone…

La lecture de cette carte montre combien la répartition de la ressource sur place sera difficile à opérer …

Les efforts de la SEM Lorient-Keroman vont également porter sur la modernisation de l’informatique des ventes pour aboutir à un outil particulièrement performant au profit des usagers du port, quels qu’ils soient : en effet, la SEM a pour objectif principal le service de tous travailleurs de la mer, sans exclusive.

A cet égard, elle s’efforce de combler le déficit endémique de quais et s’est vu attribuer récemment la concession, rive gauche du Scorff, du quai en eau profonde dit des « TCD » (transport de chalands de débarquement).

Il lui importe également de gérer, sur le domaine qui lui est imparti, les friches industrielles que produisent à la fois les modifications techniques et les nouvelles habitudes de consommation. Ainsi, la glacière ne produit plus de glace depuis longtemps, mais continue d’assurer une fonction de château d’eau de mer pour sa filtration et son épuration avant rejet. Quand ce processus se fera sous pression, la glacière sera démolie, ce qui est prévu pour 2019, améliorant ainsi l’attractivité de tout le quartier dans la mesure où l’avenue de la Perrière va retrouver sa perspective d’origine sur l’îlot Saint Michel et l’autre rive de la rade.

Enfin la SEM de Lorient-Keroman, sous l’impulsion de son Président, Maurice Benoish, a initié une démarche qualité dans tous les domaines, particulièrement dans les secteurs hygiène et sécurité faisant de Lorient-Keroman un port durable ayant d’ores et déjà acquis la certification ISO 14001.

Cette démarche se poursuit en vue de l’obtention pour la déconstruction de navires, de la norme gouvernementale ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement).

Merci au Président Maurice Benoish pour la clarté de sa présentation de l’outil particulièrement performant que la SEM qu’il préside met au service de la pêche.

Les Lorientais, mais aussi les bretons et les français que nous sommes apprécient ainsi un peu mieux ce qui se fait là-bas, au bout de chez nous et les langoustines au Kari-gosse prendront un tout autre goût, dorénavant…

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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