Le recteur de Plouha refuse une exposition dans une chapelle

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

L‘Edition du Soir / Ouest-France (9/09/2016) rapporte que le recteur de Plouha s’oppose à une exposition dans une chapelle du secteur dont il a la charge. Comme le rappelle le quotidien, la scène a un air de déjà-vu dans le pays de Paimpol (Côtes-d’Armor) puisqu’en février 2012, la colère du curé de Pommerit-Jaudy, contre une exposition d’œuvres vaudou, avait déjà défrayé la chronique.

L’événement “7 chapelles, 7 artistes”, imaginé par l’association locale Maen Glaz, pour « lier le patrimoine et l’art contemporain », doit avoir lieu du 17 au 25 septembre, à l’occasion des Journées du patrimoine.

Au milieu de cette polémique, Stéphane Michaud, dit Michadu, installé à Ploezal, qui a été sélectionné par les organisateurs pour exposer huit oeuvres dans la chapelle de Kermaria-an-Iskuit : deux à l’extérieur et six à l’intérieur de l’édifice du XIIIème siècle, rivalisant ainsi avec la danse macabre réputée qui orne les murs.

« A l’origine, il était prévu que tout soit exposé à l’extérieur, précise à Ouest-France Bénédicte Jobbé-Duval, adjointe au patrimoine. Mais M. Michadu a voulu exposer à l’intérieur. Il fallait que le curé soit d’accord. C’est à lui que revient le choix. »

Mais quel problème y a-t-il avec ces “oeuvres d’art” ?

« Il y a des pénis en érection, des seins mis un peu n’importe où sur un corps figuratif, des attitudes équivoques et certains noms donnés à ces sculptures sont eux-mêmes assez « légers » dans un lieu de prière, estime l’abbé Eric Le Forestier, curé de la paroisse de Plouha. Ces œuvres me posent problème. »

L’homme d’église a contacté l’artiste pour lui faire part de son veto.

« J’ai le droit de refuser les expressions artistiques qui ne respecteraient pas ces lieux. »

Certains argueront que les artistes autrefois n’hésitaient pas à orner les sablières des églises de réalisation parfois légères, comme le signale Bernard Rio dans son ouvrage Le Cul bénit, amour sacré et passions profanes. Mais Michadu n’a pas choisi ses “œuvres” au hasard, semble-t-il, indiquant à la rédaction d’Ouest-France de vouloir faire« réagir » par rapport à « la position de l’Église sur ce qui touche à la sexualité ». On n’est plus dans l’art… on est dans l’idéologie.

« Les chapelles appartiennent à la commune, qui doit en disposer à son gré. C’est un lieu d’exposition, comme une salle des fêtes », estime l’artiste, qui ne connait manifestement pas la loi. Bien des gens ignorent en effet les principes généraux de la loi de 1905, rappelée à raison par le curé (cf ci-dessous). Il n’est pas inutile pour cet artiste comme pour d’autres, de les inviter à consulter le “Guide destinés aux maires et affectataires pour les édifices cultuels“. Ainsi, voici les alinéas 26 et 27 répondant clairement à la question (l’affectataire étant le recteur) :

utilisation-culturelles-chapelles

Le recteur n’est pas d’accord qu’une telle exposition ait lieu dans un lieu de culte, et s’appuie sur cette loi de 1905, complétée et précisée par la loi du 25 janvier 1907 : « Les édifices cultuels sont laissés à la jouissance des fidèles et des ministres du culte pour l’exercice du culte. La jurisprudence du Conseil d’État a rappelé la nécessité d’un accord préalable de l’affectataire pour la tenue d’une manifestation non cultuelle» déclare le prêtre.

Le pardon de Kermaria-an-Iskuit a lieu traditionnellement le troisième dimanche de septembre, soit donc cette année le 18 septembre (messe à 10h30 et célébration mariale à 15h), durant les fameuses journées du patrimoine. Imaginez le pardon au milieu de ces “oeuvres d’arts” !

Face à la position de l’abbé Le Forestier, Michadu a indiqué aux organisateurs qu’il annulait sa participation à l’exposition. On ne s’en portera pas plus mal, et nous ne pouvons que féliciter et encourager ce pasteur !

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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2 Commentaires

  1. Merci Eflamm de nous informer : entier soutien au curé de Plouha. Ne baissons plus les bras. J’ai vu des “oeuvres ” près de chez nous en 56320 de caractère pornographique sur notre foi chrétienne… c’était dans un lieu profane mais la prochaine fois je prends contact et on proteste auprès de la mairie . Je l’ai juste dit oralement. Amicalement

  2. bravo à ce sympathique curé jakez

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