Santez Edwette, la vierge aux 3 couronnes

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

sainte edwette esquibien.jpgL’été est là C’est l’occasion d’aller visiter certains lieux. Aujourd’hui, l’un de nos deux hagiographes, GF Hacherez, vous propose d’en savoir plus sur une sainte honorée localement : Sainte Edwette, Evette en français, fêtée le 15 juillet. 

Une tradition populaire lointaine nous l’a fait revivre, par période, au gré de sa ferveur, pour mieux la replonger dans l’oubli. Nous n’en savons pas plus de son frère Saint Devet (ou Demet) éponyme de Plozèvet.

 

Son étymologie

Les registres paroissiaux d’Esquibien, citent Dezmata (1552), Dumetta (1600), Demata (1626), puis Demate, Demet, Devet.

Une inscription dans sa chapelle indique « Sainte Edwet, vierge et martyre, morte en 383, était l’une des compagnes de Sainte Ursule » – Sainte Ursule (princesse de Bretagne) et les onze milles vierges …

Dans le Diocèse de Vannes on honore Sainte Avoie ou Avée, vierge et martyre… Faut-il faire le rapprochement ?

Actuellement Edwette, prénom très prisé, sous forme composée, depuis l’acceptation par l’état civil des prénoms bretons (Marie-Evette, Anne Edwette…).

 

Sa légende

La légende la fait naître au pays de Galles (ou Ecosse). Le navire qui la transporte avec son frère Saint Demet se fracasse sur un écueil. L’embarcation disparaît avec son équipage. Cependant Dieu qui avait pour eux une autre destinée, les dépose sur la plage de Plozèvet dans la baie d’Audierne.

Après avoir rendu grâce à Dieu, ils décidèrent en remerciement de construire un ermitage et un sanctuaire. A peine terminés, Saint Démet reçoit une révélation qui interdit à une sainte et un saint de cohabiter. Il conseille à sa soeur de partir non loin de là, afin qu’ils puissent se voir dans une même pénitence. Sur ces paroles, Sainte Evette monte dans une auge de granite, joint les mains, les yeux vers le ciel. L’auge se met en mouvement et traverse la baie pour accoster à l’endroit où se trouve encore aujourd’hui sa chapelle.

D’ailleurs l’auge est encore là, on la voit à marée basse au lieu-dit le Sillon, actuellement appelé Port Sainte Evette. C’est l’endroit où les touristes embarquent pour l’Ile de Sein. Les habitants de la côte ne prêtèrent pas à attention à la nouvelle venue. Mais les païens des terres ne l’admirent pas. Ils l’accusèrent de sorcellerie, de faiseuse de désordres… Les femmes surtout, la poursuivaient, la battaient à coup de fourches, de ces fourches en fer qui servaient à jeter la bruyère dans les fours à cuire le pain. La sainte n’avait plus la moindre minute pour accomplir sa pénitence. Dieu y pourvut.

Une nuit toutes les fourches en fer disparurent sans savoir qui avait fait ce larcin, obligeant les habitants à se servir de fourches en bois, depuis appelés « les gens aux outils en bois » c’est à dire Potred-Esquevien en breton, ce qui donna le nom de la commune, Esquibien (29770).

Terrorisés par le mystère de la disparition de leurs fourches, les esquibiennes laissèrent la sainte prier, tournée vers Plozévet où était son frère. Sur la pierre appelé Leur-Zie, près du village de Leuguériou, on aperçoit les creux faits par les genoux de la sainte, la trace de son chapelet et l’empreinte de sa main droite sur laquelle elle s’appuyait quand elle était fatiguée. Non loin, s’élève sa chapelle où elle est représentée, le front ceint d’une couronne royale, une autre de roses dans sa main droite, alors qu’un ange s’apprête à lui en poser une troisième sur la tête. Telle est sa légende.

 

Son culte

Au XVe siècle Saint Onneau lui a ravi sa place dans l’ancienne église paroissiale.

Elle est la patronne des pêcheurs de la baie d’Audierne en souvenir de son naufrage et de sa traversée de la baie en auge de pierre.

Sa chapelle est située au fond de la crique « Porz Landrevet » et a fait l’objet de nombreux pèlerinages et pardons. Les marins sauvés miraculeusement d’un naufrage, venaient de toute la Bretagne se jeter à l’eau tout habillés et tournaient en prière neuf fois autour de la chapelle en remerciement. Les messes des noyés y étaient célébrées pour que les cadavres viennent atterrir sur sa plage afin d’y être enterrés en terre chrétienne. Cet édifice rengorgeait d’ex-voto, témoignages des miracles qu’elle avait accomplis. Au siècle dernier, son pardon du 2 Avril la faisait sortir de l’eau vêtue d’or et de soie, sur son auge. Aucun marin invoquant son nom, n’aurait péri en mer… Des navires étrangers se réfugiaient dans son port en cas de tempête.

Une ancienne paroisse, un phare, une plage, un point de navigation international en font une sainte actuelle.

Plaisanciers!!! Si vous passez en auge, non loin de Cap Sizun, jetez les bouts au Port Sainte Evette à Esquibien par 48° 0′ 18″ de Latitude et 4° 33′ 14″ de Longitude, cela vaut le détour.

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Sources

– Répertoire général de bio-bibliographie bretonne par René Kerviler (Rennes 1901)

– Bulletin de la société archéologique du Finistère du 8 Avril 1899, compte rendu de Henri Le Carguet

– Les vies des saints de la Bretagne Armorique de Frère Albert le Grand (1636) annotations

 

Recherches: Hacherez gf

À propos du rédacteur GF Hacherez

Hagiographe reconnu, il met à la disposition d'Ar Gedour ses nombreux travaux sur les vies de saints, méconnues du grand public

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Un commentaire

  1. Priziusat buhez ar sent kozh ! Bennozh Doue dit, Efflamm!

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