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SANTEZ NOLWENN – LEGENDE ET HISTOIRE

sainte nolwennSainte Nolwenn est honorée en Noyal-Pontivy où elle patronne une chapelle. On ne possède pas de Vie de cette sainte et l’ on doit donc se contenter de la tradition locale qui est fondée en partie sur les inscriptions que l’ on pouvait lire sur le jubé du 15ème siècle dans l’ église paroissiale.

En bref, fille d’ un souverain de Grande-Bretagne, Nolwenn aurait, comme tant d’ autres, traversé la mer pour gagner l’ Armorique. A peine arrivée elle rencontre, au carrefour du Bézo en Bignan, un seigneur, du nom de Nizan, qui est saisi d’ amour pour elle et veut, de gré ou de force, l’avoir pour épouse. Sur son refus, il la fait décapiter. Là-dessus, elle ramasse sa tête et poursuit sa route vers le nord jusqu’au delà de Noyal, à l’ endroit de sa chapelle actuelle et y rend l’ âme après une prière.

LE NOM

En français, Nolwenn était le plus souvent appelée Noyale, et en breton son nom était souvent écrit Noialwenn (en 1387 Noyalguen), ce qui, comme l’ écrit J. Loth (NSB99) signifie “sainte de Noyal”, tout comme la variante bretonne Gwenn-Noual. Cela étant on admet généralement que Nolwenn est une forme abrégée de Noualwenn. Cette interprétation, néanmoins, ne s’ impose pas, car Nolwenn découle tout naturellement de Nonwenn par dissimiliation d’ un N en L.

GENEALOGIES

En Galles on connait effectivement une sainte Nonnwyn (Ach.yS 15, EWGT69), fille de Ynnyr Vreichgoch (Honorius au Bras Rouge) et elle avait mérité le surnom de Creg “la Rude”. On retrouve cette même sainte, avec quelques méprises, dans des gloses à deux autres notices généalogiques : dans ByS 27 (EWGT 58) la mère de saint Iestin, épouse de Gereint, est appelée Tonwen, fille de Kynyr . En ByS 26 Gwenn, fille de Kynyr serait mère de Kybi, lui-même fils de Selyf fils de Gereint. Comme Kynyr est par ailleurs donné comme père de ste Nonn, on constate que, dans ces données, il y a quelques confusions, à moins que Kynyr, évolution de *Kuno-rix “roi élevé”, ne soit pris dans son sens de nom commun. On peut néanmoins conclure de ces notices que Nonwenn, femme de Gereint (Gerontius), était la mère de Iestin, Selyf (alias Salaün) et leurs frères, Congar, et Cadwy (alias Cadou).

NONNICHIA ET NONNITA

Le nom de Nonwenn est en effet confirmé par l’ historien byzantin contemporain Sozomène (+ 443) qui connait le général breton Gerontios. Celui-ci fut le meilleur soutien de Constantin III ; lorsqu’ ils se brouillèrent ils en périrent tous deux.

L’ historien ( L.9, ch.13, OB 259) rapporte les circonstances de la mort de Gerontios : assiégé dans sa résidence, en Ibérie, par des ennemis en grand nombre, il se retrouva seul dans sa maison en flammes avec son épouse Nonnichia; celle-ci, pour ne pas tomber aux mains des ennemis, le supplia de la tuer pour mourir avec lui. Il la décapita donc avant de se donner la mort. Sozomène précise que Nonnichia était chrétienne; Gereint l’ était, semble-t-il, un peu moins.

Nonnichia apparait comme une forme hellénisée de Nonnit(i)a (sous l’ influence du nom oriental Nonnechios, qui n’ était pas inconnu en Armorique, puisque nous connaissons par Grégoire de Tours l’ existence à Ratiate – Rezé d’ une “maison de Nonnechius” – Nunnechii domus). Le nom ancien Nonnita a donné en brittonique moderne la forme Nennid, qui a été à l’ origine du nom de lieu Pelynt (*Plôi-Nennid), en Cornwall.

LEGENDE ET HISTOIRE

Toujours est-il que Nonnichia, comme sainte Nolwenn, mourut décapitée, et derrière la légende (qui en outre a de remarquables connotations mythologiques) on n’hésitera guère à voir dans l’ épouse de Gereint l’ origine historique de la sainte de Noyal. On notera entre autres que saint Salomon, son fils, a une chapelle en Guern, à 17km de la chapelle Sainte-Noyale; il a aussi donné son nom à Silfiac, situé à 21km de la même chapelle.

Plusieurs chercheurs ont pensé retrouver le nom de Gerent dans Saint-Gérand (sanctus Gerannus en 1188), qui n’ est qu’ à 3km de Sainte-Noyale, ce qui pose sérieusement la question, malgré la prononciation romane (Jélan) du nom. Il serait difficile de mettre Gerontius au nombre des pieux confesseurs, mais dans le milieu des saints bretons, la promotion béatifiante des pères de saints est bien attestée : voir Fragan, père de Gwennole, Rovael, père de Gwenhael.

Le thème des époux inséparables est celui du conte gallois Gereint ac Enid. Le père d’ Enid y est appelé Ynywl, ce qui est manifestement une altération de Ynyr. On ne peut donc pas douter que le conte ait d’ abord été Gereint a Nennid. Sur le continent le roman est intitulé Erec et Enide. Erec est l’ évolution du vieux-breton Weroc “viril”, surnom donné à Gerontios, en qui on peut voir le principal artisan de la bretonnisation de l’ Armorique, au début du 5ème siècle.

CONCLUSION

Quels qu’aient été les avatars de la légende, la sainte de Noyal a donc une place dans l’ histoire, non pas comme “vierge et martyre” mais comme mère de famille témoignant de la fécondité des Bretons du 5ème siècle, puisqu’ on lui connait au moins six fils : Riwal, Salaün, Iestin, Cadou, Erbin, dont cinq saints, et trois filles, dont deux moniales, et Pompaea, mère de saint Tudwal.

Fête : 6 juillet

Elle est priée pour la guérison des migraines.

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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