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“Un monde de musique bretonne” : Pascal Lamour, passeur de mémoire

Un monde de musique bretonne : c’est le titre du nouveau livre de Pascal Lamour aux Editions Ouest-France. L’électro-shaman breton a récemment sorti un album au doux nom de “Le souffle de l’Awen”. L’awen, c’est le souffle créateur. Et on peut dire que ce souffle inspire généreusement l’artiste.

Pascal Lamour nous conte ici sous toutes les facettes le riche univers de la musique bretonne. Cet ouvrage qui déjà contient des témoignages et anecdotes à foison,  offre au lecteur de nombreuses et belles photos notamment de Myriam Jégat, permettant au grand public de faire connaissance ou de retrouver les acteurs de la musique bretonne.

Pêle-mêle se croisent des sujets aussi variés que la présentation d’un bagad, de la musique traditionnelle, de ce qui caractérise les 5 départemens bretons, des conteurs, des chants de marins, des inspirateurs comme Glenmor, Stivell, Youenn Gwernig  puis des artistes plus contemporains, des luthiers et facteurs, des médias, des festoù-noz et événements marquants de la culture bretonne. Tout y est… En bref, vous retrouvez ici une encyclopédie de la musique bretonne d’hier et d’aujourd’hui par l’une des figures de la scène actuelle. A titre personnel, j’ai connu Pascal Lamour via le groupe Arkàn. Il était alors précurseur dans un style très particulier. En me plongeant un peu plus dans son travail, j’ai pu voir que c’est par son enracinement profond qu’il était capable ensuite d’explorer des lieux inconnus.

Et c’est, je pense, cet enracinement qu’il veut transmettre. Montrer d’où l’on vient pour savoir où on va. Le passé au service du présent, pour préparer l’avenir. Un des piliers de la musique bretonne nous a récemment confié qu’il faudra bien un jour reconnaître à qui nous devons tout ce qu’il y a aujourd’hui sur la scène culturelle bretonne. Cet ouvrage y travaille. Il existait déjà des livres retraçant l’histoire culturelle et musicale bretonne, mais ce qui fait l’originalité et la richesse de ce livre, ce sont les témoignages. Quarante ans de rencontres rassemblés dans une encyclopédie vivante où dialogues entre l’auteur et les témoins illustrent à merveille des propos recherchés pour retracer un monde d’hier et d’aujourd’hui et voir l’avenir.

Les connaisseurs (et les autres) retrouveront avec plaisir des noms qui ont marqué et marquent encore : Diaouled ar menez, les Trouzerion Mod Koh, Menez Kamm, Myrdhin, Madame Bertrand, Calloc’h, Louise Ebrel, Jean Le Meut et Jorj Belz, Yann-Fañch Kemener… mais aussi ceux qui ont oeuvré dans l’ombre et ouvert un chemin à une époque où rien n’était facile. Et puis viennent les héritiers. On ne trouvera pas tous les groupes, ce qui représenterait un nombre de pages conséquent, mais chacun est un peu représenté au travers d’un exemple.

Aux sources

Le chapitre qui nous aura le plus conquis est certainement le second. “L’expression traditionnelle : l’âme bretonne”. C’est ainsi que l’auteur titre ce chapitre. C’est là qu’après avoir brièvement brossé l’histoire musicale bretonne, il pose les bases de son ouvrage, traitant prioritairement de la gwerz, des cantiques, puis des chansons. Nous regretterons qu’il ne s’étende pas plus sur cette richesse extraordinaire du répertoire religieux breton, qui parfois puise dans les airs profanes ou dans les gwerzoù, mais le livre, faisant déjà plus de 200 pages, il était difficile de traiter d’un sujet qui mérite une publication à lui seul.Il n’est cependant pas anodin que débute ainsi l’opus. “Et si leur âme se résumait à une gwerz ?” questionne-t-il.

Comme les bardes qui transmettaient la mémoire des peuples, Pascal Lamour se place lui aussi en passeur de mémoire, collecteur et témoin pour les générations nouvelles, rappelant l’âme de la musique bretonne pour mieux se confronter au monde actuel et à venir. On peut s’ouvrir à d’autres influences, à de l’électro, à bien d’autres choses, mais il ne faut pas oublier notre âme. “Il faut savoir d’où on vient pour aller quelque part” aime à dire celui qui est à la fois héritier et précurseur.

Nous ne pouvons donc qu’encourager nos lecteurs à se procurer ce livre. Pour préciser notre propos, nous avons posé trois questions à Pascal Lamour :

En tant que musicien te considères-tu comme un précurseur ou un héritier ?

Les deux.

En fait, on ne peut échapper aux influences, de toutes sortes. Ce sont elles qui construisent. Donc on est forcément héritier. Pour moi par exemple, les influences sont multiples. Elles sont liées à la fois  aux artistes que j’ai entendus, et aux rencontres que j’ai eu la chance de faire. Il y a ceux qui provoquent une sorte de déclic, et il y a ceux qui permettent de modifier la méthode, le regard sur sa musique ou encore d’ouvrir de nouveaux espaces de création. Pour le déclic, c’est bien sûr Alan Stivell, Madame Bertrand, les sonneurs de couples que j’ai croisés au début de mon chemin de sonneur, les Sœurs Goadec, le blues et le folk américain, plus tard la scène new-wave puis électro… Pour l’ouverture, je peux citer Youenn Guernic qui m’a ouvert des portes vers la beat generation, ou encore le groupe Arkàn auquel j’ai participé et qui a été une grande forge…

Pour le précurseur, je pense que oui, et j’ai ouvert, avec Arkàn et aussi avec mes propres disques de nouveaux courants qui s’imposent aujourd’hui. C’est toute ma période électro-shaman, dès la fin des années 80. Ce n’est plus à moi de juger, mais ce sont les dates qui définissent les courants et leur histoire. J’ai contribué à ouvrir les premières voies qui ont associé l’ambient, l’électro, avec la musique bretonne, et avec des textes en breton, dès mon premier album en 1990 (il y en a maintenant quinze).

 

Seule la musique traditionnelle peut-elle être considérée comme musique bretonne …..   ?

 Il faut en premier lieu définir ce que l’on entend par « musique traditionnelle » et par « musique bretonne ». C’est en effet le sujet du livre, et j’y réponds. Mais il n’y a pas de vision arrêtée ni de définition absolue pour ces termes.

J’ai donc proposé ma propre définition, non comme une vérité, mais comme une voie de recherche et aussi de réflexion.

Pour moi, la musique bretonne est bien entendu, la musique traditionnelle, mais c’est aussi toute musique qui s’en inspire, en en gardant évidemment les codes et surtout l’âme, les racines qui la construisent, et la richesse qui la constitue, sans la figer.

On pourrait toujours faire des tas de nuances entre musique bretonne et musique de Bretagne !

C’est pour toutes ces raisons que mon livre s’intitule « un monde de musique bretonne » et non « LE monde de la musique bretonne »…

Même s’il est évoqué, tu parles peu du chant choral…

Effectivement, j’en parle peu, et ce n’est en aucun cas un oubli. Il était prévu que je fasse un chapitre particulier sur ce point, mais j’ai dû faire des choix, par manque de place. Il m’aurait fallu 500 pages. Je pense aussi à d’autres domaines de notre musique, comme le chant de marins ou encore j’aurais aimé aller plus loin sur la danse, sur les terroirs, parler de plus de groupes de musique et de sonneurs…

Le chant choral est un terreau populaire très important et permet aux amoureux de la voix de trouver un mode d’expression qui participe pleinement à l’évolution de notre musique et donne l’occasion aussi, pour certains, de découvrir et pratiquer le chant en breton. Là aussi, avec les années, on a vu le niveau monter, les chorales progresser. Un plaisir qui se partage de plus en plus…

« Un monde de musique bretonne », éditions Ouest France. Tarif : 27 €.

Pour commander le livre, rendez-vous sur ce lien partenaire.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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