Saints bretons à découvrir

Un nouvel air pour le cantique “En énour d’er groéz”

En ce vendredi saint, voici un nouvel air pour le splendide cantique : Er groéz un Doué en deus vennet. (Sur la croix un Dieu a voulu).  Voir l’article rédigé l’année dernière détaillant ce cantique spécialement à l’honneur pendant le temps de la passion, les chemins de croix ainsi que la fête de l’exaltation de la Sainte Croix (14 septembre).

Non pas que cet air soit nouveau, il s’agit d’un choral très populaire chez les catholiques anglophones, spécialement aux Etats-Unis : Hail holy Queen enthroned above (Je vous salue, sainte Reine trônant en haut.)

Toutefois, cet air est attribué à Don Ignazio Sgarlata (1917-1980) prêtre sicilien du diocèse de Monreale, grand compositeur de pieux cantiques devant l’Eternel. Cette mélodie ne serait donc pas au départ américaine, mais sicilienne, et aurait par la suite été popularisée aux Etats-Unis par les immigrants italiens puis arrangée selon l’esthétique de la musique chorale protestante anglaise, et la version latine d’origine s’effaça devant le texte en anglais.

 

Ce cantique très chanté dans les paroisses des Etats-Unis connut en 1992 un succès planétaire grâce au film Sister Act où après un début d’interprétation traditionnelle, il est chanté de manière gospelisante, et a été depuis de maintes fois repris aussi bien pour la liturgie que pour les concerts, et ce par de nombreux artistes.

Les paroles sont une adaptation d’un motet latin : Salve Regina caelitum. Ce cantique d’origine allemande est plus connu sous un autre air qui a donné l’air premier du Er groéz un Doué en deus vennet.Cet air, même adapté pour la Bretagne n’a à l’origine rien de breton, mais est originaire d’Allemagne ou de Belgique et doit dater du début du XVIIIème siècle.

Le nouvel air anglophone attribué à Don Sgarlata serait donc sicilien et daterait du milieu du XXème siècle. Sachant qu’on le chantait au départ sur les paroles latines et qu’on n’y mit l’anglais qu’après coup.

Il serait donc techniquement parlant donc tout à fait possible d’adapter ce même air d’une grande ferveur populaire sur les paroles bretonnes du Er groéz un Doué en deus vennet.

 

Le R.P Jacques Larboulette (1806-1892, jésuite de Vannes originaire de Plouhinec), auteur des paroles de notre cantique breton, n’aurait assurément pas renié l’air italo-américain composé par son confrère sicilien s’il l’avait connu ; d’autant plus, que jadis, il existait différents airs de provenances diverses pour les mêmes paroles d’un cantique breton.

Si une interprétation classique est ici proposée, il est aussi possible de s’inspirer de la version du film Sister Act. Néanmoins, il conviendra de l’éviter pour le temps de la Passion, mais de la garder pour d’autres occasions comme pour la fête de la Croix Glorieuse. Pour autant, nous ne devons pas oublier l’air « traditionnel » sur lequel ce cantique est chanté depuis plus de 150 ans dans nos églises devant nos chemins de croix!

A galon, (de tout coeur)

Bon triduum pascal à tous

ha Pask laouen d’an holl ! (et Joyeuses Pâques à tous !)

Téléchargez les paroles / traduction :D’er groéz santel

Téléchargez la partition : en énour d’er groéz

À propos du rédacteur Uisant ar Rouz

Très impliqué dans la culture bretonne et dans l'expression bretonne dans la liturgie, Uisant ar Rouz met à disposition d'Ar Gedour et du site Kan Iliz le résultat de ses recherches concernant les cantiques bretons, qu'ils soient anciens ou parfois des créations nouvelles toujours enracinées dans la Tradition.Il a récemment créé son entreprise Penn Kanour, proposant des interventions et animations en langue bretonne.

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3 Commentaires

  1. N’aurait-il pas été possible de trouver un air breton ou en usage en Bretagne pour ce cantique, plutôt qu’une mélodie italienne ? C’est un peu dommage…

    • De nombreux airs de nos cantiques que l’on croit “bretons” depuis des temps immémoriaux ont de nombreuses origines, souvent françaises ou grégoriennes. L’idée des “cantiques traditionnels bretons” nés de génération spontanée relève davantage du phantasme que de la réalité historique, car leurs auteurs, leurs sources d’inspiration, leurs époques de composition sont fort divers.

      Avant la réforme du livr kañnenneu du diocèse de Vannes en 1922, les airs d’origine non-bretonne y étaient même majoritaires. Les airs des cantiques de Dom Michel Le Nobletz ou du BX Julien Maunoir sont presque tous d’origine française. C’est donc à partir des années 20 que sous l’impulsion de Dom Hervé, furent choisis des airs populaires bretons, mais aussi conservés nombre d’anciennes mélodies d’origine française ou autres. Certains cantiques bretons sont même de simples transcriptions de cantiques français, ce qui n’enlève rien à leur valeur, d’autant plus que sur le plan littéraire, la version bretonne est souvent de meilleure qualité. A vrai dire, les chants d’origine étant depuis longtemps tombés en désuétude, seule la version bretonne est demeurée en usage. Si ces airs semblent si bretons, c’est qu’ils ont une origine commune.
      L’air premier de ce cantique, que d’aucuns croient breton est d’origine allemande ou belge.
      A titre d’exemple, voici d’autres airs de cantiques célèbres d’origine extra-bretonne et naturalisés bretons:

      -Intron Santéz Anna : air de vènerie (trompe de chasse)
      -Mall bras e dein péhour : Il en est temps, pécheur
      -Péhet em eus a grouédur : j’ai péché dès mon enfance
      -Ni hos ador, hosti sakret : mélodie d’origine inconnue inscrite sous une assiette peinte exposée au musée du palais du Luxembourg
      -Mélamp holl lan a joé : bénissons à jamais, de saint Louis-Marie Grignon de Montfort
      -Jézuz dré er garanté souhéusañ : le pèlerin de saint Jacques, mélodie du XIVème siècle reprise dans un vieux Noël français
      -Tostamp holl pobleù fidel : Accourez peuple fidèle
      -Pardon, men Doué, pardon : Pardon, mon Dieu, pardon
      -Petra zo henoah a newé : à la venue de Noël (Vieux Noël français)
      -Mab-den, soñjit : Vive Henri IV, vive ce roi vaillant !
      -Re vo mélet : air grégorien des litanies des saints ou des litanies de sainte Anne
      -Alleluia, énour de Zoué : O filii et filiae de Michel Praetorius

      Il existe aussi de nombreux cantiques “universels” qui ont aussi leur version bretonne qui est souvent très bonne, parfois meilleure que la version française : Ave Maria de Lourdes, Je crois en toi mon Dieu, Minuit Chrétiens, Oh, l’Auguste sacrement, au ciel j’irai la voir un jour, Adeste fideles…
      Cet air du Er groéz un Doué en deus vennet rentrerait dans cette catégorie, à cette différence près qu’il s’agit de paroles originales et non d’une transcription.

      Un beau cantique breton n’est donc pas uniquement un cantique chanté sur une mélodie populaire bretonne collectée dans les campagnes. La preuve, bien des airs de cantiques ne sont pas d’origine bretonne. C’est ce qu’avait compris la commission mise en place par l’abbé Augustin Guillevic pour la révision du recueil de cantiques de 1922 qui a conservé nombre de ces mélodies, tout en puisant dans le vieux fond populaire et en composant de nouvelles d’inspiration bretonne. C’est cela la tradition vivante. A galon.

      • Oui je sais très bien tout cela… (merci tout de même du rappel c’est toujours instructif). C’est d’ailleurs ce que j’explique dans la préface d’un recueil de noëls bretons à paraître cette année si Dieu le veut ! Ce que je soulignais dans mon propos est le fait que certains airs de cantiques bretons (ou considérés comme tel) ne sont plus chantés et qu’on pourrait donc les remettre à l’honneur… pour un cantique breton.

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