Saints bretons à découvrir

Un sermon sans égal prononcé en l’église saint Salomon du Merzer / Ur predeg hep par lâret en iliz sant Salaün ag ar Merzher

Le 25 Juin on célèbre la fête de saint Salomon, roi de Bretagne.  Selon les vieilles chroniques bretonnes, il devint roi après avoir tué de sa main – sur l’autel d’une église- son cousin Erispoé (fils de Nominoé) en 857 pour de sombres motifs politiques et diplomatiques.  Ce meurtre fratricide lui donna tant de remords qu’il fit par la suite rude pénitence et fut canonisé clero et populo (Par le clergé et le peuple).

Lui-même fut assassiné à son tour en 874 dans les mêmes circonstances sordides, dans une église sur un autel)  par Pascweten et Guwant, (membres de sa famille : Pascweten était son gendre, et Guwant le gendre de son cousin Erispoé) Il est abusivement qualifié de martyr, car il n’a pas été tué en haine de la foi catholique, mais pour des motifs politiques.

 Or il existe plusieurs saints Salomons (Salaün en breton) , et ce n’est qu’au cours des siècles, comme c’est souvent le cas en Bretagne, que tous ces homonymes furent éclipsés par le plus connu, à savoir  notre roi de Bretagne.

Lire à ce propos l’article d’Alan Raude.

Deux paroisses bretonnes revendiquaient depuis des siècles l’honneur d’avoir été le théâtre de ce régicide : celle de La Martyre, dans le diocèse de Léon et celle du Merzer, dans le diocèse de Vannes. En Breton, ces deux toponymes s’écrivent presque de la même manière : Ar Merzher (la Martyre, en Léon, près de Landerneau : anciennement : Ar Merzer Salaün) et  Er Merher (dans le pays Pourlet)

Cette même paroisse du Merzer- ancienne trêve de Langoëlan jusqu’au XVème siècle- fut supprimée en 1835, car l’église tombait en ruine et le bourg était aussi déserté, ainsi que le cimetière.

En 1847, le retable de saint Salomon fut solennellement démonté puis transféré dans l’église de Langoëlan (Laoulan en breton) et l’église , presque en ruines fut démolie. Il ne reste depuis qu’une simple croix pour rappeler cette paroisse disparue.

Il reste toutefois souvenir  de saint Salomon dans une chapelle de l’église saint Barnabé de Langoelan, là où ce retable a été remonté.

Cette paroisse a-t-elle disparu du fait de l’impiété de ses fidèles ?

Dans tous les cas, c’est un avertissement pour nous : aucune paroisse, ni aucune chapelle n’est éternelle (ni aucun diocèse).  Ce n’est que par la foi du peuple chrétien qui y vit qu’elles existent, ne serait-ce que quand il ne reste que deux ou trois qui se réunissent au nom Jésus. (cf Mt 18, 15-20)

Jadis, les paroisses primitives bretonnes étaient appelées plou, mot breton issu du latin plebs signifiant peuple. tant que le peuple chrétien existe et continue à y prier, une paroisse existe de manière invisible et mystique, rien que du fait des morts qui y ont vécus, et au-delà de toute réorganisation « administrative » même décidée par un diocèse, même s’il n’y a plus qu’un recteur pour 30 « clochers ».

Outre nos deux Merzher : celui du Léon et celui du pays Pourlet, plusieurs lieux conservent aussi la mémoire saint Salomon/ ou saint Salaün :

  • L’église saint Salomon de Vannes : jadis près de la porte saint Salomon sur les remparts (près de l’actuel hôtel de ville) elle fut détruite en 1793 pendant la Révolution. Il n’en reste que le nom de la rue saint Salomon.
  • La chapelle saint Salomon de Plouyé  (diocèse de Quimper et léon)

On trouve aussi trace du culte de saint Salomon à Pithiviers (dans le Perche, département du Loiret, non loin d’Orléans.)

En effet, le roi saint Salomon fut enterré dans l’église abbatiale de Maxent, dans la forêt de Brocéliande, monastère qu’il avait fondé vers 858 comme refuge contre les pillages des Vikings, et qui accueillit les reliques de saint Maixent.

Or, au début du Xème siècle, ce monastère de Maxent fut lui-même menacé par les Vikings. Les moines s’enfuirent donc à Pithiviers avec les reliques de saint Salomon et leurs précieux livres. En ces temps troublés, de nombreux moines bretons firent de même, et ils diffusèrent ainsi en France le culte des saints bretons. Il faudra toutefois attendre le XIème siècle pour que leurs successeurs reviennent en Bretagne pour refonder et rebâtir les abbayes ruinées par les hommes du nord à la fin du IXème et au début du Xème siècle.

Laissons toutefois les spécialistes ou les clercs débattre de saint Salomon, nous ne sommes là que pour nous distraire grâce à Guillam Er Borgn  qui met en scène un fictif recteur du Merzer. (Cette scène se situe donc quelque part entre 1801 et 1835):

 

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Après « un c’hoareiz berr » (un bref carême)

Voici donc un autre petit conte irrévérencieux tiré des «Sorhienneu ha farseu koh er hornad » (historiettes et vieilles farces du coin) publiées en 1925 par Guillam Er Borgn (1866-1927) En in-noz (l’oiseau de nuit) de son nom de plume.

Natif de Séglien, entre pays de Pontivy et pays Pourlet, il était un conteur et chansonnier hors pair plein d’humour et de truculence. Il enchantait les veillées, les noces et les fêtes paysannes par ses chansons et ses histoires tantôt irrévérencieuses et drôles, tantôt graves et effrayantes.

Collaborateur de la revue Dihunamb ! Fondée par Loeiz Herrieu en 1905, il y fit paraître nombre de ses chansons et de ses contes ainsi que sa pièce de théâtre Er Spontailheù (1909).  (les épouvantails)

Ses écrits ont été compilés et édités en 1981 par son petit-neveu Herri Er Borgn (lecteur assidu d’Ar Gedour : 1937-2014) sous le titre : « Obéreù en In-noz » (les oeuvres de l’oiseau de nuit)

Cette fois-ci, Guillam Er Borgn nous présente quelques beaux spécimens du clergé du pays Pourlet et du pays de Pontivy à la fin du XIXème siècle : (l’orthographe du breton a été modernisée)

Pennad e brezhonegArticle en français

Ur predeg hep par

Hon tud kozh gwezharall hrevez klevet lâret, a oe bourrusoc‘h ‘vidomp-ni ha plijadur vras o deze ec’h ober bourdoù an eil d’egile, kerklous ar veleion ‘vel ar re ‘rall, hep na veze kavet netra  fall da lâret ha hep ‘em chifañ ‘el ma rer hiniv an deiz ken fonnabl.

Piv n’en deus ket klevet komz a droioù an Aotrou Kerdavid, person Lokuon ? Kaset a oe bet kuit a Bondi ‘enep d’e volantez. Ivez, ‘eit gober goap anezhe, eañ ‘yas d’o gwelet un deiz get kozh dilhad fall, e vlev er-maez ag e dok, d’ar fourch àr ur c’hozh javig treut get ur c’holc’hedenn gwraet get plouz idantoñ, ur pod-kambr e pign doc’h pep tu, ur vazh hir en e zorn ha eañ troet da gavet penn àr-dreñv al loen. Rac’h bugale kêr àr e lerc’h dre ar ruioù.

Ur wezh arall c’hoazh e eurediñ ur verc’h yaouank hag a oe bet un tammig diroll en he yaouankiz, an Aotrou Kerdavid en doe he strimpet kement ken e oe gleb deur he c’horken sei ruz, he danter sei mour, he c’houef bras dantellet… Ha mezh dezhi he goalc’h. Med allas ! Ar mare àrlerc’h en ur zonet da welet he mamm gwall glañv, ‘vel man doe doc’h he govesat ema serret an nor, alc’hwezet ha dalc’het an ti : « Gwrait ho kovesion en-dro, a lâr eañ d’ar vaouez klañv, pandeogwir n’hellan ket monet kuit. »

Ya, Aotrou person, a lâr an hani gozh, skuizh e kovesaat-gwraet hi doe ur pemp pe c’hwec’h gwezh

-ar plac’h sod-se en deus alc’hwezet an nor, ‘met pa garezec’h monet dre al lukan, ho treid kentañ, e paseec’h aes kaer.

Setu aet an Aotrou Kerdavid er lukan betek e zigazal, med setu eañ chomet eno, e ziskoez ne basant ket. Ar plac’h hag a oe doc’h engortoz er porzh get ur vazh pe ur skubelenn a gomañs troeiñ àr é ziàrdreñv hag e fesennoù : « Zou… zou… zou…. Daet c’hoazh Aotrou person da gousi man dilhad kaer, ma re vravañ ! Ha zou… zou… zou… »

‘Benn ar fin, get an dus arall, ema arrestet taoloù ar plac’h ha diboeniet ar beleg.

Mar kavit an tu da bas’ e kêrioù-ihuel lokuon, c’hwi wello c’hoazh an tiig plouz-se get e lukan….

Piv n’en deus ket klevet komz ivez a farsoù an Aotrou Lopin marv n’endeus ket pell ‘zo, person Persken ? Piv n’en deus ket klevet komz ag ar pladoù drailhet en doe servijet d’an eskob hag er glustroù  (meubles) chomet a strev dre an ti hep bout reñket a feson ebet ?

« Perak eme an eskob, ema torret, razh ho pladoù hag ho meurbl, nen dint keten o lec’h ? »

« perak eme an Aotrou Lopin, e cheñjit parrez din na dalv ket ar boen din plasiñ ma meurbl ? »

Ha traoù arall, ha traoù arall…

C’hwi ‘wel enta penaos hon tadoù kozh na c’houelent  ket bemdeiz, hag e c’houient gober farsoù ha bourdoù hep par sort na vez ket gwraet ken.

Bremañ, selaouit mar plij geneoc’h ar predeg hep par ivez a venn deoc’h kontañ deoc’h hiniv :

Setu pell ‘zo, pell ‘zo, ur personig kozh ag ur barrezig vihan a gostez ar Gemene –ag ar Merzher merhad (moarvat) –a oe diskoñfortet e welet an aheurtamant ag e dud troaet d’ar fallantez, ha na cheñjent ket tamm, daousto d’ar predegoù ha d’an avizoù mad a rae dezhe bep sul ha dalc’hmat – Damp ! A viskoazh ar bourletaj a zo tud heurt ha fall a-walc’h ivez ! –

Ur sul eañ ‘lâr d’e vedo (pe sakrist) : « kasit, emezañ, geneoc’h ar lein al lambrusk ur vrec’had stoub ha sell gwezh ma lârin em fredeg : « tan ag an neañv, diskennit àrnezhe ! C’hwi ‘laosko da gouezhel un torchad stoub get an tan flamm a-barzh. »

An Aotrou person a gomañs e bredeg ‘vel berped :

Ma zud vat, Mam Breudeur ha ma c’hoerezed kristen, setu pell ‘zo ez ant e lâret deoc’h cheñj a vuhez ; gober ar mat ha dilezel ar fall. Na vennit ket deoc’h sentiñ, ama !

Tan ag an neñv, diskennit àrnezhe ! »

Brrrrou…. Ur goazhad tan a gouezh a dreist o fenn. An Holl a griz hag a hiris. Hag ar beleg da bredeg hep arrest àr gourc’hemennoù Doué ha re an Iliz, àr ar pec’hedoù kapital, ha sel gwezh da lâret :

« Tan ag an neañv, diskennit àrnezhe ! » Ha sel gwezh an tan-flamm a gouezhe d’an dias.

‘Benn ar fin ‘vel ma lâr ar beleg c’hoazh : «  tan ag an neañv, diskennit àrnezhe ! » e vez gwelet ar sakrist e astenn e benn dre un toull ag ar lambrusk : « ya, Aotrou person, med achu eo ar stoub. »

Ha… Ha …Ha… Setu savet en un taol, get an dud ur skign hag ur fars just awalc’h pa yae ar gwellañ razh ar predeg ha prest an holl d’en em goñvertis get ar spont hag an doujañs.

Mes ar person e lâr dezhe :

« ma zud paour, ma na hoes ket aon ag an tan stoub-mañ, diwallit deoc’h an tan ag an ifern. eno na vo ket a farsoù. eno na vo ket klevet ‘met huanadennoù hirvoudus, garmerezh hag ur gri forzh ; Temallasion ha mallozhoù e-kreiz chourikerezh dent…

Diwallit ! Diwallit !

Ar vatezh hag a oe daet da glevet ar predeg blaouac’hus-se a yas neuze d’ar gêr fonnabl d’achu darev (cuire) he merenn, da lâret eo d’achu poezhiñ he filligad youd. Dam ! D’ar c’hours-se ‘oe daet da vout flour, flour ‘vel ur bannig dour.. Monet d’al lâret d’he mestr ha gober hani arall a oe ar gwellañ.

N’helle ket monet neoazh monet d’ar c’heur a greiz an overenn ‘met ur mod a oe er barrez-se, ar person a oe ken disoñj ken e veze ret d’unan bennak, ar sakrist, ar vatezh, pe un all reiñ an ton dezhañ, ‘eit sel kan.

Just awalc’h, vel ma oe e arru didan ar gordenn kloc’h, e oe bourdet ar person. Ar vatezh ne ra ket a gempe ‘met reién an ton en ur lâret :

« Na flour eo ar youd ha flouraat a ra. «  Hag ar beleg da respont :

« E lakaat bleud a-barzh e kaleta. »

Med gwir eo e lâr ar plac’h en ur vonet kuit er momant ma oe ar person e achuont e gan en ur skoeiñ àr e galon :

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi….

 Un sermon sans égal :

 

Nos aïeux, jadis, d’après ce que l’on a entendu dire, étaient plus heureux que nous et ils avaient grand plaisir à se faire des plaisanteries les uns aux autres, aussi bien aux prêtres qu’à tout un chacun sans que personne n’y trouve à redire, et sans se vexer mutuellement comme on le fait si facilement de nos jours.

Qui n’a entendu parler des (bons) tours de Monsieur (l’abbé) Kerdavid, recteur de Locuon ?

Il avait été chassé de Pontivy contre sa volonté. Ainsi, pour se moquer d’eux (ceux qui l’avaient expulsé), il alla un jour leur rendre visite, revêtu de haillons, les cheveux dépassant de son chapeau, montant un malheureux et maigre cheval avec un tapis de selle de paille sous lui, deux pots de chambre en pendant de chaque côté et un long bâton à la main et lui de chercher l’arrière de la bête, et tous les enfants de la ville à sa suite de par les rues….

Une autre fois encore, alors qu’il mariait une jeune fille qui avait été quelque peu délurée en sa jeunesse,

  1. Kerdavid l’avait aspergée (d’eau bénite) tant et si bien qu’elle fût trempée d’eau, elle et son bel habit de soie rouge, son tablier de soie violette ainsi que sa grande coiffe de dentelles… Et elle en retira une certaine honte.

Mais hélas ! Au moment d’aller visiter la mère malade de la mariée, comme celle-ci se confessait, la porte se referma, et il se trouva prisonnier dans cette maison :

« Faites votre confession de nouveau, dit-il à la femme malade, puisque je ne puis partir. »

« Certes, Monsieur le recteur, dit la vieille, mais je suis fatiguée de me confesser – elle avait déjà dit cinq ou six fois sa confession –

 Et elle ajouta :

« En ce qui concerne ma petite sotte de fille, qui a verrouillé la porte, vous pouvez si vous voulez bien vous glisser par la lucarne, les pieds en premiers, et vous passeriez aisément. »

Voici donc l’abbé Kerdavid (engagé) dans la lucarne jusqu’aux aisselles, mais il y est resté coincé, ses épaules ne passant point.

La jeune mariée l’attendant dans la cour avec un bâton ou un balai commençant à le frapper par l’arrière afin de le faire danser:

«  Zou… Zou…. Zou : « Monsieur le recteur est encore venu salir mes beaux habits, les plus beaux !

Et Zou… Zou… Zou. »

Au bout du compte, les autres (invités de la noces) s’interposèrent pour faire cesserr les coups de la jeune mariée et le prêtre fut soulagé…

Si vous avez l’occasion de passer par « Kerieu-ihuél » en Locuon, vous verrez encore la chaumière avec sa lucarne.

Qui n’a jamais aussi entendu parler des farces de monsieur (l’abbé) Lopin, mort il n’y a pas si longtemps, lui qui était recteur de Persquen ?

Qui n’a entendu parler des plats ébréchés  qu’il avait servis à l’évêque (de Vannes)  ainsi que de ses meubles qui étaient restés en désordre à travers sa maison sans être rangés d’aucune façon ?

«  Pourquoi, dit l’évêque, tous vous plats sont-ils brisés et pourquoi vos meubles ne sont-ils point à leur place ? »

« C’est que, dit Lopin, vous me changez de paroisse si souvent que toutes mes affaires se brisent, si bien que je ne prends même plus la peine de ranger mes meubles. »

Et ainsi de suite, etc…

Ainsi, vous constatez que nos ancêtres ne pleuraient pas tous les jours et qu’ils connaissaient des farces et des blagues excellentes telles que l’on n’en fait plus de nos jours.

À présent, écoutez bien, je vous prie, le sermon sans égal que je souhaite vous raconter aujourd’hui :

Il y a fort longtemps, un humble et vieux recteur d’une petite paroisse près de Guémené –mettons du Merzer- était attristé de voir l’endurcissement de ses ouailles tournées vers le mal, et sachant qu’elles ne changeaient pas, ne serait-ce qu’un peu, malgré les prédications et les bons conseils qu’il leur prodiguait constamment chaque dimanche.

Dam ! Depuis toujours, les Pourlet sont des gens entêtés et prêts à toutes sortes de bêtises !

Un dimanche, il dit à son bedeau -ou son sacristain- : «  Emportez avec vous au-dessus du lambris (de la voûte) une brassée d’étoupe et à chaque fois que je dirai dans mon sermon : « Que le feu du ciel descende sur eux », vous laisserez tomber une torche d’étoupe enflammée. »

Monsieur le recteur commence son sermon comme d’habitude : « Mes bien chères fidèles, mes frères et soeurs chrétiens, il y a fort longtemps que je vous commande de changer de vie ; de faire le bien et d’abandonner le mal. Ils ne veulent pas vous obéir, (Seigneur) et bien, que le feu du ciel descende sur eux ! »

Brrrrrou…

Un flot de feu tombe au-dessus de leur tête. Et tous de trembler et de se hérisser de terreur.

Et le prêtre de prêcher sans cesse sur les commandements de Dieu, ceux de l’Église, sur les péchés capitaux et à chaque fois de dire : « Que le feu du ciel descende sur eux! »

Et à chaque fois le feu tombait vers le sol.

Vers la fin, quand le prêtre disait encore : « Que le feu du ciel descende sur eux! » On voit le sacristain qui sort sa tête par un trou du lambris :

Oui, (je veux bien), M. Le recteur,  mais il n’y a plus d’étoupe. »

Ha… Ha…Ha… Et voici que s’élève tout à coup un ricanement farceur de la part des fidèles, quand justement arrivait le meilleur du sermon et que tous étaient prêts à se convertir par peur et par crainte.

Mais le recteur leur dit :

« Mes pauvres gens, si vous n’avez pas eu peur de ce feu d’étoupe, prenez garde au feu de l’enfer :

Là il n’y aura point de farces, On n’y entendra que de gémissants soupirs, des pleurs et un grand cri, quand il n’y aura que réprimande et malédiction au milieu des grincements de dents.

Prenez garde ! Prenez garde !

La gouvernante (du recteur) qui était venue entendre ce terrible sermon s’en alla alors vite au presbytère achever de préparer son dîner (déjeuner), à savoir finir de cuire sa marmitée de bouillie.

– Dam ! En ce temps-là la pitance n’était guère grasse- Hélas !

Mais pendant qu’elle était à l’église, la bouillie était devenue fluide comme de l’eau. Elle vint l’annoncer à son maître.

Elle ne pouvait toutefois entrer dans le choeur en plein milieu de la messe, si ce n’est de façon codifiée selon les usages de cette paroisse, tant le recteur était distrait.

Donc, selon ce code établi entre le recteur, le sacristain et la gouvernante, ainsi que quelques autres personnes de confiance, on lui soufflait discrètement le ton de chaque chant.

Justement, comme il était arrivé sous la corde de la cloche, le recteur était quelque peu distrait.

Sa servante lui murmura sur le ton (des répons de la messe) en lui disant :

« La bouillie s’est liquéfiée et elle continue à le faire ».

Et le prêtre de répondre : (sur le même ton liturgique 🙂

« En y ajoutant de la farine elle redeviendra plus épaisse

« Bon sang, mais c’est bien sûr ! » Dit-elle en partant au moment où le recteur (et les fidèles) achevaient de chanter en se frappant la poitrine :

 

Agnus Dei, Qui tollis peccata mundi…

Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde….

À propos du rédacteur Uisant ar Rouz

Très impliqué dans la culture bretonne et dans l'expression bretonne dans la liturgie, Uisant ar Rouz met à disposition d'Ar Gedour et du site Kan Iliz le résultat de ses recherches concernant les cantiques bretons, qu'ils soient anciens ou parfois des créations nouvelles toujours enracinées dans la Tradition.Il a récemment créé son entreprise Penn Kanour, proposant des interventions et animations en langue bretonne.

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4 Commentaires

  1. si Pithiviers est bien une sous préfecture du Loiret qui a donné son nom à une excellente pâtisserie, elle n’est pas située dans le Perche mais plutôt en Beauce, voire en Gastinais ….

  2. petite rectification:
    pithiviers n’est pas dans le Perche mais en Beauce par contre le département est bien le Loiret.

    • Pithiviers est la limite entre Gâtinais et Beauce mais c’est l’entrée dans la Beauce (un gars de Pithiviers)

      • Merci pour ces précisions. La délimitation des pays de l’Orléanais est assez floue à travers les siècles. J’ai repris des notices hagiographiques sans les vérifier.J’ai découvert entre temps que l’a communauté de communes locale se nomme” Beauce- Gâtinais en Pithiverais” ce qui est bien trouvé.
        Mea maxima culpa.
        J’avoue que je n’ai découvert la ville de Pithiviers et sa splendide église que par saint Salomon. Auparavant, ce nom ne m’évoquait que le personnage d’un brave soldat de la 7ème compagnie.

        A galon,

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