Habituellement, Ar Gedour ne verse pas dans la politique. Cependant, le sujet – que nous avions déjà abordé à plusieurs reprises – dépassant largement les partis et impactant la société tout comme notre vision de l’humanité, mérite qu’on s’y attarde. Car demain, les députés ne voteront pas seulement une nouvelle procédure médicale. Ils décideront de la réponse que la République française apporte à l’un de ses citoyens lorsqu’il dit : « Je n’en peux plus de vivre. »
La réponse à la souffrance peut-elle être la mort ?
Le débat sur l’aide à mourir est souvent présenté comme un affrontement entre les partisans de la liberté et les défenseurs d’une morale dépassée. Cette manière de poser la question à coup d’étiquettes est trompeuse. Personne ne souhaite prolonger inutilement la souffrance. Personne ne conteste que certaines fins de vie sont tragiques. La véritable interrogation est ailleurs : que doit faire une société lorsque l’un de ses membres lui demande de mourir ?
Jusqu’à présent, la réponse de la médecine, de la solidarité nationale et du droit allait toujours dans le même sens : soulager, accompagner et protéger. Demain, si la loi est adoptée, une autre réponse deviendra possible : organiser juridiquement la mort de celui qui la demande. Cette évolution est bien plus profonde qu’une réforme du code de la santé publique. Elle modifie la manière dont la société comprend sa propre mission.
Les promoteurs de la loi invoquent sans relâche la liberté. L’argument mérite sans doute le respect. Mais une loi n’est pas faite pour les situations simples. Elle est faite pour les cas où la liberté est fragilisée par la maladie, la douleur, la dépression, la solitude ou le sentiment d’être devenu un poids. C’est précisément parce que ces situations existent que les garanties devraient être irréprochables.
Or le texte soulève plusieurs interrogations sérieuses. Il ne prévoit pas de contrôle indépendant obligatoire avant l’acte, contrairement à ce qui existait dans les législations fondatrices de plusieurs pays ayant légalisé l’aide à mourir. La Haute Autorité de santé a, par ailleurs, relevé l’absence de consensus médical sur certaines notions essentielles utilisées par le projet, notamment celle de « phase avancée ». Enfin, les proches ne disposent pas de voie de recours contre une autorisation, même s’ils estiment que le discernement du patient était altéré.
Ces réserves ne signifient pas que des abus sont certains. Elles rappellent simplement qu’une loi doit être pensée non pour les situations idéales, mais pour celles où tout devient incertain. C’est précisément dans ces moments que le droit protège les plus vulnérables.
Une autre contradiction mérite d’être soulignée. La France reconnaît elle-même que l’accès aux soins palliatifs demeure inégal selon les territoires et que les progrès engagés demanderont encore plusieurs années avant de produire pleinement leurs effets. Dans ces conditions, comment ne pas s’interroger sur une réforme qui rendrait immédiatement accessible une aide à mourir alors que tous les citoyens ne bénéficient pas encore d’un accompagnement de qualité en fin de vie ?
Au fond, le véritable enjeu dépasse le débat médical. Une société envoie toujours un message à ceux qui souffrent. Jusqu’à présent, ce message était clair : « Nous resterons à tes côtés jusqu’au bout. » Demain, il pourrait devenir plus ambigu : « Si tu estimes que ta vie ne vaut plus d’être vécue, nous pouvons aussi t’aider à y mettre fin. » Les deux propositions ne sont pas équivalentes. Elles ne dessinent pas la même conception de la fraternité.
Une civilisation se juge à la manière dont elle traite les plus fragiles. La dignité d’une personne ne dépend ni de son autonomie ni de son utilité. Elle réside dans le regard que la communauté continue de porter sur elle lorsqu’elle ne peut plus rien rendre en échange. C’est précisément à cet instant que la solidarité prend tout son sens.
Demain, chaque député votera selon sa conscience. Mais avant d’appuyer sur un bouton, chacun devrait se poser une dernière question. Lorsqu’un homme ou une femme dit : « Je n’en peux plus », la première réponse d’une République doit-elle être de prévoir la procédure qui permettra sa mort, ou de tout mettre en œuvre pour que cette vie redevienne supportable ?
Une société véritablement humaine ne donne pas la mort à ses membres. Elle ne renonce jamais à chercher avec eux des raisons de vivre.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Parallèlement à cela, la réponse du Christ est: » tu as du prix à mes yeux et je t aime ». La réponse est donc simple là où on essaie de nous obscurcir l esprit par des logiques pernicieuse: aimes Dieu, aime ton prochain comme toi même….Tu ne tueras pas.