Le Samedi Saint. Ce jour si discret qu’il passe presque inaperçu. Et pourtant, il est l’un des plus profonds du mystère chrétien. Un jour sans liturgie, sans chant, sans parole. Un jour où Dieu semble s’être retiré dans un silence total, comme le silence d’un tombeau. Mais ce silence n’est pas vide. Il est habité. Il est empli de Dieu.
Le Christ repose au tombeau. Dieu dort.
Après la violence du Vendredi Saint, l’Église entre dans un temps de stupeur. Le Fils de Dieu est mort. Son corps, pendu au bois de la croix, est déposé dans la pierre froide du sépulcre. Tout semble fini. Les apôtres sont dispersés, la lumière éteinte, l’espérance suspendue. Et pourtant, dans cette obscurité, quelque chose se prépare. Lentement. En silence.
Le Samedi Saint est ce jour où Dieu travaille dans l’invisible. Tandis que le monde croit que tout est perdu, le Christ descend dans les profondeurs de la mort. Il va chercher l’homme là où il s’est le plus éloigné de Dieu. Là où plus aucune lumière n’ose pénétrer. Et là, dans ce lieu de silence, Il parle. Il parle à Adam, à Ève, à chaque être humain retenu dans l’ombre. Il tend la main. Il relève. Il ressuscite.
Un silence qui dit l’amour
Dans nos vies aussi, il y a des samedis saints. Ces jours où Dieu semble se taire tait. Où la prière semble sans réponse. Où l’on ne comprend pas. Ce silence peut être lourd et angoissant. Mais le Samedi Saint nous enseigne qu’il peut être aussi présence. Un silence dans lequel Dieu se fait tout proche. Il ne crie pas, Il ne s’impose pas. Il attend. Il espère avec nous. Il prépare la lumière.
Ce jour est celui de l’attente amoureuse de Dieu pour l’humanité, pour chacun de nous. C’est pourquoi l’Église toute entière veille auprès du tombeau. Elle n’agit pas. Elle n’enseigne pas. Elle attend, dans l’espérance. La foi du Samedi Saint est pure, dépouillée, nue. Elle ne s’appuie sur rien d’autre que sur une promesse : « Le troisième jour, Il ressuscitera ».
Vers la lumière de la Résurrection
Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la Vigile pascale, célébration la plus importante de l’année liturgique, viendra rompre ce silence. Elle commence dans l’obscurité, avec la bénédiction du feu nouveau et la proclamation de l’ Exsultet, le chant de victoire de la lumière sur les ténèbres. Les chrétiens sont invités à suivre le Christ symbolisé par le cierge pascal, auquel l’Église allume une flamme. Une simple flamme qui brille dans l’obscurité et postée comme un phare donnant le cap. Et de cette flamme, tout va renaître : la parole, la lumière, la joie, la vie. Le silence s’ouvrira bientôt comme une tombe qu’on roule. Mais aujourd’hui encore, on attend. On veille. On se tient là, au seuil du grand mystère.
Le Samedi Saint est le shabbat de Dieu.
Le repos après l’œuvre immense du salut.
Un jour de silence, un jour de foi nue,
un jour qui prépare l’aurore.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
