Saints bretons à découvrir

L’ordination sacerdotale de Samuel Pennec & Joseph Coste (Cathédrale Saint Corentin de Quimper – Dimanche 26 juin 2016)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 9 min
ordinations quimper 2016
Photo @Diocèse Quimper & Léon

Très belle cérémonie dans cette magnifique basilique au chœur décalé – à moins que ce ne soit la nef – la lumière en est parfaitement homogène, adoucie par l’ocre pâle du badigeon qui souligne en feu et or la courbure des ogives.

Il est toujours émouvant d’assister à une ordination, quel que soit le nombre d’ordinands : dimanche dernier, en Morbihan, c’est par Centène que les diacres étaient ordonnés à Saint Anne d’Auray. Aujourd’hui, ici, Dognin n’en ordonne que deux, (pardon à l’un comme à l’autre de ma stupide plaisanterie à laquelle je n’ai su résister…), mais la qualité y est, à coup sûr, voyez pourquoi :

Samuel et Joseph, avec de tels patrons, comment  pourrait-il en être autrement ?

Rappelez-vous le chapitre 3 du 1° livre de Samuel ; allez, je vous en sert les 21 premiers versets, « in integrum » :

 «Le petit Samuel servait le Seigneur en présence d’Eli. La parole du Seigneur était rare en ces jours-là, la vision n’était pas chose courante. Ce jour-là, Eli était couché à sa place habituelle. Ses yeux commençaient à faiblir. Il ne pouvait plus voir. La lampe de Dieu n’était pas encore éteinte et Samuel était couché dans le Temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu.  Yahweh appela Samuel; il répondit: «Me voici!» Et il courut auprès d’Eli, et lui dit: «Me voici, car tu m’as appelé.» Eli répondit: «Je n’ai point appelé; retourne te coucher.» Et il alla se coucher. Yahweh appela de nouveau Samuel et Samuel se leva et, étant allé auprès d’Eli, il dit: «Me voici, car tu m’as appelé.» Eli répondit: «Je n’ai point appelé, mon fils; retourne te coucher.» Samuel ne connaissait pas encore Yahweh, car la parole de Yahweh ne lui avait pas encore été révélée. Yahweh appela de nouveau Samuel pour la troisième fois. Il se leva et, étant allé auprès d’Eli, il dit: «Me voici, car tu m’as appelé.» Eli comprit alors que c’était Yahweh qui appelait l’enfant. Et Eli dit à Samuel: «Va, couche-toi, et si l’on t’appelle encore, tu diras : « Parlez, Yahweh, car votre serviteur écoute.» Et Samuel s’en alla et se coucha à sa place. Yahweh vint et se tint là, et il appela comme les autres fois: «Samuel! Samuel!» Samuel répondit: «Parlez, car votre serviteur écoute.» Et Yahweh dit à Samuel: «Voici que je vais faire dans Israël une chose que personne n’entendra sans que les deux oreilles lui tintent. En ce jour-là j’accomplirai sur Eli tout ce que j’ai prononcé touchant sa maison; je commencerai et j’achèverai. Je lui annonce que je fais justice de sa maison pour toujours à cause de sa faute: il savait que ses fils insultaient Dieu et néanmoins, il ne les a pas repris. Voilà pourquoi je le jure à la maison d’Eli: Rien n’effacera jamais la faute de la maison d’Eli, ni sacrifice, ni offrande.  » Samuel resta couché jusqu’au matin, puis il ouvrit les portes de la Maison du Seigneur. Samuel craignait de rapporter la vision à Eli. Eli appela Samuel et lui dit:  » Samuel, mon fils.  » Il dit:  » Me voici.  » Il dit:  » Quelle est la parole qu’il t’a adressée ? Ne me le cache pas, je t’en prie. Que Dieu te fasse ceci et encore cela si tu me caches un mot de toute la parole qu’il t’a adressée.  »  Alors Samuel lui rapporta toutes les paroles, sans rien lui cacher. Il dit:  » Il est le Seigneur. Qu’il fasse ce que bon lui semble.  » Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui et ne laissa sans effet aucune de ses paroles. Tout Israël, de Dan à Béer-Shéva, sut que Samuel était accrédité comme prophète du Seigneur. Le Seigneur continua d’apparaître à Silo. Le Seigneur, en effet, se révélait à Samuel, à Silo, par la parole du Seigneur ».

Samuel,  je l’ai croisé sur les routes du Tro-Breiz ; c’était il y a plus de 8 ans, entre Rosporden et Elliant, Je l’ai appelé, par son prénom, sans même devoir le répéter,  il m’a répondu aussitôt et s’est attardé à ma hauteur. Lui, encore jeune et moi déjà vieux, nous ne pouvions pas marcher d’un même pas, au même rythme. Néanmoins nous avons échangé, peu, mais suffisamment pour que la mémoire nous en soit restée gravée à l’un comme à l’autre, je crois. Et c’est sans doute pour cette raison que nous sommes là, tous les deux, dans cette cathédrale, lui à la place d’honneur, aux côtés de son camarade Joseph, avec leurs belles chasubles rouges, lavées du sang de l’Agneau, et moi, anonyme, dans la foule de leurs nombreux amis de tous âges et de toutes conditions, comme nous étions déjà réunis l’année dernière à l’occasion de leur admission au diaconat…

Vous comprendrez que, pour moi, le visage du personnage de l’Ancien testament a le sourire, les lunettes et la candeur bretonne de Samuel Pennec.

Et Joseph ?

Celui de l’Ancien Testament, de la Genèse, du chapitre 37 au chapitre 49 : le fils chéri de Jacob, appelé Israël depuis son combat avec l’ange (Gn 32, 28), le petit Joseph, rêveur et bavard, vendu par ses frères jaloux, acheté par  l’égyptien Putiphar, poursuivi des assiduités de l’épouse de son maître, jeté en prison, interprète des songes du pharaon dont il devient l’intendant avisé. C’est alors que ses frères, que la famine avait conduit en Egypte, viendront s’incliner devant lui, accomplissant ainsi le songe qu’il leur avait raconté, provoquant alors leur colère et sa perte qui s’avérera, par la suite, un bienfait pour le peuple d’Israël tout entier. En effet, si le grand père Jacob a béni les deux fils de Joseph (Manassé et Ephraïm), c’est de son frère, Juda, le jeune lion, que naitra le messie selon la promesse faite à Abraham, Isaac et Jacob. Dieu continue d’aimer son peuple malgré ses infidélités.

Celui du Nouveau Testament, des Evangiles, celui de Mathieu (1, 18-25) : le fiancé de Marie, l’arrière-arrière-arrière petit neveu du précédent, Joseph, de la maison de David dont l’évangéliste rappelle la généalogie où figurent en 1° place, après les patriarches, Juda et les fils qu’il eut de Thamar, sa rusée belle-fille. Joseph qui, apprenant la grossesse inattendue de sa fiancée avait prévu de la répudier en secret, alors que l’ange lui pria de n’en rien faire, lui révélant l’origine divine, le sexe et le nom de l’enfant à naître. Connaissant parfaitement, en bon juif qu’il était, la prophétie d’Isaïe (7, 14), il fit ce que l’ange lui prescrit, répondant ainsi par son « fiat » au « fiat » de Marie.

Tout comme toi, Joseph !

Mais, j’hésite : tu parais avoir, à la fois, l’allure du Grand Commis et la discrétion du fiancé. En tous cas, droit dans tes bottes, calme, alors, en avant ! (comme diraient Sœur Emmanuel (1908-2008), en arabe, et François Nourissier (1927-2011), de l’académie Goncourt)

« Si tu veux être heureux toute ta vie, fais toi curé ! »

Au son de la cérémonie qui se déroulait sous mes yeux, la musique de l’orgue, le grand, au fond de la nef et le positif, dans le chœur, au milieu des chants de la chorale repris par les fidèles, en latin pour le magnifique « Veni Créator », hymne grégorien écrit au IX° siècle par un bénédictin  allemand ; en français et, bien entendu, en breton : « Bennoz da Zoue, gloar da virviken. Benniget ra vezo E Ano santel », et, pour finir, An Anjelus (Amzer Ordinal) tout ceci avec l’accent légèrement guttural propre à la région, distinct du vannetais chuintant auquel je suis plus accoutumé, j’évoquais ces passages de la Bible que les prénoms des deux impétrants illustrent et rappellent.

Comme le mariage, le sacrement de l’ordre est reconnu comme étant un sacrement d’« état » : vous voilà, comme vous l’a rappelé votre évêque, « prêtres, prophètes et rois », en charge des sacrements, de l’enseignement de la Parole et en responsabilité de la tâche qui vous est confiée. Mais ne le somme nous pas tous également par le baptême ? Est-ce à dire que ce sacrement, que vient de vous conférer l’évêque, qui vous fait entrer dans l’ordre des prêtres, dans la continuité apostolique, comme le montre si bien l’apposition des mains de l’évêque puis de tous les prêtres présents, a fait de vous des sorte de « super-baptisés », comme si besoin était ?

Baptisés, confirmés, eucharistiés, votre initiation chrétienne est désormais toute entière ordonnée à l’Eglise du Christ, pour sa gloire, la vôtre, et aussi, la nôtre.

Le héros d’aujourd’hui est-il le père de famille nombreuse ou le prêtre, ne le sont-ils pas tous les deux, chacun à sa manière, avec la grâce de Dieu ?

On disait autrefois, « si tu veux être heureux une heure, saoule toi. Si tu veux être heureux une année, marie toi. Mais, si tu veux être heureux toute ta vie, fais toi curé ! »

Toi, Samuel, tu as su, non seulement entendre le double appel du Seigneur, celui adressé au Samuel visible, celui que je connais,  et celui destiné au Samuel intime que, seuls, toi – et encore – et le Seigneur connaissent, mais y répondre avec générosité. Les jeunes de Quimper t’attendent avec impatience pour que tu les guide, au loin…

Et toi, Joseph, que je connais moins, te voilà reparti sous les cieux rosés et bleutés de la Rome éternelle, pour étudier, à la Grégorienne, mais aussi, peut-être, à la Sapientia, dont le saint patron n’est autre que notre Monsieur Saint Yves, une question de théologie pointue, tenant sans doute à l’eschatologie, la science des fins dernières, le summum de la théologie, sa raison d’être, avant de revenir sous un ciel plus Clément (que celui) de Rome,( le premier des pères apostoliques de l’Eglise occidentale), le nôtre.

Sachez que nous nous efforcerons tous d’être auprès de vous un troupeau, sans doute petit à nos yeux, mais précieux aux vôtres, aussi docile que possible, comme nous savons que vous serez pour nous des pasteurs vigilants et attentifs à, toujours, nous communiquer un peu de la miséricorde divine dont vous êtes désormais, auprès de nous, l’image et les dépositaires.

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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