Saints bretons à découvrir

Sainte Geneviève à Arradon le 8 décembre 2017

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min

Voici le compte-rendu d’Yves Daniel sur une des cérémonies de Sainte Geneviève, ici sur le Morbihan. Nous vous avions déjà fait part à plusieurs reprises de cette fête patronale durant laquelle les gendarmes (dans le Finistère mais aussi parfois du côté de Pontivy pour ne citer qu’eux) chantaient régulièrement en breton lors de leurs cérémonies, tout comme les élèves gendarmes apprenaient aussi à chanter en breton, en basque, corse, tahitien… une sorte d’apprentissage de la diversité culturelle et linguistique. Il faut savoir que sur le Finistère, les cinq messes prévues dont une à la cathédrale de Quimper en présence de Mgr Dognin étaient chantées en français et latin… mais aussi avec des cantiques bretons (anamnèse et Kantik Santez Jenovefa). Car les gendarmes aussi chantent en breton !

 

sainte genevièveIl y avait du bleu ce vendredi matin sur l’esplanade de l’église paroissiale Saint Pierre d’Arradon et pas uniquement dans le ciel de décembre sur les bords du golfe du Morbihan.

Le Groupement de gendarmerie départementale du département fêtait ce jour de l’Immaculée Conception sa sainte patronne : Geneviève,  pas la bretonne, sœur de Saint Edern et fondatrice du monastère de Locqueffret, mais la parisienne, née à Nanterre en 420 qui défendra Paris contre les Huns d’Attila. Mais ce n’est pas pour ce motif, semble-t-il, que cette femme est devenue la patronne des gendarmes qui n’en comptaient que si peu dans leur rang, il n’y a pas encore bien longtemps.

C’est par décret en date du 18 mai 1962 que le saint pape Jean XXIII a solennellement désigné sainte Geneviève de Paris comme patronne de la Gendarmerie, dont il avait pu apprécier les engagements et le sens du service alors qu’il était nonce apostolique à Paris, peu de temps auparavant.

Au calendrier de l’Église, la fête de sainte Geneviève figure au 3 janvier, date de sa mort vers l’an 500, c’est-à-dire de sa naissance au ciel. Cependant, cette date n’étant pas favorable au rassemblement des gendarmes requis par cette célébration, elle est généralement célébrée autour du 26 novembre, date du miracle attribué à Sainte Geneviève en 1130 à la suite de la guérison des « ardents », empoisonnés par l’ergot de seigle, miracle aussitôt reconnu par le pape Innocent II pour le diocèse de Paris où avait été créé, au moyen-âge, les premières compagnies de « gens d’armes », héritières de la maréchaussée médiévale.

Beaucoup de monde pour l’évènement, sur invitation des officiers commandants les divers formations gendarmesques du département : des hommes et des femmes en uniformes rutilants, les femmes plutôt jeunes et généralement jolies, les hommes plus grisonnants et sévères ; mais il n’y avait pas que des gendarmes : la police, les pompiers, l’administration pénitentiaire étaient dignement représenté, les autorités invitantes avaient ratissées large pour la circonstance. Il y avait, bien sûr le Préfet sous la présidence duquel la célébration était placée, des civils aussi, le maire, la sénatrice, le procureur et beaucoup de beau et brave monde.

Plus d’une douzaine de drapeau d’organisations patriotiques et d’anciens combattants encadraient le porche d’entrée de l’église où les fidèles, nombreux, étaient accueilli par le « padre » lui-même, en personne, Jean-Charles Bozanski, mon camarade de fac de théologie au Vinçin tout proche, dont la barbe grisonnante et les tempes rases lui donnent une allure de franciscain, plus proche des bikers encadrant de leur Harley rutilantes le convoi funèbre de Johny que du Padre Pio.

Tout le challenge du célébrant, le jeune recteur des paroisses d’Arradon, Ploeren, Larmor-Baden et l’Ile aux Moines,  Pierre Brun-Le Gouest, sera de faire coïncider les deux célébrations, celle de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie et celle de Geneviève, la sainte patronne de l’Arme de la Gendarmerie, laquelle a bien dû laisser la préséance à la mère de Dieu, « Théotokos », comme disent les théologiens, dont la conception sans pêché, de longue tradition dans l’Eglise, est désormais tenue pour dogme depuis la bulle « ineffabilis Deus » du pape Pie IX  en 1854.

Le contraire du mal dont Marie, contrairement à nous, a été exempté à sa naissance est l’innocence, l’image même de l’enfant qu’elle a conçu pour notre salut, qui s’avèrera attentif à ne pas nous laisser « entrer en tentation » comme l’on prie maintenant, sur son invitation, « notre Père ». Ce mal auquel est quotidiennement confronté les fils de sainte Geneviève, attentifs aussi à ne pas y succomber et à voir chez le pire endurci des délinquants une capacité à s’amender propre à toute humanité qui se caractérise par une conscience. « Le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre », au fond de laquelle « l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donné lui-même » comme l’ont si bien dit les pères conciliaires de Vatican II en 1965 (Gaudium et Spes n°16).

Le pari a été gagné et les fidèles ont fait honneur à leur padre comme au recteur par leurs prières et leurs chants. Une belle cérémonie, vraiment !

A l’issue de cette belle messe, admirablement bien chantée par une voix féminine, exprimant parfaitement la prière de la Sainte patronne des gendarmes, a été entonné le cantique à sainte Geneviève dont voici les premier et dernier couplets :

 

Militaires de la gendarmerie au service de la France

Prions sainte Geneviève, « fille du ciel »

Qui sauva paris de la fureur d’Attila, et du peuple apaisa la crainte et le fiel.

Prions celle qui nous protège dans le combat.

 

Ô sainte patronne de l’arme

Inspirez nos âmes

Comme vous inspirâtes jadis

Le cœur de Clovis.

 

Au cours de la prise d’arme qui s’en est suivie plusieurs militaires ont été dignement décorés selon leurs mérites.

A l’occasion du pot de l’amitié, au champagne, s’il vous plait, – il n’y a plus qu’à l’occasion de la sainte Geneviève que l’on sert maintenant de l’alcool -, les mots d’accueil du maire, ceux du Procureur de la République, puis du Préfet l’ont été à la gloire des militaires de la gendarmerie, rouage essentiel du bon fonctionnement de la démocratie, qui offrent leur temps, voire leur vie pour la protection de leurs semblables au service desquels ils se dévouent 24 h sur 24 ce pourquoi ils ne sont, malheureusement, que bien mal récompensés.

 

Je crois savoir qu’un peu plus à l’ouest, le cantique dont les paroles suivent, est dédié à la sainte Jenovefa de Loqueffret dont l’image figure à gauche du Christ, aux côtés des saints Louis IX et Bernard de Clairvaux  sur l’abside de l’église Saint Yves des Bretons à Rome :

Da zevez gouel hor patronez ! Kristenien kanomp assemblez, Goulennomp hirio dreist peb tra Bennoz santez Jenovefa (bis)

Evelse goulennomp fizians Feiz, karantez, hag esperanz Hag e resefomp heb dale Ar grasou-ze digant Doue

 

Au jour de la fête de notre patronne, Chrétiens chantons ensemble Aujourd’hui, demandons à travers tout la bénédiction de Sainte Geneviève

Ainsi, demandons confiance Foi, amour, espérance, Et nous recevrons sans tarder, Les grâces de la part de Dieu

 

Mais, ça, c’est du breton !

Je gage que, sous peu, avec l’aide de leurs aumôniers respectifs, les groupements de gendarmerie du Morbihan et du Finistère auxquels ne manqueront pas de se rallier ceux de Saint Brieuc, Rennes et Nantes financeront à la Vallée des Saints une belle statue en granit de Santez Jenovefa, leur sainte patronne en Bretagne !

Pour l’heure, quoi qu’il en soit, Sainte Geneviève, patronne des gendarmes, « protégez ceux qui nous protègent ! » comme l’a si bien dit monsieur le Procureur.

Ha Santez Jenovefa, pedit evidomp !

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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