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[TRIBUNE LIBRE] Les frontières invisibles que l’on se donne ne sont que les prémices d’un monde en guerre.

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

L’actualité mène régulièrement à la réflexion. Ainsi, je songeais aujourd’hui à ceux qui pensent qu’en abattant les limites géographiques que se sont données les nations et les peuples, les guerres se tairont d’elles-mêmes. Idéaliste en soi, l’idée promue a bien vite du plomb dans l’aile.

Pourquoi ?

La plupart du temps, les « chantres de la tolérance » ou encore les no-borders de la pensée, se mettent eux-mêmes de facto à l’intérieur d’un espace frontalier qu’ils peinent à dépasser, bien plus dangereux qu’un espace géographique délimité. Mais, disons-le tout de go, cela ne se limite pas à cette catégorie de personnes.

Pour être clair : chez bien des gens, la manière de penser des autres n’est tolérée que si elle est conforme à leur propre manière de penser. La liberté de pensée dont ils se réclament n’existe donc que dans la sémantique, provoquant de fait une frontière entre ceux qui pensent « comme il faut » et ceux qui ne pensent pas « comme il faut », poussant à faire accepter une vision dogmatique du monde selon des prismes où la raison n’existe souvent plus, laissant place à la seule émotion. Une situation qui se retrouve dans toutes les strates de la société, d’un bord à l’autre, si l’on regarde bien.

Le fait de tolérer quelque chose, c’est – pour reprendre la définition du mot – admettre avec une certaine passivité, avec condescendance parfois, ce que l’on aurait le pouvoir d’interdire, le droit d’empêcher. Dans ce positionnement se déploie une certaine supériorité – parfois inconsciente – de la part de celui qui tolère face à celui qui est toléré, chose qui peut parfois aller jusqu’à l’ignorance de l’autre (extrait « A propos de la tolérance« ).

Au sein de notre société liquide, cela se traduit directement dans les cas où celui qui croit pouvoir penser différemment est pointé du doigt, mis à l’index, soumis à la vindicte populaire, lynché en place de Grève numérico-médiatique, à la suite du célèbre « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Car chacun se croit gardien de la liberté et de la vérité, et le simple fait de penser autrement vous fait courir le risque d’être considéré comme cet ennemi à abattre.

Mais alors… des questions se posent face à des contradictions flagrantes qui disqualifient bien des discours :

Comment parler de tolérance et de respect, si nous ne respectons pas l’autre ? 

Comment être contre la guerre, si l’on est incapable d’écouter l’autre et de parler à l’autre, même s’il ne pense pas comme nous ?

Comment être pour la paix, si nous considérons toujours l’autre comme un adversaire, simplement parce qu’il ne pense pas comme nous ou qu’il n’a pas le même schéma de pensée ?

Comment être pour une réunification, si on est déjà incapable de se réunir ? 

Comment être contre les frontières, si l’on est déjà incapable de dépasser ses propres frontières de pensée, pour rencontrer l’autre ?  Sans pour autant épouser ses opinions, l’écoute et la communication n’est-elle pas la base de toute société civilisée aspirant à la paix, comme elle est essentielle à un couple ?

etc.

Communication : du latin communicare, mettre en commun, faire part de, partage, dérivé de communis, commun.

Or, dans notre monde si féru de communication, chacun n’a jamais été aussi sûr d’avoir raison. On ne dialogue plus, on assène. On ne communie plus, on sépare. On ne propose plus, on impose. Il y a ainsi aujourd’hui autant de vérités qu’il existe d’individus sur Terre, et chacun aspire à convaincre l’autre de sa bien-pensance. Quand aux vérités fondamentales, elles ont disparu, englouties par toutes les autres dans un relativisme mortifère. Seuls ceux qui sont confrontés aux questions essentielles de la vie échappent avec plus ou moins de succès au marasme relativiste… peut-être justement en temps de guerre. Mais doit-on en arriver à cette extrémité funeste pour redevenir un peu plus humain pour les uns, un peu plus bestiaux pour les autres ?

Bien plus dangereuses que de simples frontières géographiques que l’on peut aisément franchir, les frontières invisibles que l’on se donne ne sont que les prémices d’un monde en guerre. Ne soyons pas surpris que des fondamentalistes de tous bords puissent provoquer des affrontements, si en amont chacun de nous est incapable de dépasser ces frontières invisibles que nous nous imposons comme des chaînes traînées par les esclaves que nous devenons.

 

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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2 Commentaires

  1. Frontières invisibles et frontières physiques: bonne réflexion, Tudwal!

    Je voudrais souligner que la notion de frontières, analogue à la notion de territoire, est en soi naturelle: ainsi chez bon nombre d’espèces, nous observons des territoires…. Les migrations existent aussi. Tout est question d’équilibre, dans la nature. Et tout déséquilibre entraîne des effets néfastes, voire dévastateurs…..Abolir les frontières, ou abolir les migrations, reviennent à ne pas considérer les phénomènes naturels. L’homme n’est en effet pas en dehors de la nature, mais en fait partie.
    De même; j’observe que beaucoup de personnes souhaitant l’abolition des frontières sont les premières à avoir des barrières et portails à leur jardin, qui sont autant de frontières faites pour protéger son intimité, son espace vital. Mais où est la différence avec les frontières d’un pays? Il faut être logiques: si on est contre les frontières, alors ne clôturons pas les jardins….Et les maisons ont des portes, des fenêtres, qui sont tout autant de frontières….Mais le bon sens fait qu’il est bon que ces portes et fenêtres soient ouvertes quand il fait beau, ou pour accueillir des amis, et qu’elles soient fermées lorsqu’il y a une tempête, ou quand le cambrioleur rôde….Il en est de même pour les frontières d’un pays, qui doivent être autant de portes et fenêtres, à ouvrir ou à fermer, plus ou moins, en fonction des circonstances….

    Ceux qui souhaitent une fermeture totale des frontières sont comme ceux qui ne veulent jamais aérer leur maison, ou recevoir même des amis chez eux…..
    Ceux qui souhaitent une ouverture totale des frontières souhaitent que le pays soit comme une maison ouverte à tout vent, avec des ouvertures sans portes ni fenêtres et dans lequel amis comme personnes mal intentionnées peuvent entrer sans y être invitées.
    Le bon sens ne voudrait-il pas qu’un pays soit comme une maison, avec portes et fenêtres ouvertes ou fermées quand il le faut, maison dans laquelle on peut y inviter ses amis, se protéger de ses ennemis, des personnes souhaitant prendre la place de l’hôte quand il est accueilli? Mais aussi une maison dans laquelle on peut, si besoin, redonner espoir à une personne de passage (pour exemple, autrefois, l’assiette du pauvre était systématiquement placée lors des repas, au cas où….)

    Errare humanum est, sed persevere diabolicum….

  2. Cela me fait penser à ces « cantiques » : « ma maison sera ta maison, porte ouverte aux quatre horizons »…
    ou encore « gloire à Dieu au plus haut des cieux…..brisant toutes frontières…. »…L’art de politiser la religion….Et de faire du lavage de cerveau…..

    On peut tout de même, à mon humble avis, aimer son prochain, l’accueillir, sans tout autant détruire la maison qui nous abrite tous…..

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