Saints bretons à découvrir

Tro Breiz 2025 : de Nantes à Vannes, le souffle d’un peuple en marche

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Journal de bord d’un pèlerin sur les pas des sept saints fondateurs de Bretagne


Six jours, plus de 150 kilomètres, une multitude de chapelles, d’étreintes fraternelles, de cantiques bretons et de kilomètres avalés avec la foi comme boussole. Du cœur de Nantes à l’église Saint-Patern de Vannes, l’étape 2025 du Tro Breiz a été bien plus qu’une marche : une plongée dans l’âme bretonne, un pèlerinage porté par les saints, les chants et la joie. Voici le récit, de l’intérieur, d’un pèlerin transformé par cette aventure spirituelle et humaine.


Jour 1 – L’appel du chemin (Nantes ➝ La Chapelle-Launay)

Tout commence à la basilique Saint-Donatien, ce 28 juillet 2025, dans l’aube fraîche d’une ville qui s’éveille. La messe d’envoi donne le ton : solennelle, fervente, chantée en breton comme en français. À peine le Da Feiz hon Tadoù Kozh terminé, les bannières se lèvent, les pieds s’ébranlent, et la Bretagne nous appelle. Nous sommes près de 600 à prendre la route.

La première étape est douce — 18 km vers La Chapelle-Launay — mais déjà, la magie opère. Haltes dans les chapelles de village, bénédictions impromptues, rosaires murmurés à plusieurs voix… À Bon-Garant, une vieille chapelle restaurée, la prière s’élève, mêlée au vent et aux cantiques bretons. Un jeune sonneur entonne un traditionnel breton à la cornemuse, et un frisson me parcourt : je sais que cet air ne me quittera plus.


Jours 2 à 4 – À travers bois, chapelles et cœurs ouverts (Pontchâteau ➝ Férel ➝ Noyal-Muzillac)

Les étapes s’allongent, les paysages varient  – forêts, sentiers creux, petits ports – mais une chose ne change pas : l’ambiance de fraternité. Chaque journée est rythmée par la marche, les pauses spirituelles, les explications sur le patrimoine rencontré et les prières dans les chapelles qui jalonnent notre route. Certaines sont si discrètes qu’on les devine à peine au détour d’un champ. Mais une fois la porte poussée, elles nous accueillent comme une mère.

Le Père Christophe aidait à l’intendance. Le service café lui a d’ailleurs faire recevoir le surnom de « Beleg Kafe ». Tous les soirs, le Père Guillaume animait un stand crêpe, chacun venant avec sa recette et les bénéfices allant à une association luttant contre la maladie de Charcot.

Notons les temps de prière animés par des prêtres comme le Père Guillaume ou le Père Dominique, soutenus par les pèlerins eux-mêmes dans l’animation. Notons par exemple le travail de Paul, chantre de nos belles messes faisant ressortir l’âme bretonne. À Férel, avec notre petit groupe, nous chantons les complies en breton dans la nuit tombante, après la veillée de réconciliation animée par Tad Kristof. La nuit tombe, et le silence devient sacré. A Arzal, le passage par la chapelle templière offre une étape hors du temps.

Et puis… il y a les festoù-noz. Là où l’on pense que plus un muscle ne répond, la musique prend le relais. Un an dro s’improvise, un laridé nous redresse. Je danse, un peu bancal, les pieds brûlants… mais heureux. Comme si la joie s’infiltrait par la plante des pieds.


Jour 5 – Le Golfe du Morbihan à l’horizon (Theix-Noyalo ➝ Séné)

Le parfum salé de la mer, les ajoncs, le ciel immense… Nous approchons de la fin, et pourtant, l’énergie ne faiblit pas. Nous traversons des villages paisibles, ponctués d’arrêts à la chapelle Saint-Laurent, à Séné, ou encore au bord d’un chemin, autour d’une croix couverte de mousses.

La messe du soir, célébrée au grand air, est suivie d’un chant choral bouleversant. Les voix se mêlent, les larmes montent. On sait qu’on touche à l’essentiel.


Jour 6 – Vannes, couronnes de fleurs et procession sacrée

L’ultime jour est là. Au lever du soleil, chacun tresse sa couronne de feuilles et de fleurs sauvages, selon la tradition.

À 14h30, la grande procession dans un bel ordonnancement s’élance depuis la Maison du Diocèse. Des centaines de pèlerins, des bannières claquant au vent, des drapeaux bretons, des enfants en costumes bretons… Le cortège traverse les rues anciennes de Vannes : portes Saint-Vincent, Saint-Gwenaël, puis la montée vers Saint-Patern. La litanie des saints bretons et celtes est reprise avec entrain.

Arrivés devant l’église, tout se suspend. Il faut dire qu’un mariage est célébré et touche à sa fin. Les nouveaux mariés seront accueillis par les pèlerins du Tro Breiz. La messe solennelle, présidée par Mgr Centène, est un moment hors du temps. L’église est pleine à craquer, les chants font vibrer les voûtes. Et lorsque nous chantons tous ensemble, debout, « Da feiz hon tadoù kozh », il me semble que les pierres elles-mêmes chantent avec nous.


Une foi qui marche, une culture qui danse

Le Tro Breiz n’est pas un défi sportif, ni un simple pèlerinage. C’est une immersion dans les racines profondes de la Bretagne, où la foi chrétienne, la langue bretonne, le patrimoine rural et la fraternité humaine se tiennent la main. Je suis revenu le dos usé, les pieds cabossés, mais le cœur rempli. Rempli de joie, de rencontres, de visages, de cloches lointaines, de chants, de danses nocturnes et de silences intenses.

On dit que faire le Tro Breiz, c’est aller à la rencontre des saints fondateurs. Je crois qu’on y rencontre surtout quelque chose de plus grand : un peuple en marche, et Dieu qui l’accompagne.

À propos du rédacteur Redaction

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Un commentaire

  1. Merci pour ce partage. Récit très vivant et imprégné de la matière spirituelle si spécifique en Bretagne.

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