Avec Je veux le ciel sans perdre la terre, les éditions Bouquins réunissent en cette fin d’année une large sélection des écrits de Xavier Grall. Établie et présentée par Jean Bothorel, cette anthologie de 704 pages restitue la diversité d’une œuvre où se croisent le journalisme, la poésie, l’engagement breton et la quête spirituelle.
Mort en 1981 à l’âge de 51 ans, Xavier Grall a laissé une œuvre dont la poésie demeure la part la plus connue. Mais l’auteur du Cheval couché fut aussi un journaliste prolifique, un polémiste redoutable et un observateur attentif de son époque. L’anthologie publiée aux éditions Bouquins permet de retrouver ces différentes facettes à travers près de 170 articles, des extraits d’essais et de romans, des poèmes et plusieurs lettres inédites. Jean Bothorel, qui a établi et présenté ce volume, donne ainsi à mesurer l’étendue d’une production dispersée entre la presse et les livres.
Né à Landivisiau en 1930, Xavier Grall commence sa carrière de journaliste au début des années 1950. Ses reportages, chroniques, critiques littéraires et billets d’humeur témoignent d’une curiosité qui dépasse largement les questions bretonnes. Il écrit sur la littérature, le cinéma, les personnalités de son temps et les bouleversements politiques, s’intéressant aussi bien à James Dean qu’à Rimbaud, Mauriac ou Lamennais. Le journaliste et le poète partagent une même écriture volontiers lyrique, nourrie de convictions et d’emportements.
La Bretagne occupe néanmoins une place déterminante dans son parcours. Grall en défend la culture et la singularité, mais se méfie des représentations convenues qui la réduisent au folklore. Son engagement s’exprime notamment dans Le Cheval couché, publié en 1977 en réponse au Cheval d’orgueil de Pierre-Jakez Hélias. Derrière cette controverse littéraire se dessine une divergence sur la manière de raconter la Bretagne et d’envisager son avenir. Grall refuse de la regarder comme un monde révolu et revendique une culture capable de s’affirmer dans le présent.
Cette fidélité à la terre natale ne résume pourtant pas son univers. Le titre de l’anthologie, Je veux le ciel sans perdre la terre, en exprime une autre dimension, celle d’un homme travaillé par la foi, le doute et le désir d’absolu. La spiritualité traverse ses poèmes comme ses réflexions, sans effacer les préoccupations politiques et humaines qui nourrissent son écriture. Chez lui, l’aspiration au sacré demeure liée à l’expérience sensible du monde, à ses paysages, à ses blessures et à ses contradictions.
L’intérêt de ce recueil tient à la possibilité de lire ensemble des textes d’origines et de périodes différentes. La place accordée aux articles rappelle notamment combien le journalisme a compté dans la formation et l’expression de sa pensée. La présence de correspondances inédites complète ce portrait littéraire, tandis que les extraits de romans et d’essais permettent de replacer les poèmes dans un ensemble plus vaste.
Quarante-cinq ans après sa disparition, cette publication offre une nouvelle occasion d’aborder Xavier Grall sans le cantonner à son statut de poète breton. Elle remet en circulation les écrits d’un auteur dont les engagements, les contradictions et les interrogations religieuses ont façonné une œuvre profondément personnelle, portée par une même exigence de liberté.
Je veux le ciel sans perdre la terre, Xavier Grall, édition établie et présentée par Jean Bothorel, éditions Bouquins, septembre 2026, 704 pages, 34 €.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne