Dans l’histoire de la Bretagne, certaines figures traversent les siècles non seulement comme des chefs de guerre, mais comme des symboles profonds d’identité et de foi. Charles de Blois, duc contesté et fervent chrétien, fêté au calendrier breton le 29 septembre, appartient à cette catégorie rare.
Bien plus qu’un prétendant au trône ducal durant la guerre de Succession de Bretagne au XIVe siècle, il est perçu par beaucoup comme un prince à la fois politique et spirituel, dont la piété intense a marqué les mémoires. Béatifié des siècles plus tard, il incarne une vision du pouvoir où le devoir politique se mêle à une quête intérieure. À travers lui, c’est aussi une certaine idée de la Bretagne qui s’exprime : fidèle à la France, mais jalouse de son autonomie, attachée à ses racines chrétiennes, et portée par des figures fortes. Revenir sur le parcours de Charles de Blois, c’est donc explorer à la fois l’âme d’un homme et celle d’un pays.
Un prince entre droit héréditaire et fidélité capétienne
Charles de Blois entre dans la scène bretonne par alliance, en épousant Jeanne de Penthièvre, nièce du duc Jean III. À la mort de ce dernier sans héritier direct, une guerre de succession s’engage entre la maison de Blois (soutenue par la France) et la maison de Montfort (alliée à l’Angleterre). Si Charles de Blois revendique la couronne ducale au nom de son épouse, son engagement va au-delà d’une simple prétention dynastique : il se pense investi d’une mission de stabilité et de justice pour un territoire convoité.
Dans ce contexte, son devoir politique se double d’une loyauté indéfectible envers la monarchie française, dont il est un proche parent. Pour la couronne, l’enjeu n’est pas vraiment d’annexer la Bretagne, mais de s’assurer que le duché reste dans la sphère d’influence française, et ne bascule pas dans le camp ennemi pendant la guerre de Cent Ans. Charles devient alors un rempart contre l’expansion anglaise, tout en devant respecter la spécificité bretonne.
Un pouvoir inspiré par la foi
Ce qui rend Charles de Blois si singulier, c’est l’intensité de sa piété personnelle, inhabituelle pour un homme de guerre. Il mène une vie ascétique, multiplie les jeûnes, participe à des œuvres de charité, et se montre d’une humilité rare pour son rang. Il est souvent comparé à un moine-soldat, ce qui donne une coloration spirituelle à ses engagements politiques. Gouverner, pour lui, n’est pas tant un droit qu’un service rendu à Dieu et au peuple.
Cette foi profonde renforce son image de prince juste, presque saint avant l’heure. Elle structure sa vision du devoir : lutter contre l’usurpation, maintenir la paix, ou encore protéger les plus faibles. Après sa mort à la bataille d’Auray en 1364, cette réputation de sainteté se prolonge, jusqu’à sa béatification par le pape Pie X en 1904. Son nom est encore vénéré notamment à l’église Bienheureux Charles de Blois d’Auray, où se trouve une partie de ses reliques.
La Bretagne comme horizon politique
Si Charles de Blois est souvent vu comme un homme du roi de France, il n’en reste pas moins un acteur essentiel de l’histoire bretonne. Il incarne une certaine idée du duché : chrétienne, fidèle mais autonome, légitime et enracinée. Face à la politique plus opportuniste des Montfort, Charles propose une vision d’ordre, de continuité et de fidélité aux traditions féodales, où le duché reste indépendant, en entretenant toutefois une relation de vassalité avec le roi de France.
Ainsi, il devient une figure symbolique dans la mémoire bretonne : celle d’un pouvoir légitime mais aussi spirituel, à la croisée des appartenances.
À travers Charles de Blois, le devoir politique prend une épaisseur rarement atteinte au Moyen Âge. Il ne se réduit ni à un calcul de pouvoir, ni à une simple loyauté dynastique. Il est vécu comme une vocation morale, au croisement de la foi, de l’engagement et de l’histoire d’un territoire. Dans son combat, c’est autant une vision du monde que de la Bretagne qu’il défend. Et si son échec militaire a laissé place à la domination des Montfort, son souvenir, lui, reste celui d’un homme droit, pieux et profondément engagé… en somme, d’un prince qui gouvernait aussi pour son âme.
Charles de Blois en 5 faits marquants
- Né vers 1319, neveu du roi de France Philippe VI.
- Épouse Jeanne de Penthièvre, héritière du duché de Bretagne, en 1337.
- Soutenu par la France lors de la guerre de Succession de Bretagne contre Jean de Montfort.
- Capturé par les Anglais en 1347, libéré contre rançon en 1356.
- Tué à la bataille d’Auray en 1364, ce qui met fin à ses prétentions au duché.
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J’ai du mal à comprendre pourquoi Charles de Blois revient sur le devant de la scène. Surtout que sa dévotion est poussée par le royaume de France puis par les ennemis de l’indépendance bretonne. Charles est responsable du terrifiant sac de Quimper en 1344, et aurait rapidement rattaché le duché de Bretagne au royaume de France avec l’aide de Du Guesclin. Et même après la mort de Charles, les Penthièvre vont continuer à trahir et vouloir livrer la Bretagne à la France, notamment lors de l’attentat de 1420.
Le 29 septembre devrait être la fête de l’indépendance bretonne, de saint Michel protecteur du duché et de l’ordre de l’Hermine. Jean IV et Jean V sont admirables, pas Charles de Blois et Du Guesclin.