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LE GENIE DU CHRISTIANISME (3ème partie) : « DU DANGER ET DE L’INUTILITE DE L’ATHEISME»

Amzer-lenn / Temps de lecture : 9 min
Anne-Louis Girodet, Portrait de Chateaubriand,
Saint-Malo, musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin.

L’athéisme engendre la laïcité, instrumentalisée en une «arme de destruction massive du christianisme », de l’Eglise catholique en particulier. Voilà bien une «qualité»  qui, dans nos sociétés déchristianisées,  se porte avec ostentation ;  seul signe «religieux», car l’athéisme se pose en religion, qui est autorisé à s’afficher de toutes les manières. Les ravages de cet athéisme forniquant avec une laïcité dévergondée, qui n’a rien à voir avec la saine laïcité qui est de «rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu», démontre bien du «Danger et de l’inutilité de cet athéisme», dont tel est le titre du Livre Sixième du Génie du Christianisme,  thème qu’analyse avec une remarquable lucidité René de Chateaubriand.

 D’ailleurs, la question est : l’athée authentique, radical, est-ce qu’il existe vraiment ?  Qu’il le veuille ou non, l’être humain est un animal religieux. Même quand il a rejeté Dieu, tout sens du divin,  il n’a rien de plus pressé pour s’imposer que de plagier la religion, surtout chrétienne.  Mais pour mieux la singer, l le fondamentaliste athée doit d’abord supprimer la religion, l’éradiquer, et alors seulement il reprend à son compte ce sacré, ce divin qu’il a tant persécuté, dénigré et ridiculisé. Tous les régimes totalitaires, et en témoignent leurs fêtes, leurs commémorations, leurs devoirs de mémoires … ont réinventés une « liturgie, un clergé et ses desservants, des dogmes ». La Révolution française et sa fête de l’Etre Suprême avec sa grotesque Déesse Raison, le marxisme, le communisme, voire même les manifestations de syndicats, le national-socialisme et leurs imposants défilés, façon processions chrétiennes, avec force étendards, portraits des « grands de leur clergé », en somme leurs bannières, leurs icônes en sont bien les preuves. La République française et ses « valeurs », a aussi ses dogmes, ses saints panthéonisés, sa liturgie, ses desservants et prophètes. Et que dire de la franc-maçonnerie dont les rituels sentent très fort le plagiat de rituels chrétiens. L’homme, s’étant privé du vrai Dieu, a un besoin vital de s’inventer des dieux, alors où est l’athée ?…

 ATHEISME FORT  ET  ATHEISME  DOUX

Chateaubriand distingue deux sortes d’athées : « Les premiers, conséquents dans leurs principes, déclarent, qu’il n’y a point de Dieu, point de différence entre le bien et le mal, que le monde appartient au plus fort et aux plus habiles, et du moins, ceux-ci sont francs, s’ils sont atroces. Les seconds sont les honnêtes gens de l’athéisme, les hypocrites, absurdes personnages, mille fois plus dangereux que les autres, et qui avec une douceur feinte se porteraient à tous les excès pour soutenir leur système. Les mots de morales et d’humanité sont incessamment dans leurs bouches, aux vices de l’athée, ils joignent l’intolérance du sectaire, et l’amour propre de l’auteur.

Ces hommes prétendent que l’athéisme ne détruit ni le bonheur, ni la vertu, et qu’il n’y a point de condition où il ne soit ainsi profitable d’être incrédule que d’être religieux : c’est ce qu’il convient d’examiner.

Si une chose doit être estimée en raison de son plus ou moins d’utilité, l’athéisme est bien méprisable, car il n’est bon à personne.

Nous constatons que Chateaubriand est d’une remarquable sévérité pour l’athéisme. Il ne lui accorde aucune circonstance atténuante, aucun crédit. Pour mieux encore nous en persuader, il conclut son chapitre sur le sujet par quelques  derniers  traits, genre « coups de grâces sans appels » :

« L’athéisme ne vous apporte que de honteuses exceptions, il n’aperçoit que des désordres, des marais impurs, des volcans, des bêtes nuisibles ; et comme s’il cherchait à se cacher dans la boue, il interroge les reptiles et les insectes, pour lui fournir des preuves contre Dieu.

 La religion ne parle que de la grandeur et de la beauté de l’homme. L’athéisme a toujours la lèpre et la peste à vous offrir.

La religion tire ses raisons de la sensibilité de l’âme, des plus doux attachements de la vie, de la piété filiale, de l’amour conjugal, de la tendresse maternelle. L’athéisme réduit tout à l’instinct de la bête ; et pour premier argument de son système, il vous étale un cœur que rien ne peut toucher. Enfin la religion soutient que nos maux auront un terme ; elle nous console, elle essuie nos pleurs, elle nous assure d’une autre vie.

Assurément, cette sévérité de Chateaubriand peut surprendre, choquer, tant nous connaissons tous des athées qui ne répondent point à ces tableaux. Ce que Chateaubriand nous dit, ce sur quoi il nous met en garde, c’est le néant absolu qu’engendre l’athéisme, rendant bien dérisoire notre éphémère passage sur cette terre, l’inutilité de notre vie, de tout effort transcendant qui sublime, menant à la conclusion que finalement nous bâtissons sur du sable.  A l’appui de ses dires, il  nous livre cinq exemples de la vie humaine qui n’ont que faire de l’athéisme comme valeur réglant le temps qui passe :

Les pauvres et les infortunés de la vie, car ils sont la majorité sur la terre. Et d’interroger : « Eh bien ? Innombrable famille des misérables, est-ce à vous que l’athéisme est utile ?

Le soldat, qui offrant sa vie devient héros et enfant de la gloire, et ne pourrait consentir à finir dans le désespoir du néant.

L’homme d’Etat, les « Grands capitaines », ceux qui sont appelés à être l’élite de leur peuple, qui somme toute reconnaissent « qu’ils n’auraient aucun pouvoir s’il ne l’avait été donné d’En Haut ».

Le héros chrétien, qui sait que le peuple qu’il défend  le regarde comme un père.

La femme, que le ciel forma pour la vertu et les sentiments les plus mystérieux, la pudeur et l’amour ».

Et de conclure : « que l’homme heureux n’a aucun intérêt à être athée, que l’athéisme n’est bon pour personne ».

Il est assez instructif de contempler lors de commémorations républicaines ou autres, de catastrophes  ou de drames (attentats), les fameuse minutes de silence. Etonnants instants, semblant être des éternités, vides de tous sens, éloquents visages et postures d’acteurs qui jouent une mauvaise pièce.  Eh quoi ! que prétendent-ils donc honorer en ces minutes ? Un cadavre, de la poussière, une mémoire dissoute dans le néant ?  Pour un athée logique avec lui-même, puisqu’il n’y a pas de Dieu, puisqu’il n’y a que le néant après la vie, il est permis de se demander à quoi donc peut-il songer ?  Et que dire de ces  tristes liturgies plagiant les processions de jadis en marches blanches avec force bougies, fleurs et dérisoires ex-votos, discours vides de toute espérance -puisque Dieu n’existe pas- et que le néant s’inscrit dans l’avenir.  Nos anciens, devant une tombe, devant le défunt se rappelait que si en ce jour ils pleuraient un mort, demain ce serait eux que l’on pleurerait, comme le disait, sans vains détours, l’adage inscrit à l’entrée de beaucoup de nos cimetières et sur le fronton de nos ossuaires : « Hodie mihi, cras tibi » (Aujourd’hui moi, demain toi). Oui, nos anciens savaient que si l’on pouvait nier Dieu, on ne pouvait nier la mort, jouer avec elle, et que celle-ci allait, le jour où il lui plairait, nous mettre face à face avec celui dont on prétendait qu’Il n’existait pas.

Mais, à bien réfléchir, l’athée n’est-il pas inconsciemment en contradiction avec lui-même. Sa philosophie est la négation même de Dieu, alors pourquoi déploie- t-il tant d’efforts pour nier ce qui d’après lui n’existe pas ? Sa négation est au fond une reconnaissance que Dieu existe, car il est vain de nier et de combattre le néant. Ainsi donc, comme le dit Chateaubriand, l’athéisme est non seulement un danger pour l’athée, mais prouve combien cette idéologie est inutile, puisqu’elle désarticule la conviction du négateur de Dieu, et renvoie l’intéressé à son propre néant mental. Nos sociétés, désormais notre civilisation ex-chrétienne,  sont dans cet avenir qui à vrai dire n’en est pas un, puisqu’elles se précipitent avec une délectation suicidaire vers ce néant qu’elles chérissent tant.

Chateaubriand, en 11 pages, règle à l’athéisme  son compte, et d’autant mieux qu’il vient, avec la Révolution, de voir où mène cette folie des hommes qui ont prétendus signifier son congé à Dieu, et le remplacer par de grotesques et meurtrières idoles.

Et sa conclusion tombe comme une condamnation sans appel :

« Dans le culte abominable de l’athéisme, les douleurs humaines font fumer l’encens, la mort est le sacrificateur, l’autel un cercueil, et le néant la divinité ».

En résumé, Chateaubriand nous déconseille d’endosser les habits de l’athéisme, tristes loques qui défigurent l’homme, de mettre nos pas dans ses voies qui ne sont que des impasses mortelles.  Si nos élites (mais y en a-t-il encore ?)  se devaient d’avoir un livre de chevet pour guider leurs actions, le Génie du Christianisme serait en bonne place sur leur bureau, nous aurions alors des saints qui nous dirigent. Mais là… nous rêvons tout en abordant le domaine de l’Espérance vers la conversion…

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Prochain article : De l’Espérance et de la Charité.

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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Un commentaire

  1. Bioéthique: en deux lignes, la guerre n’est pas perdue, voici pourquoi et comment: je dis bien, en deux lignes:

    a) pour faire tourner une civilisation, il faut un logiciel laïc, d’essence divine: c’est la Règle de Saint Benoit;

    b) pour détruire une civilisation, il faut un logiciel laïc, d’essence satanique: c’est la Franc-Maçonnerie.

    Voulez-vous en savoir plus , à savoir une note de 12 pages ? Sinon , inutile de tendre la sébile .

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