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Nos défunts & le cimetière : au bord mystérieux de l’au-delà

En cette Fête de la Toussaint et du 2 novembre, il était naturel de parler de nos défunts. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer la beauté de nos cantiques bretons pour les défunts : Tremen ‘ra pep tra, Baradoz dudius, Kantik ar baradoz, Gwerz ar Purgator, Kristenion vat, et bien d’autres, tous évoquant le sablier qu’est la marche du temps, rendant éphémère tous les biens de ce monde, la beauté et bien sûr notre vie même, et l’existence des êtres qui nous sont chers. Autant de rappels à une inéluctable réalité que la liturgie des défunts de l’Eglise nous propose.

« La vieillesse arrive, demain la solitude, après-demain la mort : mais mourir c’est voir Dieu. Se plaindre de mourir, c’est se plaindre d’être homme. Chaque jour le détruit, chaque instant le consomme. Que de printemps passés avec les fleurs ! Que de feux morts et que de tombes closes ! »

 « C’est le berceau de l’espérance – C’est la fleur qui s’épanouit – C’est le terme de la souffrance – C’est le soleil après la nuit – C’est l’immortalité ! C’est Dieu ».

« La mort a des rigueurs à nulle autres pareilles – On a beau la prier – La cruelle qu’elle est, se bouche les oreilles – Et nous laisse crier.

 « Nous avons quatre mots pour désigner ceux qui ne sont plus ; nous disons indifféremment : mort, décédé, défunt, trépassé. Pourtant, si les quatre mots revêtent une même réalité, ils expriment aussi une distinction entre les êtres.

croix celtique
Photo GL / Ar Gedour (Droits réservés)

Le mot mort signifie exactement la cessation de la vie, sans distinction entre les êtres. Le terme “décès” vient du latin « cedere » qui signifie quitter la place, la céder à un autre. Avec le défunt, apparaît l’idée morale. Le défunt est celui qui a achevé de remplir sa fonction en ce monde. Le mot trépas est le vrai mot chrétien. Il exprime l’idée de passage d’une vie à une autre. Trépasser, c’est passer outre ; c’est entrer dans le monde des esprits et dans l’éternité.

Autrefois, les cimetières précédaient et encadraient les cités des vivants, c’est-à-dire les églises. C’étaient un bien utile enseignement pour tous : “Il vient le jour où nous serons au cimetière, prisonniers dans les murs étroits d’une humble maison de bois”.

Tous ces morts ont vécu –Toi qui vis, tu mourras – Dans ce monde éphémère, tout est rêve et chimère – Rien n’est sûr que la mort ».

En Bretagne, du moins il en était encore ainsi il y a peu, le terme de Trépassé, était en usage.  En se rendant à la messe, personne ne pouvait se soustraire à passer devant les… Trépassés : Hodie mihi, cras tibi (Aujourd’hui à moi, demain à toi), proclame l’inscription sur certains ossuaires.

L’Eglise, le Mercredi des Cendres, nous rappelle lorsque le prêtre nous impose les cendres sur le front que nous ne sommes que de passage sur cette terre : « N’oublie pas que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » dit-il, s’il n’a pas opté pour l’autre formule proposée par le Novus Ordo (Convertis-toi et crois à l’Evangile). La liturgie de l’Eglise et nos cantiques bretons redisent avec insistance cette vérité quant à nos fins dernières. Mais, cette insistance laisse toujours la place à une autre, l’Espérance de l’infinie miséricorde divine, de la vie éternelle. Autrefois, au Nouvel An,  entre bien des vœux, on ne manquait pas de souhaiter hag ar baradoz e fin o puhez (Le Paradis à la fin de nos jours), mais c’était une époque où la mort faisait partie de la vie, où l’on ne pouvait prétendre la congédier, voire même l’anticiper dans son office, autant dire un autre monde…

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À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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Un commentaire

  1. Ur bloavezh mat souhetan deoc’h,
    Yec’hed ha prosperite
    ha kalz re all gante
    Hag ar Baradoz e fin ho puhez.

    Je vous souhaite une bonne année,
    Santé et prospérité
    Et beaucoup d’autres choses avec
    Et le Paradis à l afin de votre vie.

    On notera que le Paradis ne vient qu’à son heure, après une vie (supposée longue – la santé! – et heureuse – la prospérité, et plus encore!). Nos aieux d’hier considéraient la vie comme appréciable mais
    savaient la considérer dans son contexte ou sa perspective globale: l’Eternité dans l’intimité divine.

    Quand un enfant de sept ou huit ans souhaitait celà à un ainé, et parfois à une vieille femme en coiffe (je parle pour ma génération), il faisait de la théologie sans le savoir. Il y fallait parfois un peu de courage (oui!) mais celà restait une expérience à mon sens structurante.

    Après tout, l’on n’est pas si loin du psaume 103, 4 et 5

    Eñ az kurunenn gant gras ha trugarez
    Eñ a leugn da ene gant madoù e-leizh

    (traduction Maodez Glandour)

    il me couvre d’amour et de tendresse.
    Il remplit de bienfaits mes vieux jours

    (traduction française, source internet)

    Et puis, en français il n’existe rien d’équivalent à la formulette bretonne. C’était donc en plus un plongeon dans la culture bretonne, et sa langue!

    A galon deoc’h

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