Saints bretons à découvrir

“Trañs”, un album live unique, inédit et incroyable de Denez

Ca vient de sortir et c’est juste décoiffant ! On connaissait ses expérimentations notamment avec Dao Dezi, puis son avancée vers d’autres sphères plus acoustiques, mêlant avec talent les harmonies des peuples du monde à la musique traditionnelle bretonne, sur des textes profonds et enracinés. Mais c’est avec le Festival Yaouank, le plus grand fest-noz du monde qui a lieu chaque année à Rennes, que Denez a repris avec un style parlant aux nouvelles générations, avec une formule live fusion puissante qu’il livre dans un coffret unique sous forme de digipack quatre volets avec livret-poster et blister transparent…en série limitée de 2500 exemplaires !

Entre plusieurs projets (tournée Mil Hent, tournée avec l’Orchestre Symphonique de Bretagne, Iliz Tour…) DENEZ est depuis les années 2000 le Breton le plus connu (B.O. La Chute du Faucon Noir, Les Seigneurs, South Park et tout récemment la série Hawaii 5-0…).  Il est aussi l’artiste breton le plus en vue sur internet avec 120 000 écoutes mensuelles sur Spotify et près de 50 millions de vues sur Youtube…

Rappelez-vous les tentatives de Rave Noz, avec des artistes comme Alan Stivell entouré des Tambours du Bronx, Arkàn et les sons de Pascal Lamour, …  C’était en 1997. Denez avait déjà développé avec Dao Dezi une approche considérant la proximité entre la musique bretonne et la musique électronique, sa répétitivité. Depuis, nombre d’artistes bretons ont embrayé le pas et tenté des expériences similaires, comme dernièrement le nouveau groupe Nozzy ou encore Hejañ (avec la complicité de Jean Herrou ici).

Avec Denez Teknoz Projekt, la transe du Kan ha Diskan en parfaite harmonie avec celle de la techno !!! Une formation littéralement EXPLOSIVE réunissant quatre maîtres du genre : Denez au chant (révélation des Trans 92 – festival des Vieilles Charrues, Stade de France), Fred Guichen à l’accordéon diatonique (Ar Re Yaouank…), James Digger – le beatmaker qui avait déjà réalisé pour lui le clip An Old Story – aux machines (Rockin ‘Squat « Assassin »…) et Antoine Lahay aux guitares (Karma…).

Denez avait déjà officié avec James Digger sur quatre titres remixés. L’expérience est ici renouvelée et, si au départ le mariage diato / techno semble anachronique, vous dépassez rapidement le stade de l’étonnement pour vous laisser emporter dans un tourbillon trañs qui a trouvé une maturité dans le son électro et son alliance trad. C’est tout simplement prenant, et la dernière fois que j’avais vécu un tel moment musical, c’est avec Ar Re Yaouank, ce groupe qui dégageait une telle énergie que vous ne dansiez plus : vous vous envoliez. C’est cette énergie que l’on retrouve dans cet album de Denez aux 7 titres dont plusieurs issus du répertoire traditionnel breton. Les connaisseurs retrouveront par exemple le Kost ar c’hoad popularisé par Alan Stivell (Olympia 72), un plinn bien connu qui a autant de punch que la version Goadec Rock (Alan Stivell – Emerald) ou encore le titre Garnison Lannuon extrait de l’album Sarac’h, dont l’accompagnement sonore lui donne une toute autre envergure sous le nom d’Elektrovor.

Et après on vous dit que la musique bretonne n’a pas sa place sur les radios ! Et après on vous dit que la musique bretonne ne s’adresse pas aux nouvelles générations ! Le tildé sur le ñ du titre de l’opus démontre tout le contraire, livrant à la génération du petit Fañch et même aux autres un disque d’anthologie montrant que la musique bretonne n’est pas fossilisée, et dégage au fil des siècles des énergies nouvelles dynamisant nos festoù-noz, et pas seulement.

Les puristes ne se retrouveront sans doute pas dans ce disque, mais comme le dit Denez comme un barde au-delà des âges, “cet album montre ainsi qu’il est tout à fait possible d’être ancré dans une tradition très ancienne tout en étant à la pointe de l’avant-garde en matière de musique”.

© Eric Legret

Denez, pourquoi cette envie de sortir un album live ?

À la suite de mon passage avec James Digger, Fred Guichen et Antoine Lahay sur la scène du Fest-Noz Yaouank, de nombreuses personnes m’ont demandé si je prévoyais de faire un disque où figurait le répertoire que nous y avions joué. Je ne l’avais pas prévu mais je me suis dit : « Pourquoi pas ? »

Par chance, Nicolas Rouvière, qui sonorise mes concerts et enregistre mes albums, avait capté notre prestation sur multi-pistes. J’ai écouté le résultat dans son studio et j’ai pensé qu’il n’était pas nécessaire de réenregistrer les titres pour en faire un album studio car je disposais de suffisamment de matière pour un live. L’editing et le mixage ont eu lieu peu après alors que nous tous étions encore dans l’aura du concert. C’est ainsi, un peu par hasard donc, et rapidement, que cet album a vu le jour.

Y perçoit-on les sensations que vous avez eues sur scène à Yaouank ?

Avec du recul, je pense avoir fait un bon choix car on y trouve une énergie qu’il est impossible d’avoir en studio. Il est en cela en parfaite adéquation avec l’esprit festif du Fest-Noz et de la Rave. On y ressent toute l’adrénaline que nous avions sur scène ainsi que le retour du public, le tout, réverbéré dans le grand hall du parc expo de Saint-Jacques-de-la-Lande. Cette adrénaline est d’autant plus perceptible que c’était, aux musiciens qui m’accompagnent et à moi, notre première prestation à proprement parler. Cela fait en quelque sorte de cet album un « one shot » !

Que trouve-t-on dans ce nouvel album ? À qui s’adresse-t-il ?

Il faut voir ce disque comme l’instantané d’un moment de partage intense avec le public présent ce soir-là. Il lui est destiné, comme aux gens qui n’ont pas pu être présents. Il peut s’adresser également à un public plus large que celui de la musique bretonne et notamment aux adeptes des Rave Party.

Quel message vouliez-vous donner avec “Trañs” ?

La rencontre de la techno et de la musique bretonne à danser m’apparaît depuis longtemps comme une évidence. Toutes deux puisent dans l’inconscient collectif des composants menant à la transe tels la répétition (chant et contre-chant d’un côté, boucles et gimmicks de l’autre), la vitesse rythmique, le faible écart entre les notes (composants que l’on trouve également dans d’autres musiques traditionnelles ancestrales, africaine notamment).

Cet album montre ainsi qu’il est tout à fait possible d’être ancré dans une tradition très ancienne tout en étant à la pointe de l’avant-garde en matière de musique.

 

© Eric Legret

Pourquoi cet objet rare ?

Le fait que le photographe Éric Legret ait pris des photos de notre prestation ce soir-là a également influé sur ma décision de sortir cet album car en plus d’un son de qualité, je pouvais disposer de belles images qui allaient me servir pour faire la jaquette du disque.

On trouve dans la pochette plusieurs photos. Vu de l’extérieur, nous avons voulu un objet à l’esthétique soignée, grâce par exemple à un fourreau transparent et des effets de superposition.

Quant au choix du titre Trañs, il m’est venu naturellement. Il s’agit d’une fusion entre les mots « Trans » et « Dañs » avec le tilde sur le «ñ» très caractéristique de la langue bretonne qui peut être également perçu ici comme un ”pied-de-nez“ à la polémique qu’il engendre aujourd’hui.

Pour commander l’album, faites-le via Coop Breizh pour l’avoir en format physique, ou via ce lien partenaire Amazon pour l’avoir en MP3. En commandant via ce lien partenaire, vous soutenez Ar Gedour.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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