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Retour sur le pèlerinage Feiz é Breizh (2nde partie) : de Bieuzy Lanvaux jusqu’à sainte Anne

Après la première partie publiée ici, nous poursuivons le récit du pèlerinage. Son itinéraire passant dans des lieux chargés d’histoire et marqué par le souvenir de nos saints bretons, c’est l’occasion d’en dire quelques mots.

Eil lodenn  : A Vihui betak Keranna

Au milieu de la nuit se lève une tempête avec des trombes d’eau dont profitent en premier les pèlerins se rendant à l’adoration nocturne ou en revenant qui se retrouvent trempés. Le réveil et le démontage du bivouac se passent dans la bonne humeur malgré la pluie et le vent. Puis la colonne des chapitres se remet en route à l’abri de la forêt de Floranges en redescendant des Landes de Lanvaux.

Le manoir de Kergall en Brandivy (crédit photo : Feiz e Breizh)

En milieu de matinée, la première halte se fait près du splendide manoir de Kergall (commune de Brandivy) modèle d’architecture de la noblesse bretonne aux XVème et XVIème siècles. Fondé par la famille de Lantivy, il fut par la suite propriété de la famille Daniélo qui au XVIème siècle donna deux archidiacres au diocèse de Vannes : Jean (de 1514 à 1540)  qui fit bâtir la chapelle du Saint Sacrement de la cathédrale de Vannes (rotonde renaissance) qui abrita pendant longtemps le reliquaire et la tapisserie de saint Vincent Ferrier ; puis son frère, Pierre Danielo, (archidiacre de 1540 à 1547) aussi abbé commendataire de l’abbaye voisine de Lanvaux, qui fit agrandir le manoir et lui donna son aspect actuel.

Les chapitres se remettent en route :

Pendant la marche, des prêtres sont à la disposition des pèlerins pour les confessions. Il existe aussi un chapitre pour les enfants.

Passage au bourg de Brandivy :

Sant Dewi/ Dewi Sant

Brandivy, (en breton Berdewi, la colline de Dewi) ancienne trève (succursale) de la paroisse de Grandchamp (Gregam en breton) était primitivement sous le patronage de saint Dewi (forme britonnique de David) saint breton du VIème siècle honoré des deux côtés de la Manche ; c’est le patron du pays de Galles (Dewi sant en gallois) souvent représenté avec un poireau, car il incitait ses moines à cultiver la terre pour obtenir leur propre nourriture.

Né vers 500 et mort vers 589, moine et prédicateur en Bretagne insulaire et continentale, il fut évêque de Caerleon au pays de Galles, d’où il transféra le siège épiscopal à Mynyw (Ménévie en français) sur la pointe ouest du pays de Galles, lieu aujourd’hui appelé Tyddewi (la maison de Dewi), soit en breton Ti Dewi. En anglais, cette ville se nomme Saint David’s.

Il est honoré en Bretagne sous diverses variantes : Dewi, Divi, Ivi. Son culte est attesté non seulement à Brandivy, mais aussi à Pontivy, Saint-Ivy, Loguivi, Portivy…

Il est toutefois possible qu’il ne s’agisse pas du même saint que notre  Dewi, mais d’un, voire plusieurs homonymes tombés dans l’oubli et remplacés par ce saint plus célèbre.

Le Cardinal de Coëtivy

Dewi, saint patron du Pays de Galles, estampe de Xavier de Langlais (musée de Bretagne à Rennes)

Saint Dewi a aussi prêté son nom à plusieurs célèbres familles de la noblesse bretonne : les Lantivy (en breton, le monastère de Divy) ou les Coëtivy (le bois de Divy)

Un des membres les plus célèbres de cette famille est le cardinal Alain de Coetivy (1407-1474) prince de l’Eglise cumulant sans vergogne les charges et bénéfices ecclésiastiques tout en résidant à Rome : Il fut tour-à-tour et simultanément chanoine de Léon, évêque de six diocèses en Bretagne, en France et en Italie, abbé commendataire de deux abbayes (dont celle de Redon), titulaire de 5 prieurés, de 4 paroisses, ainsi que de nombreux autres petits bénéfices. Créé cardinal de la basilique sainte Praxède à Rome, il est y est enterré et l’on peut toujours y voir son gisant.

Malgré son apparente cupidité, son népotisme et son clientélisme effrénés (à l’image d’une bonne partie des prélats de son temps), il était un excellent gestionnaire et diplomate qui plaçait les bonnes personnes au bon endroit et savait user de son influence et de sa fortune personnelle pour de bonnes causes et la plus grande gloire de Dieu: il fut légat pontifical auprès du roi Charles VII et du duc de Bretagne Pierre II pour les convaincre de monter une croisade contre les Turcs ou à défaut d’envoyer quelques secours aux Chrétiens d’Orient.

Gisant du Cardinal Alain de Coetivy, basilique sainte Praxède de Rome

Les Bretons lui doivent aussi beaucoup, car c’est lui qui fut chargé par le pape Callixte III du procès de canonisation de saint Vincent Ferrier, si bien que ce procès ne dura que deux ans ! Ce fut lui aussi qui effectua en personne la levée du corps de saint Vincent à la cathédrale de Vannes en 1456, soit un an après sa canonisation.

La collégiale N.D du Folgoët, toute proche de Plouvien, sa paroisse natale, bénéficia de ses largesses et le pèlerinage s’y développa considérablement grâce à lui.

Toutefois, son action la plus bénéfique pour les Bretons fut d’avoir obtenu vers 1450 du pape Nicolas V que fut érigée la paroisse saint Yves des Bretons à Rome pour ses compatriotes, elle demeure encore l’église nationale des Bretons, fondée à une époque où la Bretagne était encore indépendante.

 

(photo : communes.com)

Saint Aubin, « nouveau » patron de Brandivy

Reconstruite à la fin du XIXème siècle, l’église de Brandivy, quoique sobre et coquette, ne brille pas par son caractère. À une date inconnue, le patronage de saint Aubin s’y est substitué à celui de saint Dewi.

Saint Aubin (Albin en breton) est né vers 470 à Languidic (Langedig en breton, diocèse de Vannes) de nobles parents bretons installés en Armorique. Il quitta la Bretagne et devint moine puis abbé de Nantilly près de Saumur et fut ensuite élu évêque d’Angers. Il était réputé pour son zèle apostolique intraitable qui dérangeait souvent les puissants. Si bien qu’au concile d’Orléans en 511, les autres évêques le considérèrent comme un peu trop sévère et pas assez arrangeant. Il fut ami et protecteur de saint Tudwal, son compatriote, premier évêque de Tréguier et lui servit d’interprète au concile d’Angers en 540. Saint Aubin mourut en 550 et son culte se répandit partout en France où de nombreuses églises lui sont dédiées.

 

Sur la route de Plumergat

Au sortir du bourg, on aperçoit en contrebas, sur les flancs escarpés de la vallée du Loch, une chapelle dédiée à N.D de Lourdes, avoisinant une reconstitution de la grotte, comme il y en a tant en Bretagne. On en compte plus d’une vingtaine rien que pour le diocèse de Vannes. La grotte et la chapelle furent bâties en 1910 à l’initiative de l’abbé Le Leuch, alors recteur de la paroisse sur un site ressemblant naturellement à la grotte de Massabielle. Les Bretons sont en effet aussi attirés par les dévotions plus lointaines en plus de celles de leurs saints du pays et les acclimatent très bien chez eux. À Lourdes même, il est impossible pour les pèlerins du monde entier de ne pas voir le monumental calvaire des Bretons offert par les 5 diocèses de Bretagne qui se dresse depuis 1900 à l’entrée du sanctuaire, oeuvre de l’atelier d’Yves Hernot, le sculpteur trégorois aux mille calvaires.

 

Plumergat (Pluergad en breton)

Les pèlerins y font une dernière halte avant le repas de midi à Gornevec.

Les paroisses dont le nom commence par Plou, Plu, Pleu sont dites paroisses primitives ; ce sont les premières paroisses fondées par les saints fondateurs bretons aux Vème et VIème siècles. Elles étaient à l’origine de très grande taille et furent par la suite subdivisées au cours des siècles en  de multiples nouvelles paroisses. À titre d’exemple, la paroisse primitive de Plumergat comprenait en plus de la paroisse actuelle, celles de Grandchamp, Locmaria-Grandchamp, Brandivy et Mériadec.

Le préfixe de Plou vient du latin plebs signifiant peuple, auquel est ajouté le nom du fondateur. En ce qui concerne Plumergat, celui-ci a été oublié. Certains croient y reconnaître saint Ergat, fondateur de Pouldergat, près de Douarnenez, ou bien un certain Maelcat (en vieux breton, prince du combat) ce qui paraît assez peu probable. Il faudrait plutôt chercher un fondateur s’appelant Morgat (du vieux breton mor : grand, et cat : le combat) car c’était un prénom encore attesté au XIème siècle et il existe d’ailleurs un lieu-dit Morgat dans la paroisse de Plumergat, similaire au toponyme de la paroisse de Morgat sur la presqu’île de Crozon.

À une date inconnue, l’église changea de titulaire comme à Brandivy. Ici, ce fut saint Thuriau qui devint de saint patron.

À noter que cette paroisse de Plumergat eut l’honneur d’accueillir en 1664 une mission prêchée par le Bx Julien Maunoir, apôtre de la seconde évangélisation de la Bretagne au XVIIème siècle, lui qui reçut de Dieu le don de la langue bretonne pour annoncer l’Evangile.

 

église saint Thuriau de Plumergat (photo : office de tourisme de la Baie de Quiberon)

L’église et son patron saint Thuriau

L’église, probablement bâtie sur un ancien lieu de culte druidique, est remarquable tant par son ancienneté, son aspect que par le voisinage de deux chapelles, ce qui a fait surnommer Plumergat: « le bourg aux trois clochers » l’une des deux chapelles est dédiée à la sainte Trinité (XVème-XVIIème siècle) et l’autre à saint Servais, fut bâtie en 1610 par un riche paysan qui était allé en pèlerinage sur le tombeau du saint à Maastrich.

Les origines de l’église sont fort anciennes : la nef date des XI-XIIème siècles et possède de beaux chapiteaux romans. La tour fut bâtie au XIVème siècle et surmontée d’un clocher en charpente à bulbe aux XVIIème et XVIIIème siècles.

 

Saint Thuriau

 (Turiaw en breton) vécut entre le VIIème et le VIIIème siècle. Jeune berger gardant les troupeaus de ses parents, il fut attiré par la vie monastique et entra au monastère épiscopal de Dol et fut préconisé par son vieil évêque-abbé Tiernmael (chef-prince en vieux-breton) pour lui succéder et devint un évêque de Dol très renommé pour sa piété et son sens de la justice, si bien qu’il est honoré dans de nombreuses églises et chapelles à travers toute la Bretagne sous divers noms : Thurial, Thurien, Urien, Tivisio. Il est aussi invoqué en-dehors de Bretagne, car en 878, les moines de Dol emportèrent son corps dans leur fuite devant les raids des Vikings, et ses reliques furent dispersées en plusieurs lieux : l’église abbatiale saint Germain des prés à Paris et la cathédrale de Chartres. Elles y seront détruites à la Révolution, si bien qu’il n’en reste presque plus rien. On retrouve aussi la trace de son culte en Normandie à Saint-Thurien, petit village de l’Eure où probablement une de ses reliques était arrivée.

C’est le cas pour un certain nombre de saint Bretons dont les reliques ont été emportées par les moines dans leur fuite lors des incursions normandes qui ont contribué à répandre leur renommée et leurs miracles bien au-delà des frontières de Bretagne.

 

L’arrivée à Gornevec

Sous les averses et les bourrasques, les pèlerins, peu après être sortis du bourg de Plumergat, aperçoivent au loin le clocher de la basilique de sainte Anne surmonté de la statue de leur bonne patronne. Chaque chapitre s’arrête alors et s’agenouille pour une brève prière. On dit le O Mater patriae, antienne du Magnificat des secondes vêpres de sainte Anne, écrit par Dom Guéranger, premier abbé de Solesmes : « Ô Mère de la Patrie, très puissante Anne, soyez le salut de vos Bretons, gardez-leur  la foi, fortifiez leurs moeurs, donnez-leur la paix par votre sainte intercession. »

L’arrivée à Gornevec se fait sous le vent dans la pluie, les pèlerins se serrent contre le chevet de la chapelle pour se mettre à l’abri du vent pour la halte du repas après la prière de l’Angelus latin-breton.

Ils se rassemblent ensuite dans la chapelle pour la dernière prière avant de se rendre au sanctuaire.

 

La chapelle N.D de Gornevec

Bâtie aux XVème et XVIème siècle sur l’emplacement d’une chapelle plus ancienne, son pardon est célébré le dernier dimanche d’août. Il était jadis fréquenté par les nourrices qui venaient demander d’avoir un lait très abondant. On y amenait aussi les chevaux pour qu’ils soient bénis et protégés des maladies.

Cette chapelle a commencé à tomber en ruine en 1920, faute d’entretien et suite à l’effondrement du clocheton qui a entraîné peu à peu la chute de la charpente. À partir de la fin des années 80, les habitants du quartier se sont mobilisés avec l’aide de l’association Breiz Santel, spécialisée dans le sauvetage et la restauration des chapelles en péril. La charpente avec ses entraits ainsi que les sablières sculptées fut  entièrement refaite à l’identique, de même que les vitraux. La façade ouest, construite sur des fondations insuffisantes, fut entièrement démontée et remontée pierre par pierre, les statues furent alors aussi refaites à l’identique, les originales étant conservées au sanctuaire de sainte Anne.

Cet exemple admirable de Gornevec parmi tant d’autres nous montre la fragilité de notre patrimoine : il suffit de peu de temps et de beaucoup de négligence pour que nos chapelles tombent en ruine et il faut beaucoup de temps et de moyens pour les relever.

Par bonheur, il existe dans toute la Bretagne des centaines de comités de chapelle vigilants et motivés qui se démènent pour leur entretien et leur restauration. Pour mémoire, il existe en Bretagne plusieurs milliers de chapelles.

 

L’ultime étape vers sainte Anne

Les pèlerins se remettent en route vers la basilique qui est toute proche. Pendant ce dernier kilomètre, les cantiques à la Vierge et à sainte Anne alternent avec les dizaines de chapelet récitées aux intentions données par les pèlerins. Ceux-ci longent le mur d’enceinte du sanctuaire pour se regrouper à la Scala Sancta, édifiée par les PP. Carmes en 1662. Elle servaitt alors à la fois de porche d’entrée, de lieu pour célébrer la messe en plein air et de lieu de dévotion où l’on gravissait les marches à genoux, comme à la Scala Sancta du Latran à Rome. Elle fut entièrement démontée en 1870 puis reconstruite un peu plus loin pour donner une meilleure perspective visuelle à la nouvelle basilique remplaçant depuis 1872 la modeste chapelle bâtie par Yvon Nicolazic.

Photo FéB (DR)

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Histoire du pèlerinage de sainte Anne d’Auray

Photo Ar Gedour (DR)

Il serait trop long de détailler l’histoire du pèlerinage de sainte Anne d’Auray.

Pour résumer, sainte Anne, la mère de la Vierge Marie est apparue de 1623 à 1625 à Iwan Nikolalig, pieux paysan de Keranna en la paroisse de Pluneret, qui ne parlait que le breton, pour rebâtir la chapelle qui lui était dédiée aux premiers temps de l’arrivée des Bretons en Armorique et qui était ruinée « depuis 924 ans et 6 mois ». Bien avant l’avènement du Christianisme, les Celtes honoraient la déesse Dana ou Anna, la Mère nourricière. C’est pourquoi le lieu des apparitions, à l’emplacement de l’ancienne chapelle fut nommé la Bocennno : en breton Er Bosenneù, lieu des bosses de fécondité : par une providentielle homonymie, cette déesse-Mère de fertilité fut remplacée par Anne, Mère de la Vierge (Hannah, signifiant grâce en hébreu) et fut très tôt honorée des deux côtés de la Manche. En Irlande, on trouve deux montagnes jumelles nommées : « Les deux mamelles d’Anna ». Sainte Anne dit à Nicolazic : « J’ai choisi ce lieu, car Dieu veut que j’y sois honorée » : Le 7 mars 1625, Iwan Nikolazig sur les indications de sainte Anne creusa et découvrit avec l’aide de ses voisins l’antique statue de sainte Anne. Après de multiples vicissitudes dues à l’extrême prudence, voire à l’opposition du clergé, suite aux nombreux miracles et à l’affluence des pèlerins, la chapelle fut rebâtie

Par Nicolazic et le pèlerinage confié au PP. Carmes :

« L’affluence du monde qui me viendra honorer en ce lieu sera le plus grand miracle de tous.»

Keranna est devenu rapidement le coeur spirituel de la Bretagne. Lors de la Révolution, les Carmes furent chassés, la chapelle fermée et la statue brûlée par haine de la foi chrétienne. Seule la moitié de la tête de la statue fut sauvée et insérée dans le socle de la nouvelle statue.

Photo E.Caouissin (DR)

Sainte Anne et les papes :

Le sanctuaire national des Bretons continua d’être un lieu de miracles et de grâces, spécialement favorisé par la paternelle bienveillance des papes successifs :

  • Le bienheureux pape Pie IX porta spécialement sainte Anne d’Auray dans son coeur, car de nombreux élèves du petit séminaire comme du collège de Vannes s’enrôlèrent volontairement dans les Zouaves de l’armée papale pour défendre l’indépendance des Etats pontificaux face à l’expansionnisme du royaume du Piémont. Le même pape avait auparavant dit aux évêques bretons en parlant de la langue bretonne : « Gardez, gardez comme la prunelle de votre oeil cette vieille langue qui garde votre foi. »
  • Le 26 juillet 1914, le pape saint Pie X déclara officiellement sainte Anne patronne de la Bretagne et des Bretons.
  • Le 26 juillet 1949, Mgr Roncalli, futur pape saint Jean XIII, alors nonce apostolique en France, présida le pardon de sainte Anne.
  • le 17 juillet 1954, un message radiodiffusé du pape Pie XII aux Bretons, finit par deux des invocations des louanges divines en breton : 

Re vo mélet Kalon Glan Mari !Que soit loué le coeur immaculé de Marie !

Re vo mélet Santéz Anna, Patroméz vad er Vretoned ! / Que soit louée sainte Anne, la bonne Patronne des Bretons !

Retrouvez l’intégralité du message de Pie XII aux Bretons en cliquant ici.

  • Le 20 septembre 1996, Keranna reçut la visite du saint pape Jean-Paul II qui redit avec force en breton plusieurs paroles des messages de Sainte Anne à Nicolazic : « Iwan Nikolazig, n’ho pet ket eun : Me zo Anna, Mamm Mari. An Aotrou Doué e fall dehoñ ma vein-mé inouret amañ. » Yves Nicolazic, ne craignez point. Je suis Anne, mère de Marie. Dieu veut que je sois honorée en ce lieu.

Sainte Anne d’Auray, phare de la culture chrétienne bretonne

Extrait de la BD Keranna (DR)

Dès la fin du XIXème siècle, le petit séminaire de sainte Anne rendit obligatoire l’étude de la langue bretonne pour les futurs prêtres de la partie bretonnante du diocèse de Vannes grâce aux ouvrages des abbés Guillevic et le Goff. Plusieurs poètes et écrivains bretons ont étudié au petit séminaire de sainte Anne.  Le plus grand fut Yehann-Ber Kalloc’h (1888-1917, originaire de l’île de Groix surnommé Bleimor) mort au champ d’honneur. En 1909, l’abbé Job Le Bayon y fonda le « Théâtre populaire breton » pour y créer ses pièces en breton qui eurent alors un immense succès.

Dans le cadre du Petit Séminaire, une bibliothèque bretonne  fut crée. Dans le domaine musical, la musique bretonne y possède depuis longtemps une place de choix : la maîtrise du petit séminaire de sainte Anne enregistra dans les années 50 et 60 plusieurs disques à succès.

Depuis les années 70, y sont célébrées les premières messes intégralement en breton. Tous les ans sont célébrées des messes en bretons à l’occasion du pardon du 26 juillet et du pèlerinage des bretonnants.

 

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La procession vers la basilique

Après s’être rassemblés près de la Scala Sancta, les pèlerins accomplissent sur le modèle des Anciens Bretons le dernier rite avant la messe : la procession. Si d’ordinaire, les processions de nos pardons bretons ne sont pas un rite préparatoire avant la messe mais une action de grâce après les vêpres, il en va autrement à Sainte Anne :

En effet, le pèlerinage de sainte Anne, fut fondé par les PP. Carmes du temps de Nicolazic.

Ceux-ci ont adapté leurs règles et leurs pratiques liturgiques à la piété des Bretons.  C’est pourquoi ils ont construit et aménagé le sanctuaire de sainte Anne selon les traditions locales : les pèlerins bretons, selon leur antique habitude faisaient trois fois le tour de la chapelle et du cloître (dans le sens de la course du soleil) en l’honneur de la Sainte Trinité en chantant des litanies et en se rendant à la basilique (autrefois simple chapelle) C’est ce vieil ordonnancement qui a été respecté lors de notre pèlerinage.

Pendant ces trois tours furent chantées en latin les litanies de sainte Anne, avec après chaque invocation, le répons ora pro nobis (priez pour nous). À l’avant-dernière invocation à sainte Anne, on chanta trois fois :

Sancta Anna, patrona Britónum. Ora pro nobis :
Sainte Anne, Patronne des Bretons. Priez pour nous.

 

La messe pontificale de clôture :

Dans la basilique, les pèlerins marcheurs se sont installés, ainsi que « les pèlerins de la onzième heure » qui ont assurément bénéficié des grâces portées dans la prière et la marche par les pèlerins qui ont cheminé dès le départ. La procession d’entrée commence par les nombreux drapeaux et bannières au chant de « Avèl hon tadeù, ni ‘vo tud a fé » (Comme nos pères, nous serons des gens de foi).

Retrouvez la messe dans son intégralité. Elle avait été diffusée en direct sur la page Facebook d’Ar Gedour, et nous la mettons ici en ligne.

La messe pontificale de la fête de la Saint Michel est célébrée par l’évêque de Vannes, Mgr Centène, selon la forme extraordinaire du rit romain avec beaucoup de faste et de solennité. Les chants grégoriens du propre et de la messe des Anges alternent harmonieusement avec des pièces instrumentales bombarde et orgues et des cantiques bretons dans une basilique bien remplie.

Seul regret : dans son sermon, l’évêque qui a admirablement parlé de saint Michel n’a évoqué ni le pèlerinage, ni la Bretagne…

La messe s’achève après la bénédiction pontificale par l’émouvant cantique Kenavo de Santéz Anna (Au revoir à sainte Anne) puis le O Rouanéz karet en Arvor pendant la sortie. Les pèlerins se dispersent peu à peu pour rentrer chez eux dans l’action de grâce. Rendez-vous est déjà donné pour les 26 et 27 septembre 2020 pour la troisième édition.

Re vo mélet Santéz Anna, Patroméz vad er Vretoned !
Que soit louée sainte Anne, la bonne Patronne des Bretons !

Retrouvez ci-dessous le reportage du service communication du Diocèse de Vannes.

À propos du rédacteur Uisant ar Rouz

Très impliqué dans la culture bretonne et dans l'expression bretonne dans la liturgie, Uisant ar Rouz met à disposition d'Ar Gedour et du site Kan Iliz le résultat de ses recherches concernant les cantiques bretons, qu'ils soient anciens ou parfois des créations nouvelles toujours enracinées dans la Tradition.

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2 Commentaires

  1. Bennozh evit an holl draoù kaer bet kontet ganeoc’h aze. Ur “Pluvaogad ” / “Pluvalgad” (Plumaugat) er Poudouvr, nepell eus Dinan, eskopti Sant-Mac’hloù

  2. Bennozh…Ur “Groñvelad” (Glomel) e Bro-Fisel, nepell eus Rostren, eskopti Kemper

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