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UNE ARME DE DEBRETONNISATION : LA «CASQUETTOMANIE»

En 1930, le Marquis de l’Estourbeillon ( 1858-1946), fondateur et président de « l’Union régionaliste bretonne », écrivit en 1930 un petit livre fort intéressant et très pertinent sur la décadence, la disparition des costumes bretons, confrontés aux « Modes parisiennes » envahissantes (1). Si l’on excepte quelques situations tenant aux contextes de l’époque, son texte reste sur bien des points d’actualité.

Le Marquis de l’Estourbeillon avait un verbe et une plume qui étaient loin de l’image que des nationalistes bretons et des historiens ont trop souvent donné de lui, celui d’un bon vieux grand-père sympathique régionaliste, un tantinet folklorique, opposé à un nationalisme breton viril et combatif. L’un des chapitres les plus savoureux par son franc-parler, façon «coups d’épingles» dans la suffisance des «modernistes», dévots de la francisation de la société bretonne, est celui intitulé « La Casquettomanie ». En trois pages, il règle le compte à cette mode, qui, hélas, va faire des ravages sur le comportement vestimentaire et le mental des paysans et ouvriers bretons pour les diluer dans un prolétariat apatride, triste et gris.

Nombre de nos lecteurs portent certainement la casquette et il n’est nullement question ici de les juger, mais simplement de revenir et de s’arrêter quelques instants sur cette question abordée par le Marquis de l’Estourbeillon et la chronologie de cette débretonnisation y compris via l’aspect vestimentaire.

Il est intéressant de faire un parallèle avec l’américanisation de l’enfant indien, comme l’avait fait l’un des rédacteurs d’Ar Gedour en 2015 (cf “Quand l’école débretonnisait les enfants“) :

En 1885/86, les guerres indiennes sont terminées. Les Indiens vaincus et décimés, parqués dans des  Réserves. L’Etat américain entend faire de ceux-ci de parfaits «Citoyens américains». Pour atteindre ce but, la méthode employée va consister à «tuer l’Indien pour sauver l’homme» (sic), devise de Richard Henry Pratt, fondateur de la «Carlisle School» en Pensylvannie (1879) destinée à recevoir les enfants indiens. A noter, que Richard Henry Pratt avait auparavant été un impitoyable combattant contre les Indiens. Les photos de l’époque sont parlantes : les enfants Indiens arrivent à l’Institut vêtus de leurs habits traditionnels si typiques, la chevelure, garçons ou filles, souvent nattée. Sans attendre, leurs vêtements apaches, sioux ou d’autres tribus leurs sont retirés pour les habiller avec un uniforme à l’Occidentale. Bien évidemment, leurs prénoms et noms indiens sont substitués à des noms anglo-saxons, et leurs langues interdites. Ces mêmes enfants photographiés quelques mois plus tard, ne sont plus, si ce n’était leurs traits physiques, reconnaissables, ils sont devenus de parfaits petits Américains, et pour beaucoup reniant leurs origines, fiers d’être enfin civilisés.(Livre « Les Grands Chefs Indiens », éditions Time-Life International – 1978 ).

UN RENIEMENT

La casquette plate, couvre- chef du prolétariat parisien, que l’on retrouve également, avec des variantes, dans les mondes ouvriers d’Europe de l’Est et de Russie, commence à faire son apparition en Bretagne au début du 20ème siècle. Toutefois, cette mode «parisienne» est encore très marginale. C’est d’abord, par son côté pratique, que le monde ouvrier l’adopte. A la veille de la guerre de 1914-1918, elle est encore l’exception dans le milieu paysan. La guerre, les restrictions économiques vont comme en bien d’autres domaines contribuer à accélérer les mutations, notamment d’ordres vestimentaires. La paix revenue, les Bretons de retour du front sont regardés, admirés comme des héros «divinisés», dont les paroles et les actes ne souffrent aucunes contradictions. Ils apportent avec leur retour, la pensée, les modes de Paris, de la France industrielle du Nord. Modes qui d’ailleurs les ont déjà bien précédés. En quatre années de guerre, la société bretonne est méconnaissable : elle s’est comme reniée, sa francisation s’est accélérée, et celle-ci se manifeste dans les mentalités qui ont «évolué», mais de manière plus visible dans le vestimentaire, principalement celui des hommes. Les urbains, les bourgeois ont depuis longtemps abandonné le port du costume breton dans leurs villes, où d’ailleurs il ne se portait plus guère, le monde ouvrier a suivi de très près. Seul le monde rural résiste et le font perdurer, très inégalement suivant les régions. Les hommes ont été les premiers à le reléguer aux rayons des vieilleries «honteuses», seules les femmes, là encore suivant les régions et les âges, le portent, tout ou partie. La messe, les pardons, les mariages, les baptêmes et autres fêtes religieuses, voire les deuils sont les dernières occasions de porter le costume, d’autant que l’observance dominicale devient de plus en plus une «affaire de femmes». Mais le «fichu», ce bout d’étoffe impersonnel commence lui aussi à avoir la faveur. Si l’on peut justifier son usage pour les jours ordinaires, et les multiples travaux du quotidien, on peut tout de même regretter qu’il devienne aussi le “couvre-chef” du dimanche, en remplacement des coiffes. Les écoles publiques ou catholiques dissuadent les enfants de le porter, sous tous les prétextes et humiliations. En 1930, le célèbre «chapeau rond» si caricaturé, notamment dans la stupide chanson à boire «Vive les Bretons qui ont les chapeaux ronds », lui donnera le coup de grâce en le ridiculisant.

Remarquons, que de nos jours les bagadoù n’arborent plus guère le chapeau, il est jugé comme un accessoire encombrant, voir superflu et ringard du costume, tout comme la veste, alors que le «bragoù-bras» semble retrouver les faveurs. Aujourd’hui, la mode exige que l’on défile en gilet et manches de chemises. Une mode qui rendait furieux Polig Monjarret lorsqu’il voyait «ses» Bagadoù défiler ainsi «attifés»(sic) et ferait écrire au Marquis de l’Estourbeillon des textes acérés comme des flèches sur ceux qui, déjà à son époque, s’autorisaient à «tripoter les costumes bretons», et de fustiger «ces déguisés».

Mais la casquette va aussi trouver son avenir grâce à la Révolution bolchevique de 1917, tout ce qui ressort de «l’Internationale prolétarienne» a la faveur des «branchés de la mode», et sous la casquette, l’idéologie communiste n’est pas bien loin. Le Front Populaire ne fera qu’amplifier et donner à ce morceau de tissu pour crânes le «titre de noblesse», si l’on peut dire dans ce cas, qui lui manquait. La casquette sera, si on ose la comparaison, le «Bonnet rouge» du prolétariat ouvrier, puis celui du prolétariat paysan.

 Mais donnons la parole au Marquis de l’Estourbeillon.

« A LA PAGE, NOYES DANS LE TAS ! »

marquis-de-lestourbeillon« Ah ! Monsieur, nous disait un jour, il y a quelque dix ans, un brave paysan du Pays d’Elven, les gens de chez nous ne savent plus ce qu’ils font, ni où ils vont. Le Breton cherche son âme égarée.

Parole d’un sage, parole d’un vrai Breton demeuré lui-même et ayant du mal à se reconnaître sur cette terre des Ancêtres, que quelque cinquante ans plus tôt, ses parents lui avaient appris à aimer ( NDLR : ces propos sont donc tenus aux environs de 1910, dans une société encore très bretonnante…)

Eh ! oui, de nos jours ( 1929/30 ), l’âme bretonne est complètement égarée dans le maquis de toutes les illusions d’un faux Progrès qui pareil à un gigantesque reptile, le fascine, puis l’enserre de ses anneaux meurtriers jusqu’à l’étouffer bientôt.

Si parfois quelque occasion fortuite ou quelque réminiscence vient lui rappeler les douces joies de son foyer d’antan, les joies si pures et les traditions si captivantes de son milieu ou de sa paroisse, c’est en vain qu’il ne croira pas rêver, car il aura beau regarder autour de lui, il ne verra plus guère que des visages métamorphosés, méconnaissables dans ce village ou dans ce bourg si vivant jadis ; que des jeunes gens ou des hommes à l’air méfiant ou inquiet, mais tous coiffés de «l’ignoble casquette», qui le fera se croire transporté dans les banlieues de Paris ou de quelques grandes cités. En vain cherchera-t-il des Bretons et la Bretagne, il ne verra plus guère qu’une jeunesse « voyoucratisée », essayant souvent de se donner des airs de gigolos et des jeunes gens regagnant leurs villages après boire, en hurlant d’ignobles refrains de la Villette ou de Ménilmontant. Plus de costumes, plus de chapeaux bretons, si seyants et si caractéristiques, mais sur la tête de tous, la casquette, l’odieuse casquette qui leur permet de se dire : «A la page, noyés dans le tas», et désormais nantis de la possibilité de se livrer à toutes les extravagances.

Parents bretons, combien grande est votre responsabilité, combien vous êtes coupables de n’avoir même pas su préserver la dignité de vos enfants.

Oh ! nous entendons bien tout de suite l’éternel refrain : Pourquoi en voulez-vous à la casquette ? N’est-ce pas plus commode pour le travail ? Evidemment, une casquette, moins lourde et tenant mieux que le chapeau est plus pratique et plus commode pour le travail. Mais depuis quand, est-il d’usage d’aller aux offices du dimanche, aux noces, aux Pardons, aux funérailles avec des vêtements fripés, sales ou crasseux, et l’habit des dimanches, comme de toutes les cérémonies, les déplacements ou les fêtes, ne doit-il pas être le «costume national» avec le chapeau traditionnel qui dure des années, et sauvegarde à la fois le caractère du Breton et sa dignité ? C’est là ce qu’auraient dû comprendre et qu’auraient compris nos compatriotes, si les parents, si les Ecoles avaient su accomplir leur devoir en leur donnant une éducation bretonne, en leur apprenant au moins les grandes lignes de l’Histoire de Bretagne au passé si glorieux, en leur inculquant cette fierté de la race (2), qui façonne, forme et ennoblit les caractères.

De tous côtés au contraire, de mille manières et par tous les moyens, la pensée maîtresse de tous ceux qui se sont regardés ou ont été considérés comme les dirigeants, fut et demeure encore de débretonniser avant tout la Bretagne.

Et maintenant que nombre de nos compatriotes ne semblent plus faire que figures d’esclaves, pourquoi tous les Patriotes ne se lèveraient-ils pas pour empêcher que soit donné le coup de grâce aux derniers tenants de la race (3). Puisse la Providence les convaincre de toute l’importance de ce primordial devoir.»

Nous le précisions précédemment, l’esprit de ce texte est à replacer dans son contexte de l’époque, mais il n’en reste pas moins, par bien des aspects, très actuel. Une évidence : le costume breton aujourd’hui n’est souvent plus qu’un accessoire festif pour périodes estivales et touristes. Très rares sont même les membres d’un cercle celtique ou d’un bagad qui se rendent à un Pardon ou qui casquettese marient en costumes bretons…si toutefois on peu encore parler de mariage pour de plus en plus de couples…Ce qui est intéressant dans ce texte, c’est le constat, dans une société encore très bretonne par bien des aspects de la vie quotidienne, et de surcroît encore largement bretonnante, du basculement civilisationnel qui s’enclenche de manière irréversible au détriment des traditions bretonnes.

Autre point intéressant, le constat que l’abandon du costume au profit d’une uniformisation vestimentaire apatride est un élément de la perte d’une dignité, d’une identité physique qui donne aux porteurs de la casquette des «petits airs de faux durs, de m’as-tu-vu détestables» qui font tache dans le paysage breton. Il est difficile de ne pas penser à certaines modes d’aujourd’hui, qui transforment ceux et celles qui les portent en des êtres négligés, dans lesquels on peinerait à reconnaître la moindre élégance et souci d’une légitime dignité. On notera que le Marquis de l’Estourbeillon, Président de «l’Union Régionaliste», ne parle pas de «costumes régionaux», et encore moins de costumes «folkloriques», mais de «costumes nationaux». Cette sémantique dans le choix du vocabulaire est importante, car dans ce combat, un parmi bien d’autres, ce dont il est question c’est de sauver un patrimoine menacé, que l’on entend garder vivant, et non pas en faire un élément de folklore d’un monde qui glisse doucement vers son effacement.

PAS MODERNE LE CHAPEAU BRETON ?

Admettons, tout dépend où l’on place la « modernité ». Dans ce cas, il serait très intéressant que l’on nous explique en quoi certains « couvre-chefs » d’Orient, ou du Moyen-Orient, que l‘on portait déjà du temps des…Pharaons, ce qui nous donne une fourchette de 2000 à 4000 ans, sont modernes et compatibles avec les TGV, l’informatique et autres technologies de pointe de notre époque. Faut-il croire qu’il y a des couvre-chefs « identitairements corrects » et d’autres non. Faisons remarquer que le célèbre chapeau Stetson des westerns américains a su s’adapter et garder sa cote. De même que le chapeau dit «Tyrolien». Mais le Breton a toujours été iconoclaste, tant pour ses costumes, ses traditions, sa culture, sa musique, ses cantiques (celle et ceux des autres c’est beaucoup mieux… ), sa langue, ses meubles (avec l’adulation momentanée pour le dieu Formica), ses monuments et paysages.

Dans les années 1970 du renouveau de la musique et du chant breton, certains jeunes de talent, et dont nous ne contestons pas les mérites, crurent faire dans une authenticité retrouvée en calquant leurs attitudes sur les Anciens, pour danser comme pour chanter. Ils s’imaginaient faire authentique en chantant le «Kan ha Diskan» tous de la même manière car, d’après eux, la tradition voulait que l’on chante toujours avec ce timbre vocal, mettant alors à l’index ceux qui chantaient autrement. Et pour parfaire ce «retour aux sources», s’attifer en  paysans était du dernier chic. Cela donna lieu à une sorte de comic’archéologique crypto-vestimentaire qui se voulait rural, souvent parfumé, non pas au fumier de vache ou de cheval, mais à l’idéologie soixante-huitarde qui infeste encore tant le  milieu artistique breton.

Cette « querelle » de la casquette peut aujourd’hui nous sembler dérisoire, surréaliste, cependant il ne faut pas oublier qu’elle s’inscrivait dans un processus de débretonnisation généralisée, et le port de la casquette y tiendra un rôle non négligeable. C’est ce qu’ignoraient ces jeunes chanteurs avides de «retours aux sources». La généralisation de la casquette, c’est aussi l’époque où une nouvelle «héroïne bretonne» s’impose : la tristement célèbre Bécassine qui va complexer des générations de jeunes filles, et ridiculisera le costume breton féminin. La bataille contre le port de la casquette s’inscrira dans la même lignée que la bataille d’alors contre Bécassine, une bataille qui aujourd’hui nous semble également presque « incompréhensible », si nous ne nous replaçons pas dans les contextes des luttes de cette époque pour sauver toutes les formes de l’identité bretonne que l’Etat jacobin, avec la complicité de Bretons se piquant d’êtres « à la page de leur temps », avaient jurés d’éradiquer.

Herry Caouissin, raconte dans ses «Mémoires», qu’en 1935 l’abbé Perrot lui donne à lire le petit livre du Marquis de l’Estourbeillon (4) : c’est aussi l’ Age d’Or des Seiz-Breur et de « l’Atelier Breton d’Art Chrétien » de James Bouillé(5). C’est pour le jeune secrétaire du recteur, une «révélation». Comme bien des Bretons attachés à tout ce qui est l’identité de la Bretagne, il n’est pas sans constater que l’abandon du costume breton précède bien d’autres abandons. Avec son frère Ronan (le futur Ronan Caerléon), dans l’esprit des Seiz-Breur, ils créent en 1937 l’association et la revue « GIZ AR VRO » (La Mode du Pays). Dans cette initiative, ils seront soutenus par d’éminentes personnalités : Les tissages de Marc Le Berre de Locronan, les Le Minor de Pont-l’Abbé, le célèbre «facteur de bombardes» Dorig Le Voyer, la baronne de Planhol, Lady Mond d’origine paysanne, épouse du richissime Lord Mond, et de bien d’autres.

Mais c’est là une autre histoire, celle d’une époque où la richesse artistique créative était au rendez-vous. Le point capital du succès était de toujours miser sur le beau et sur l’authentique, et de ne rien devoir à des importations diluantes de l’âme et de l’esprit breton, un état d’esprit qui fait encore bien défaut…même si des créateurs comme le brodeur Pascal Jaouen ou encore Matthias Ouvrard (brodeur) et Thomas Jan (couturier) nous proposent aujourd’hui de superbes créations.

NOTES :

1- « Un Devoir de Salut Public, la sauvegarde de nos costumes nationaux », recueil de la conférence donnée par le Marquis de l’Estourbeillon au Congrès Régionaliste en septembre 1929 à Hennebont. ( Imprimeries Réunies-Redon. 1930 ).

2 / 3-  A cette époque, le mot « race » était fréquemment employé, il correspondait au mot « peuple ». Par exemple, Jean-Pierre Calloc’h l’utilise souvent dans ses poèmes « d’An Daoulin ». Il n’y avait aucune connotation raciste et idéologique, comme aujourd’hui.

4 –  Le livre en notre possession fût offert et dédicacé par le Marquis de l’Estourbeillon à l’abbé Perrot : «  A mon bon et excellent ami, Monsieur l’abbé Perrot. Affectueux hommage de son bien dévoué. Marquis de l’Estourbeillon, Ancien Député. 14 février 1930 »

5 – Lire notre article précédent sur « l’Atelier Breton d’Art Chrétien, An Droellen ».

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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6 Commentaires

  1. Petite anecdote familiale que m’a racontée une de mes grand-tantes :
    vers 1920 la jeune Berthe va visiter le Mt-St-Michel avec des parents, revêtue du costume breton. Là bas les touristes venus de toutes les provinces et de pays étrangers (pas encore de cars de touristes chinois à l’époque ! ) admirent sa tenue, la photographient, et tâtent le tissu. De retour à la maison, la jeune fille annonce qu’elle ne portera plus ce costume, pour ne pas se transformer en “bête de cirque”.
    Dans les mêmes années mes arrières-grands-parents se marient : les mariées sont encore en costume breton, mais les époux sont en costume français/international.

    Retour en 2017 : de nombreux jeunes des milieux populaires ruraux s’habillent en “racailles” de banlieue (où ils n’ont jamais mis les pieds) imitant eux-mêmes les “racailles” des ghettos américains , portant un survet’ en toute circonstance et arborant une casquette de baseball éventuellement à l’envers.

  2. Aujourd’hui, on assiste plutôt à la kiltomanie qui sévit chez les folkloristes celtomanes et de nombreux nationalistes bretons. Toujours cette constante du reniement de ce qu’on est en adoptant des modes étrangères, toujours cette culture de la honte (“shame culture”) si prégnante en Bretagne. Le kilt est fort sympathique en Écosse mais ne devrait pas être promu dans le cadre d’une réappropriation et d’une affirmation de l’identité bretonne. Les Bretons devraient être fiers d’arborer leurs oripeaux ancestraux.

    On revoit quelques chapeaux bretons réapparaître ici ou là mais rares sont les patriotes conséquents qui adoptent une des modes bretonnes traditionnelles dans son l’ensemble : chupenn, jiletenn, roched, bragoù, botoù…Si c’est par ignorance, nous leur conseillons la lecture du livre “Costumes de Bretagne” de Yann Guesdon qui est assez richement illustré et scientifiquement correct; contrairement au travail de René-Yves Creston qui porte la marque d’une vision marxiste, en parlant de costumes de classe plutôt que de costumes nationaux.

    On ne dira jamais assez l’importance des costumes bretons qui sont le signe d’une esthétique nationale particulière, d’une façon de voir les rapports humains propre à notre peuple.

    • J’ai du mal à saisir en quoi Creston véhiculerait une vision marxiste du costume breton.
      Rien dans sa biographie n’indique qu’il ait été communiste, sinon il aurait intégré la Résistance dans les FTP et non dans un réseau indépendant…

      • Nulle nécessité d’être un communiste notoire pour être imprégné de marxisme culturel. En présentant les costumes nationaux comme des faits de classe en opposition au modèle bourgeois, R.-Y. Creston se posait là en tant que marxiste culturel. Il ne suffit que de lire son ouvrage qui fait référence sur la question pour le constater : “Le costume Breton”.

        Les musées bretons, particulièrement celui de Saint-Brieuc, présentant les costumes bretons comme des costumes de classe paysanne opposés au modèle bourgeois — comme si la résistance des costumes bretons au début du XXème siècle résidait en une espèce de rejet de la bourgeoisie et non dans une inertie du peuple breton alors —, relève de la grille de lecture marxiste. Ceci est d’autant plus évident qu’une espèce de mode au sein de la bourgeoisie existait dans les années 1910 – 1920 qui mettait en avant des motifs bretons (pensons aux gilets de types néo-bretons, par exemple).

        Or, on le voit, les classes laborieuses qui étaient censées être les plus fidèles au costume breton — à l’exception notable des aristocrates et bourgeois régionalistes qui l’adoptaient — n’ont pas hésité à changé d’accoutrement à la faveur de la casquette et du bleu de travail comme le souligne cet article. Leur attachement n’était donc pas motivé par une appartenance de classe et Creston s’est fourvoyé.

  3. Le “chapeau breton” était porté en Bretagne comme le chapeau était porté dans tous les pays de France, de Navarre et d’autres contrées… Il a été intégré, adapté (customisé en franglais), etc…

    Les “chapeau bretons” étaient fabriqués et importés du Dauphiné, Lyon… La Bretagne était déjà infiltrée 😉 Même chose pour beaucoup de breloques qui ornaient magnifiquement les vêtements portées en Bretagne, d’une manière particulière et avec un art qui lui est propre.

    Mon chapeau breton”, c’est un “chapeau de curé” orné de ruban de beau velours… le tout ramené des terres de Provence 😉

  4. Une anecdote personnelle, sans fausse modestie. Invité en 2002 à l’inauguration de l’Année du Bi-centenaire des Ecoles de Saint-Cyr à l’Ecole Militaire à Paris, je fus félicité par le Président Chirac, Chef des Armées, auquel avait été offerte une planche originale de mon album BD “Saint-Cyr, 1802-2002,200 ans d’Histoire” par les élèves.
    J’étais en mon habit breton (gilet de mon grand-père, mode de Lorient, le reste de confection moderne). Un officier en retraite, fort âgé, me demanda :
    -“Vous êtes d’où?
    -“Je suis Breton”
    – Je le vois bien, vous êtes d’où?”
    “Je suis de la paroisse de Landévan, du Pays d’Auray en Morbihan”
    -Ah, bien”.
    Membre des SAS, il avait participé à la libération de Quimper en 44…
    Par ailleurs, oui, M. Creston avait une vision marxiste, entre autres niant l’ancienneté et l’originalité du/des costume(s) et de ses giz.
    ” Après la guerre il sera quelque temps inscrit au parti communiste. Il militera surtout sur le plan régional au groupe “Ar Falz” , dont il sera président à la fin de sa vie” Préface De Giot, p.9 “Le costume breton, R.Y. Creston, Tchou, 1978.

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