Saints bretons à découvrir

ART ET LITURGIE : PRIER SUR DE LA BEAUTE

Quand des paroissiens, sans doute bien intentionnés, reprochaient au saint Curé d’Ars de dépenser de l’argent en faisant l’acquisition d’objets du culte coûteux, de vêtements liturgiques qui l’étaient tout autant, alors qu’il y avait tant de pauvreté, de misère à soulager, il répondait :

« Que pour célébrer dignement le Saint- Sacrifice de la Messe, il n’y avait rien de trop beau. Que cette beauté, avant de s’adresser aux hommes pour leur édification, les porter à l’adoration et à la prière, et leur faire comprendre les « Saints Mystères », elle s’adressait d’abord à Dieu ».

Et il faisait remarquer à ces gens si soucieux de l’argent, que

« les pharisiens, eux aussi, reprochaient à Marie-Madeleine de répandre sur les pieds de Jésus un parfum très cher, et que le Christ se chargea de les remettres à « leur place ».

 

En effet, de quel droit, au nom d’une mythique « Eglise des pauvres », qui souvent tient plus d’ une construction intellectuelle teintée « d’archéologie religieuse » qu’un véritableliturgie,art,vie chrétienne,culture souci des pauvres, devrions-nous les priver de toute beauté religieuse et spirituelle ? Bien souvent, c’est la seule beauté qui, avec celle de la nature œuvre du Créateur, leur reste.

Le Pape Benoît XVI avait ce souci de restaurer une liturgie s’appuyant sur la beauté et le sens du sacré, car sans beauté, il ne peut y avoir de sacré ; la beauté mène inéluctablement au sacré, et le sacré mène à Dieu. Malheureusement, depuis un demi-siècle, au nom d’une « réforme liturgique conciliaire » mal comprise et mal appliquée (1), deux générations de catholiques ont été privées d’une authentique et belle liturgie, de tout sens du sacré. A l’exception de certaines paroisses et communautés aux sensibilités religieuses diverses, tout un clergé et des « équipes liturgiques » dévouées ont, en toute bonne foi et au nom d’une « Eglise des pauvres » et d’un « dépouillement évangélique», rejeté comme inutile et accessoire cette beauté et ce sacré. On a beaucoup fait, et cela perdure, dans « l’à peu-près », le bricolage improvisé au gré des « inspirations du moment » et des fantasmes, en se voulant être en « phase avec le monde », quand ce n’est pas avec les « modes ». Or on ne s’improvise pas liturgiste. La liturgie est affaire trop sérieuse pour être laissé à l’amateurisme, si zélé soit-il.

Non, la beauté dans la liturgie n’est ni secondaire, ni gadget, ni nostalgie d’une Eglise triomphaliste ou d’une Eglise Constantinienne. Le seul « triomphe » dont il pourrait alors être question est celui du Christ, et justement ce « triomphe » mérite beauté.

Nous ferons remarquer que lorsque nous recevons à dîner de la famille ou des amis, nous avons à coeur, à moins de manquer de savoir-vivre, de sortir notre plus belle nappe, nos plus beaux couverts, nos meilleurs vins. Nous souhaitons mettre, comme on dit, les « petits plats dans les grands ». Bref ! par une sorte de « liturgie de la table », nous voulons offrir à nos hôtes une belle présentation qui non seulement est respect pour eux, mais les mettra en appétit et fera transparaître toute l’estime que nous avons pour la personne reçue. De même, lorsque des chefs d’Etat, ou des personnalités de moindre importance sont reçus, la diplomatie et le protocole exigent un minimum, quand ce n’est pas un maximum de «fastes » et de décorum, car on n’envisagerai pas de les accueillir dans l’improvisation.

Et pour Dieu, pour la messe, pour toutes cérémonies, nous ferions bien moins que pour nos amis, que pour des politiciens aussi éphémérides que l’insecte du même nom ?! Tout cela car des « intellectuels d’une pauvreté prétendument évangélique » ont décidé que cette « pauvreté » était le « sésame » de la foi. Cette fausse pauvreté a un nom : le misérabilisme. Or cela n’a jamais mené à la foi mais, assurément, en a été un facteur non négligeable d’éloignement, voire de perte.

Rappelons-nous de l’écrivain Paul Claudel qui retrouva la foi par le seul fait d’avoir entendu, par hasard, alors qu’il attendait un ami et d’être entré dans Notre-Dame de Paris, d’entendre une chorale d’enfants qui chantait le « Magnificat ». Ces voix angéliques lui ouvrit le chemin d’un retour à Dieu.

Les Orthodoxes l’ont bien compris. Nous savons combien leur liturgie est belle ; ils ont une expression magnifique pour désigner la messe, la « Divine Liturgie ». Si la liturgie est « Divine » parce que s’adressant au « Divin » c’est à dire à Dieu lui-même, elle ne peut-être une liturgie du micro, du bavardage, du brouhaha et du bricolage à la petite semaine, sinon cette « liturgie » ne portera jamais à l’adoration, à la prière, à la compréhension du « Saint Mystère «  de la messe.

Il est évident que la beauté d’une liturgie n’est pas que dans le « décorum », c’est à dire la beauté des objets, des vêtements servant au culte, ni que dans la beauté de l’intérieur de l’église, des vitraux. Elle se doit d’être aussi dans les attitudes des célébrants et des fidèles, ce qui implique une attitude de recueillement. Malheureusement, nos liturgies, trop souvent, ne laissent que très peu de place au recueillement, au silence qui lui aussi est beauté. Nous avons pris l’habitude de « couper la parole à Dieu », tant et si bien qu’Il chercherait en vain un créneau pour nous dire ce qu’Il voudrait nous dire…

La liturgie implique que soit retrouvé le lien intime qui unit Dieu, l’homme et le cosmos. Or, comment prendre conscience de ce lien essentiel si l’on a une approche consumériste tendant à danser comme les Hébreux autour du veau d’or en croyant honorer Yahvé ?

Il serait temps d’ouvrir les yeux, en constatant que nombre de nos liturgies manquent de beauté et de sens du sacré. Certes, les causes sont multiples, mais nos affligeantes célébrations portent leur part de responsabilité dans la désertion des églises, de l’indifférence religieuse menant inexorablement à la perte de la foi. Et ce ne sont pas ces « liturgies » qui pourront prétendrent à remplir à nouveau les églises, à susciter des conversions, car l’incroyant pourra à juste titre dire : «  C’est donc ainsi qu’ils adorent leur Dieu ? ».

LA BEAUTE CELTIQUE AU SERVICE DU SACRE

Nous Bretons, du moins ceux qui ont une certaine sensibilité bretonne par la langue et la culture,liturgie,art,vie chrétienne,culture l’Histoire profane et religieuse de la Bretagne, déplorons la déculturation de la liturgie dans nos églises. Ces liturgies sont devenues comme des « corps étrangers », ignorants totalement une « inculturation religieuse » (2) qui prenne en compte l’âme bretonne, la spiritualité bretonne, dont les plus belles expressions se trouvent dans sa langue, ses cantiques, ses traditions. La beauté de nos célébrations en Bretagne, et donc par là-même une nouvelle évangélisation, ne peut que passer par une réappropriation de toutes les richesses de notre patrimoine religieux, dont les cantiques.

Nous admirons le patrimoine religieux que nos ancêtres ont bâti avec foi : cathédrales, églises, humbles chapelles, monastères, calvaires, ils avaient compris que la beauté, si elle était d’abord pour Dieu, pour sa Mère, pour nos saints et nos saintes, ne pouvait que les porter vers Lui. La médiocrité était alors chose inconcevable : c’était une question de foi, certes, mais aussi de fierté, d’amour du travail bien fait de l’artisan, et y déroger aurait été sans aucun doute regardé comme un blasphème.

« Et pour former au Tabernacle un cadre de magnificence, nous avons bâti une chapelle qui ressemble à la Bretagne séculaire : car, sous un aspect austère, grave, modeste, l’âme bretonne est pleine de couleurs spirituelles et d’harmonies célestes : et anima illius plena modulatione ; et les églises du Testament nouveau doivent parler le langage de la Foi et de la Tradition, mais aussi le langage de leur temps et de leur paysage » ( Monseigneur Hippolyte Tréhiou, évêque de Vannes, 1935 )

Ce texte pourrait-être écrit aujourd’hui, car il n’a rien perdu de sa valeur.

AN DROELLENN, UN ATELIER BRETON D’ART CHRETIEN

En 1923, naît l’association des « Seiz-Breur », qui regroupe des artistes de diverses disciplines, et qui produiront des chefs-d’œuvres, dont beaucoup d’inspiration religieuse, aujourd’hui très recherchés. En 1935, l’architecte James Bouillé, constatant dans le domaine de l’art sacré une réelle absence de références bretonnes, celtiques, crée le groupe « An Droellenn » ( La Spirale ), qui se veut être un « Atelier Breton d’Art Chrétien ». Dans une série de numéros du bulletin « L’Union des Œuvres Bretonnes » ( année 1936 ), il nous explique les objectifs de cet Atelier :

« Beaucoup de membres du clergé et des fidèles zélés veulent fréquemment acquérir ou faire exécuter un travail d’art religieux ; l’objet de commerce, le toc ou le clinquant que l’on trouve partout ne leur plaisant guère, et coûtant souvent beaucoup plus cher qu’une œuvre d’art original.

Mais où trouver l’artiste que l’on désire ; il n’en manque pas et nous en apportons la preuve parmi toute cette pléiade de professionnels disséminés dans toute la Bretagne, et souvent sans liaison entre eux. Il était donc tout indiqué de les réunir, et c’est ce qui a été fait à la demande de plusieurs personnalités écclésiastiques. Sous le signe « An Droellenn », un atelier d’Art Chrétien a été fondé. Recruté avec soin, avec une certaine sévérité même, ce groupe réunit des artistes et artisans ayant une doctrine artistique précise que l’on peut résumer ainsi : « S’inspirer de la tradition artistique bretonne authentique qui créa sur notre sol ce parterre de chef-d’œuvres religieux qui font sa gloire, et liturgie,art,vie chrétienne,culturela rénover dans un sens moderne en conformité avec l’esprit liturgique le plus pur » .

« An Droellenn » comprend donc des artistes de toutes les branches : architectes, statuaires, sculpteurs sur bois et granit, peintres, mosaïstes, verriers, décorateurs de toutes spécialités. Le groupe est à même d’élever des églises, des sanctuaires, monuments religieux divers, que de les restaurer et de les agencer dans les moindres détails.

 S’agira-t-il de décorer une voûte de peintures à fresques, de tailler des saints ou calvaires dans le granit breton, de sculpter dans le chêne un autel, un chemin de croix, une banquette de chœur, d’exécuter un vitrail, de décorer un missel, de broder une bannière, une chasuble, une aube d’enfant de chœur, de ciseler un calice ou une croix processionnelle, les membres de l’atelier sont à même de réaliser ces travaux les plus divers. On peut se rendre compte dès à présent de l’importance du rôle que ce groupe, lequel assurément nous manquait, est appelé à jouer dans l’évolution et la rénovation de notre art sacré, car il secondera le clergé en exécutant des œuvres d’art saines, d’esprit celtique, dignes de notre temps et de notre pays ».

En effet, l’Atelier Breton d’Art Sacré produira de réels chefs-d’œuvres qui trouveront leur place dans bien des églises. Cet art donnera à la liturgie une « âme bretonne » qui lui manquait, la faisant entrer dans une pleine inculturation, au même titre que nos cantiques qui en sont l’expression la plus parfaite. Nous sommes, à cette époque, comme avec les œuvres des Seiz-Breur, dans un véritable renouveau de l’art religieux au service de la Foi, de l’Eglise, des fidèles. Ce renouveau, tout en restant attaché à la Tradition, aux racines bretonnes, celtiques, se veux donc être moderne, et rompre avec les clichés désuets d’une Bretagne folklorique au sens péjoratif du terme. Ce qui frappe dans ces œuvres religieuses, c’est tout à la fois leur richesse exubérante et un certain dépouillement qui n’est en fait qu’une « épuration » qui va à l’essentiel. Si on n’en connaissait l’époque, on jurerait qu’elles sont d’aujourd’hui tant elles sont « modernes », et correspondent précisément à cette recherche de dépouillement actuel, mais avec tout de même cette nuance importante : le dépouillement n’est pas synonyme de médiocrité et de laideur. Nous vous invitons à découvrir une partie de ces oeuvres sur le site www.desurynet.com, répertoriant les créations de la famille Desury (René Desury faisant partie de l’Atelier An Droellen).

A noter que les célèbres Ateliers Le Minor de Pont-l’Abbé furent les créateurs-pionniers de vêtementsliturgie,art,vie chrétienne,culture liturgiques et de bannières. Une comparaison s’impose : nous assistons à des tentatives heureuses d’un renouveau d’inspiration celtique et bretonne du vêtement, comme avec les stylistes Jaouen, ou encore le couturier parisien Jean-Paul Gaultier, alliant tradition et modernité. Nous ne voyons donc pas pour quelle raison, le vêtement liturgique en Bretagne, chasuble, dalmatique, aube d’enfant de chœur, nappe d’autel, etc, ne retrouverai pas des « couleurs bretonnes » en s’inspirant de la richesse de nos motifs celtiques. Nos liturgies n’en seraient que plus belles. Nous pouvons en voir parfois comme à la cathédrale de Quimper, mais c’est un exemple que nous ne voyons que trop peu.

Ce que nos aînés ont fait, il serait surprenant que nous n’en soyons pas capables. Cependant, rappelons que la liturgie est un tout . A quoi bon cette beauté artistique religieuse, si dans le même temps la liturgie elle-même laisse à désirer, n’est pas en concordance avec l’art sacré ? N’est-ce pas parfois ce que l’on ressent dans nos magnifiques cathédrales, églises ou chapelles, lorsqu’on nous impose des cérémonies affligeantes et bavardes, qui ne sont pas en osmose avec la beauté du lieu.?

Une question se pose : Pourquoi cette initiative heureuse d’An Droellen n’a pas perduré ?

La réponse est simple, et toujours la même, dès lors où ont été en jeu bien des réalisations bretonnes d’avant-guerre. En 1945, quasiment tout ce qui a été crée entre les années 1920 et 1945 a été regardé comme suspect et de ce fait balayé, que ce soit dans le domaine culturel ou dans le domaine politique. Et le domaine culturel impliquait, peu ou prou le…religieux..

En outre, dans ces années d’après- guerre, l’Eglise avait bien d’autres priorités que l’art sacré. A vrai dire, à ses yeux, cette question liturgique ne se posait pas vraiment, du moins pas encore car l’on faisait avec ce qu’on avait déjà, et c’était bien ainsi. La rupture de l’Eglise avec la langue et la culture bretonne intervenue à partir de 1955, mais qui était déjà sous-jacente depuis des années, à laquelle sont venues s’ajouter les « réformes liturgiques conciliaires », provoqua une deuxième rupture, dont ont fait les frais toutes les formes de Traditions. Nous l’avons dit, le temps était au « dépouillement », le calice et le ciboire finement ciselés étaient remplacés par des sortes « d’écuelles » de terre cuite ; la chasuble richement brodée remplacée par des « pièces de tissus aux couleurs délavées » sur lesquelles une croix très discrète était tolérée. On en était là, et malheureusement cet état d’esprit, au nom d’une « Eglise pauvre au service des pauvres » reste encore le « Credo » de tout un clergé et de catholiques sans racines.

ART ET LITURGIE

Dans le numéro de décembre 1936, James Bouillé nous donne une intéressante définition de ce qu’est l’art dans la liturgie, et ce que celle-ci est par rapport à l’art. Nous constaterons que ses propos restent toujours d’actualité, et ne demandent qu’à être de nouveau appliqués.

« Toute la question de l’art religieux, ou plus exactement de l’art appliqué au culte, est dominée par un article du code de droit canonique, dont voici la teneur : « Pour ce qui touche à la matière et à la forme des objets du culte, il faut observer les prescriptions liturgiques, la tradition ecclésiastique et aussi, le mieux possible, les lois de l’art chrétien.

La liturgie et l’art sont sans doute choses distinctes, mais qui ont avantage à ne pas s’ignorer. La liturgie offre à l’art un abondant débouché ; l’art permet à la liturgie de s’épanouir pleinement, mais c’est la liturgie qui est maîtresse, l’art n’est qu’à son service. L’alliance si désirable entre lliturgie,art,vie chrétienne,culturee prêtre et l’artiste ne peut qu’être favorisée par une exacte compréhension de part et d’autre, des rapports entre la liturgie et l’art.

La liturgie est l’ensemble des actes par lesquels l’Eglise met en œuvre la divine Rédemption. Elle comprend la messe, l’office divin, les sacramentaux. Elle est le culte, la vie même de l’Eglise. Cette liturgie sacrée, pour qu’elle puisse s’accomplir comme il convient exige un local, un cadre approprié ( 3 ), tout un matériel bien déterminé.

Le rôle des artistes chrétiens est de lui fournir tout cela. Dès lors, il va de soi que l’artiste chrétien a tout d’abord le devoir de se pénétrer à fond de l’esprit de la liturgie, afin de conformer ses œuvres à ses exigences. Et qu’il ne se contente pas d’une connaissance théorique, mais qu’il ait à cœur de se rendre compte par son expérience propre de ce qu’on peut appeler la « vocation » d’une église, d’une maison de Dieu. Alors, qu’il s‘agisse de la construction, de la décoration, il cherchera avant tout à réaliser ce qui convient : ce sera là la base de son « programme ». Les prescriptions de l’Eglise n’ont pas d’autre but que d’assurer cette parfaite convenance de l’œuvre à sa destination. Que chaque chose soit ce qu’elle doit être. Principe élémentaire à première vue, mais qui peut mener loin. Qu’il soit question du corps même de l’église, d’un autel, d’un calice ou d’une chasuble, il faut se placer carrément devant l’œuvre à exécuter, avec une pure fraicheur et une grande netteté de vision pour la saisir dans sa conception fondamentale, et ensuite la réaliser d’une façon logique, sincère et belle, de telle sorte que jamais l’essentiel ne soit sacrifié à l’accessoire ».

Un texte, disions-nous fort d’actualité, qui nous met à des années lumières des « œuvres religieuses » de pseudo-artistes autoproclamés et adoubés par des médias « branchés », plus soucieux de ne pas manquer un seul train de la modernité.

Add 24/02/2015 : Ar Gedour suit et participe à certains travaux actuels sur la revalorisation et l’actualisation de projets qui vont notamment dans le sens évoqué dans cet article. Nous vous tiendrons informés de leur avancée.

 

 

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Crédits Photos : A- Chapelle ND de la Houssaye (Ar Gedour) ; B – Ostensoir de la chapelle Ste Thérèse du Gouëdic à St-Brieuc (Photo X. Desury) ; C- Extrait d’un article sur An Droellen (archives Ar Gedour / Caouissin) ; D – Photo extraite du livre “Ar Seiz Breur” (Palantines Eds) ; E – Mgr Ravel et Mgr Levert au Pardon de Ste Anne-La-Palud (Ar Gedour)

NOTES :

1 ) .Dans « l’enthousiasme » des « réformes liturgiques » du Concile Vatican II , réformes donc mal comprises, mal interprétées, en toute bonne foi, mais aussi à dessein pour faire « table rase du passé », il n’y à pas que la liturgie : le latin, le chant grégorien, les cantiques traditionnels, bretons ou autres, les objets du culte, et les vêtements liturgiques qui ont été jetés dans la charrette des antiquités méprisées. L’intérieur des églises, leur mobilier, dont surtout l’autel et la chaire ont été jugés bon pour « la casse », au profit d’un mobilier plus que douteux quant à sa qualité artistique, mais par contre toujours… très cher.

 

En Bretagne, les exemples sont multiples. Entre bien d’autres, l’église Notre-Dame de l’Assomption de Quimperlé qui, dans les années soixante, a été entièrement vandalisée. Tout son magnifique mobilier, autel, chaire, stalles, ses boiseries gothiques ont été arrachés, détruits, les meilleurs « morceaux » vendus à des antiquaires. Aujourd’hui cette église aux murs nus, est froide, sans âme. Elle est en cours de restauration, mais c’est aussi une restauration du beau, du sacré dont elle aurait bien besoin.

 

2 ). Inculturation : ce terme un peu savant, signifie tout simplement, évangéliser, vivre la foi pratiquer la religion en prenant en compte, la culture du pays, ses traditions dans ce qu’elles ont de bonnes et de non contraire à la foi. Par contre « l’acculturation » en est l’inverse, c’est par exemple la culture du missionnaire, de l’étranger qui s’impose, et tend à éliminer, à prendre la place de la culture du pays. A l’échelon de l’Europe, que ce soit dans le domaine profane ou le domaine religieux, nous sommes, hélas, en pleine acculturation, voir même de « déculturation », conséquence d’un universalisme niveleur. En Bretagne, cette déculturation religieuse est générale, reléguant toute forme d’expression d’identité religieuse bretonne au rang d’option parmi d’autres options, voir de gadget pour nostalgiques de la langue, des cantiques, des « temps anciens » : la liturgie est devenue une liturgie impersonnelle, transposable en n’importe quel lieu, se comportant comme un « corps étranger » à l’âme bretonne, il y a rupture totale entre foi et culture…

  

3 ) .Presque toutes les églises et chapelles construites entre les années 1930 et 1941, impliquant majoritairement des architectes, des artisans, des artistes de la mouvance des Seiz-Breur et de l’Atelier d’art Chrétien « An Droellenn » sont aujourd’hui classées « Monuments Historiques ».Un classement mérité, car ces sanctuaires sont véritablement les témoins d’une conception de l’art religieux alliant tradition et modernité en osmose totale avec une identité culturelle très forte. Citons, entre bien d’autres édifices : Notre Dame de Koad-Kéo à Scrignac, Sainte Thérèse de Gouédic à Saint Brieuc, Saint Joseph à Lannion, la chapelle du Sacré-Cœur à La Baule, la chapelle du Grand Séminaire à Saint Bieuc, Saint Charles-de-Blois à Auray, etc… A méditer pour notre époque, alors que froidement, sans état d’âme, est programmé la destruction de près de 3000 églises, au motif qu’elles menace ruine, que leur restauration coûterait trop cher, et que faute de fréquentation, elles sont devenues inutiles. Des affaires récentes, comme les églises de Plounérin et Plouha, sauvées de justesse de la destruction, nous alerte que la Bretagne n’est pas à l’abri de cette mentalité iconoclaste qui dissimule mal une idéologie christianophobe.  

 

1ère diffusion de cet article le 14/04/2014

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À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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11 Commentaires

  1. Gourhemenneù, belle synthèse, Youenn. Petite question :l’ostensoir en forme de croix celtique est-il celui du séminaire de Rennes ?

  2. L’ ostensoir en cuivre doré avec parties argentées et une lunule en argent avait été réalisé par René Desury pour l’église Sainte-Thérèse de Gouédic à Saint-Brieuc.

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