La Bretagne perd aujourd’hui l’un de ses plus grands artistes. Melaine Favennec, chanteur, musicien, poète et créateur inclassable, laisse derrière lui une œuvre profonde, exigeante et singulière qui aura marqué plus d’un demi-siècle de création bretonne. C’est son compère Gérard Delahaye qui a annoncé son décès sur son profil Facebook, déclarant sobrement que « Melaine nous a quittés cette nuit« .
Né à Quimperlé en 1950, il grandit dans un univers où la musique traditionnelle est une langue maternelle. Son père, Robert Favennec, fondateur du Bagad Bro Kemperle, lui transmet très tôt cet héritage, auquel s’ajoutent les influences de Polig Monjarret, Youenn Gwernig ou encore Bob Dylan. Dès les années 1970, il participe à l’aventure des Diaouled ar Menez avant de devenir l’un des artisans de la coopérative Névénoé, laboratoire de liberté artistique qui marquera durablement la chanson bretonne.
Mais Melaine Favennec était avant tout une voix. Une voix reconnaissable entre toutes, mêlant douceur, gravité et poésie. Des albums comme Basse Danse, Au secret déluge, La Chambre, Présent d’exil ou encore Nos îles, nos amours témoignent d’une œuvre où la Bretagne n’est jamais un folklore figé mais une terre intérieure, ouverte sur le monde, nourrie de littérature, de mémoire et d’espérance. Récompensé notamment par le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros, il aura toujours suivi son propre chemin, loin des modes.
Musicien accompli, folk singer, violoniste, guitariste, auteur-compositeur, acteur de théâtre, compositeur pour la scène et le cinéma, peintre et dessinateur, il incarnait cette figure rare de l’artiste total. Son compagnonnage avec Gérard Delahaye et Patrick Ewen au sein du Trio EDF restera également l’un des beaux chapitres de la chanson bretonne contemporaine.
Ceux qui l’ont rencontré se souviendront aussi de sa présence. Sa stature imposait déjà quelque chose de la Bretagne : une gentillesse, une force tranquille, une verticalité, une noblesse discrète qui semblaient prolonger les paysages et les légendes de son pays. Avant même qu’il ne chante, il portait en lui une part de cette Bretagne profonde, exigeante et fraternelle.
Le barde est parti du côté de la Plage des Sables Blancs. Avec sa disparition, c’est une voix majeure de la culture bretonne qui s’éteint. Mais ses chansons, sa poésie et son regard continueront longtemps d’habiter celles et ceux qui aiment cette Bretagne qu’il a tant contribué à faire entendre.
À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont accompagné sur les chemins de la musique et de la création, Ar Gedour adresse ses plus sincères condoléances. Kenavo deoc’h, Melaine, ha trugarez deoc’h a galon.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne