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REPERES CHRONOLOGIQUES POUR LES SAINTS BRETONS

Photo Ar Gedour - DR

Les dates communément données pour les saints bretons se situent pour la plupart au 6ème siècle, ce qui est le plus souvent un siècle trop tard. Nous devons cela aux théories de Dom Lobineau et au dérapage de La Borderie. Des querelles de précédence y ont aussi contribué.

On notera en premier lieu que l’activité religieuse a été très marquée à la fin du 4ème siècle. L’ apostolat de Patric commença dans la décennie de 380. De ce fait il y avait des chrétiens scots avant le 5ème siècle.
La fondation de Candida Casa dans la Brittia du Nord, par saint Ninian en 399 avait sans doute été précédée par celle de Llantwit (Llanilltud Vawr). Cet essor monastique coïncide avec le retour d’ Egypte, en 401, de Jean Cassien et de son compagnon Germanus, que l’on retrouve aussitôt en Britannie. Avec aussi l’enseignement de Pélage (Merin), qui finit plus tard sa carrière auprès de s. Cyrille d’Alexandrie.

On ne s’étonnera pas que la pratique ascétique des bains froids, caractéristique des moines “aquatistes” bretons du 5ème siècle soit pratiquée aussi dans les communautés de s. Shenouté, le grand maître coenobite égyptien.
Dans ces circonstances des années 400, s’est effectuée la bretonnisation de l’Armorique, les cadres militaires, civils et religieux étant issus des mêmes familles.

  •  Sans doute avant 400 on avait déjà en Armorique des disciples de Patric, fils de Broc’han, chef d’un clan scot installé sur la côte centrale de la Cambrie. Ce sont Conoc, éponyme de Plogonnec, surnommé Ronan, Elloc; alias Mellac, et Cuvan, de Pluguffan. A la génération suivante, leur neveu Beun alias be(i)oc, Teveiod, de Baye, Lanveoc, Ros-Tiviec (< Ros Teveioc)
  • Cunedag, qui résidait à Adinodunum (Edimbourg) était Wletic, c’est-à-dire Dux ou Comes, en Valentia, à la fin du 4ème siècle. Son fils Corotic (= Keredic) commanda l’expédition maritime contre les colonies scotiques en 400.
  • Saint Patric a écrit sa Lettre (de remontrances) à Corotic en 400 (ou au plus tard en 401). A cette date il était donc déjà évêque des chrétiens scots. Patric serait décédé en 430.
  • Saint Dewi (Dauidagius), patron du Pays de Galles, né du viol de Nonn-Meleri, fille de Broc’han par Corotic, est né en 401 en Armorique, suivant notre tradition.
  • Saint Carantec, qui vécut en Cornwall, est également fils de Keredic.
  • On connait aussi une Sainte Iuna, fille de Kereic.
  • Saint Edern est aussi de la lignée de Cunedag, mais, petit-fils de Maelgwn, qui régnait sur le Norgalles au milieu st 6ème siècle, il appartiient au 7ème siècle.

A la même époque le général breton Gerontius, personnage bien connu dans la hiérarchie romaine, était Dux Tractus Armoricani. De ce chef il était commandant de la Classis Britannica, la Flotte de Britannie, dont la base continentale était Nantes. Cette flotte assurait la communication entre l’estuaire de la Loire et celui de la Cluta (la Clyde) et son port de Dunon Brittonon, “citadelle des Bretons”, Dumbarton).
Gerontius avait gagné le surnom de Wirâkos “le viril”, qui devint Weroc en vieux-breton. En gallois son nom est devenu Gereint . Gerontius périt en 411 et son fils Riwal, surnommé Deräkos>Deroc “l’obstiné” assuma le pouvoir dans l’Armorique gouvernée par les Bretons, devenus autonomes en 410.
L’épouse de Gerontius, Nonnechia, ardente chrétienne, est connue en Galles sous le nom de Nonwen Graic, Nonwenn la Rude, et en Bretagne comme ste Nolwenn.

Plusieurs des fils de Gerent, frères de Riwal, sont au nombre des saints : Cadou, Iestin, Congar, Selev-Salaün. Même Riwal a été promu saint en Cornouaille. Ses frères sont bien inscrits dans la toponymie bretonne, notamment entre Loire et Vilaine. Leur soeur Pompaea est la mère de s. Tudwal

  • Des cousins de Riwal sont connus comme chefs laïcs ou religieux
  • Tudwal fut appelé par Riwal pour organiser la chrétienté bretonne en Armorique. On peut dater sa venue des environs de 410 – 411.
  • Gwennolé, fils de Fracan, cousin de Riwal, est né au début du 5ème siècle, ainsi que ses frères Gwethnoc (Cadvan pour les Gallois) et Iagu (Machaoi en gaélique).

L’empereur britannien insurgé Constantin III avait plusieurs fils. L’ ainé, Constant avait été moine avant d’ être appelé comme chef militaire par son père. Il trouva la mort, comme bientôt son père, dans les dissensions de 410-411 et fut considéré comme martyr. Deux frères lui survécurent : Ambrosius Aurelius et Victor.
Nous retrouvons ce dernier dans la Vie de s. Paul Aurélien, sous le nom breton*) de Gwithur, comte du Léon, Saint Pol étant son cousin (ce qui implique que la mère de s.Pol était une soeur de Constantin III).

  • Saint Paul Aurelien était donc aussi de la première moitié du 5ème siècle.
  • Saint Iahoew (francisé en Jaoua), auxiliaire de s. Pol de Léon et fondateur de la première congrégation de Daoulas, est du milieu du 5ème siècle.
  • Saint Patern, évêque à Vannes, est attesté comme de la seconde moitié du 5ème siècle;
  • Saint Argol (latin Agricola), évêque, patron primitif d’Irvillac, est mentionné par des contemporains continentaux, vers 430.
  • Saint Gworthïern, de Groix et Kemperlé (alias Vortigern) est daté par la carrière de son plus jeune fils, Bridoi-Faustus, moine à Lérins en 425. C’est sans doute avant 410 que Gworthïern se fit ermite en Armorique bretonne. Faustus devint évêque de Riez, dans les Alpes. Un autre des fils de Gworthïern, Memorius (breton Movor, gallois Myvyr – éponyme de Ploemeur) séjourna auprès de Faustus à Riezi. Un des petits-fils de Gworthiern, Riagat (Riocatus fils de Paskent), évêque et moine, allait à Riez chercher les manuscrits des sermons et traités de son oncle.
  • Saint Viaud, (ermite en Retz, et éponyme de Bobital) Vitâlis en latin, Gwidel enn breton, était sans doute de la même famille et de la même époque.
  • Saint Alan, alias Alor, abbé-évêque, de la quatrième génération bretonne en Cornouaille, est des 5ème et 6ème siècles, de même que Saint Teliaw (Eliud).
  • Saint Corentin, pieux ermite en Cornouaille, sa Vita, concoctée en période carolingienne pour le promouvoir évêque post mortem ne fournit aucun repère valable. On ne peut que le situer entre 400 et 700.
  • Saint Mauded, Scot également, est donné comme disciple de s. Tudwal. Il peut donc être né au début du 5ème siècle.
  • Saint Tudi, disciple de Mauded, se situe dans la seconde moitié du 5ème siècle.
  • Saint Gildas de Rhuis, dit aussi “l’ Albanien” (son lieu de naissance étant aujourd’hui en Ecosse), frère du grand poète Aneirin, et de plusieurs autres saints bretons : Cov, Donow, Keidiaw (Kijo), Gwengat, Conwal, Neb (le premier évêque d’Avranches ? ). Sa soeur Peithen (< Pictina) est connue comme Pazanne en français.
    Ils étaient nés entre 580 et 600.
  • L’ autre Gildas, auteur du De Excidio, vécut trois générations plus tôt, dans la région de Salisbury ou de Gloucester. Il n’ est pas au nombre des saints.
  • Saint Arthal ( alias Marsan; Martin de Vertou) serait né à Nantes vers 530, d’ une famille de Bretons du Nord, en relation avec Saint Gildas. Il serait mort en 601.
  • Saint Sanson (Samsun), contemporain du franc Childebert (+558), est de la première moitié du 6ème siècle.
  • De Saint Malo la Vie ancienne avait, comme celles des autres, été détruite en 818. Les deux nouvelles, fabriquées à la période carolingienne, sont sans valeur et contradictoires. Malo a été fondateur d’une congrégation. La répartition de ses succursales fait penser qu il avait précédé Samson et vivait donc au 5ème siècle.
  • Saint Mewen (Méen), contemporain de Iudikhael, est du 7ème siècle.
  • Saint Ivi, disciple de Saint Aidan de Lindisfarne, vint en Bretagne en 665 lorsque les Anglais de Northumbrie se soumirent au siège romano-franc de Cantorbéry.
  • Pour les saints du Léon, Derrien, Goulven, Houarnew (assimilé à Hervé), Houardon, on manque de repères. Les situer aux 6.-7.s. n’ est pas invraisemblable. Neventer est un toponyme, et Derien put l’être aussi ; c’est le saint de Neventer , de Derian, que l’on honore.

*) Note linguistique
Les noms issus du vieuX-celtique et du latin peuvent avoir des formes différentes suivant qu’elles ont évolué à partir du nominatif ou de l’accusatif. Ainsi *Kunorix “chef élevé” devient Cynyr en gallois, Koner en breton L’accusatif *Kunorigen devient Cynri, br. Koneri. Au fémlnin *Meloriga “douce princesse” donne Meleri. Le latin, Uictor donne en vieux-breton Uither (d”où Uther) et en gallois Gwythyr.
De l’ accusatif Uictôrem on a le vieux-breton. Gwithur (d’où le vannetais Guhur). Salomo a donné én gallois Sala(v), Selyv, en breton Sala (Plessala), Selev (d’où Seleviac > Silfiac). L’ accusatif Salomônem a donné Salaün. Le génitif Salomonis se retrouve dans *Selamn > Selamr, d’où *Plêbs Samomonis > Plouselambr.

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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